Couverture du journal du 16/05/2024 Le nouveau magazine

Portrait. Philippe Maindron, dirigeant de Maindron Production : l’électron libre

Fondateur du festival de Poupet et dirigeant de Maindron Production, Philippe Maindron est passé maître dans l’art de faire déplacer les foules pour des évènements festifs tous plus insolites les uns que les autres. S’autoproclamant distributeur de bonheur, sa notoriété rayonne aujourd’hui bien au-delà de sa Vendée natale. Derrière la fantaisie et la folie douce se cache un travailleur acharné et perfectionniste, doté d’une grande sensibilité. Portrait.

Philippe Maindron, Poupet, Vendée, électron libre

Philippe Maindron, fondateur du festival de Poupet et dirigeant de Maindron Production. ©Benjamin Lachenal

Une Tour Eiffel miniature, une cabine de plage, une mobylette dorée et des nains de jardins. Mettre les pieds dans les locaux de Maindron Production, à La Gaubretière, prend rapidement des allures d’inventaire à la Prévert. C’est dans un bureau aux murs tapissés d’affiches et de photos souvenirs que Philippe Maindron prend le temps de nous recevoir, malgré un agenda particulièrement chargé. Nous sommes alors à quelques heures du coup d’envoi de la 36e édition[1] du festival de Poupet qu’il préside. L’effervescence est à son comble, mais ça ne l’effraie pas, bien au contraire. Sur tous les fronts, Philippe Maindron aime être en perpétuel mouvement.  

Une enfance à la ferme 

Plus habitué à mettre les autres en avant, il est presque étonné que l’on s’intéresse à son parcours. Il se prête toutefois volontiers à l’exercice de la confidence et commence par évoquer son enfance, ses origines paysannes. Né en 1961 à La Verrie au cœur du bocage vendéen, Philippe Maindron a grandi au milieu de ses six frères et sœurs. « Toute mon enfance a été bercée par le travail à la ferme, où je me sentais bien. C’est assez naturellement que je me suis tourné vers des études en agriculture », livre-t-il. Passé par l’Iréo[2] aux Herbiers, il décroche un brevet professionnel et, après une année d’armée, il est embauché en tant que technicien agricole à Pouzauges au sein d’une coopérative. « J’aurais rêvé de rester à la ferme, mais étant le dernier de la fratrie, il n’y avait pas de place pour tout le monde. Ça m’a finalement permis de choisir des orientations fortes qui n’auraient pas été possibles si je n’étais pas parti. » 

Encore très loin de l’univers de la fête et du spectacle, le jeune homme se spécialise dans l’élevage porcin, mais commence rapidement à s’ennuyer. Impressionné par la préfabrication béton, innovation proposée par la société Maison Bleue installée à La Rabatelière, il insiste pour être recruté en tant que commercial. Persuadé que le produit est idéal pour le secteur agricole, il est déterminé à développer ce marché malgré les réticences de son patron. « Il ne souhaitait pas que cela représente plus de 10 % du chiffre d’affaires, sauf que j’ai explosé les compteurs en atteignant les 80 % en trois ans. L’entreprise est devenue leader sur ce marché en France », souligne-t-il, témoignant déjà de sa force de conviction à l’époque.

Un pari payant

Côté personnel, Philippe Maindron fait une rencontre qui va bouleverser sa vie, et à plus d’un titre. Au début des années 1980, il épouse Christiane, originaire de Saint-Malô-du-Bois, commune où le couple ne tarde pas à s’installer. Soucieux de s’intégrer dans le village, il cherche à ce moment-là, à « inventer quelque chose ». Ginette Allain, enseignante dans la commune, lui souffle alors l’idée de créer un atelier de vannerie, pour mettre en valeur le travail des anciens. « J’avais une vingtaine d’années à l’époque. Un grand-père du village nous a initiés à cette tradition. Un vrai coup de cœur. » Le jeune Philippe ne le sait pas encore, mais il s’apprête à poser les fondations d’un évènement qui deviendra bientôt incontournable dans le département. Cela part d’un pari un peu fou, celui de reproduire le petit moulin fabriqué dans l’atelier, en taille réelle. Pendant un an, une cinquantaine de personnes vont se mobiliser. Pari réussi : l’œuvre de près de huit mètres de haut fait en effet l’objet d’un record homologué par le Guinness Book. Pour célébrer ce record, le 30 août 1987 se tient la Fête du moulin, réunissant un millier de personnes. 

Culot et ténacité 

« Après ce succès, on s’est dit qu’il fallait continuer. » La Fête, qui devient ainsi un rendez-vous annuel, est rebaptisée en 1995 “Les Arts à la campagne“, s’étirant alors sur huit dimanches en saison estivale. Philippe Maindron confie avoir été inspiré par les Jeudis du port, manifestation organisée chaque été à Brest où il se rend alors régulièrement dans le cadre de son métier de commercial chez Maison Bleue.  

L’année 1998 est marquée par la construction d’un théâtre de verdure, permettant aux bénévoles de ne plus avoir à passer par la phase chronophage de montage et démontage. Cet ouvrage, en partie financé par des fonds européens, Philippe Maindron n’hésite pas à le comparer à « une cité des congrès en plein air qui offre au public une grande qualité d’écoute ». L’année suivante, Pierre Bachelet sera le premier artiste de renom à monter sur la scène du festival devenu le festival de Poupet. « Pour le convaincre, je suis allé directement le voir chez lui à Paris. Il m’a dit que ce n’était pas comme ça qu’il fallait procéder, mais finalement il a accepté de venir. »
Un soupçon de culot et une bonne dose de ténacité, des traits de caractère qui permettent à Philippe Maindron d’aller jusqu’au bout de ses idées, même quand il s’agit de faire venir un véritable train à vapeur dans le bourg de Saint-Malô-du-Bois où il n’y a ni gare, ni chemin de fer. « 90 % des idées ne viennent pas de moi. Mais quand ça fait tilt dans ma tête, j’y vais à fond, et ça marche dans 95 % des cas », commente-t-il. Cette formidable énergie lui permet de traverser des moments plus compliqués, comme en 2001 lorsque l’association est condamnée pour « trouble excessif du voisinage », l’obligeant à dédommager les plaignants et à arrêter le festival. La maison des voisins est finalement rachetée avant d’être revendue à un couple de britanniques, amoureux de musique et de la Vallée de Poupet.

Même si Philippe Maindron et son équipe de bénévoles ressortent éprouvés de cet épisode, ils sont soulagés de voir se poursuivre l’aventure, bénéficiant alors d’un coup de projecteur inattendu. L’année d’après, Yannick Noah devient le parrain de l’évènement. Depuis 2002, le chanteur détient le record du nombre de concerts à Poupet : 13 au total dont un marathon de 4h37 en 2004. En 2006, c’est Johnny Hallyday qui enflamme à son tour le public de Poupet pour les 20 ans du festival. « C’était la première fois qu’on sortait du site habituel. J’avais une pression énorme. J’étais crevé et amaigri. Mais ce concert, qui a réuni 30 000 personnes, nous a ensuite ouvert beaucoup de portes. »

Philippe Maindron, Poupet, Vendée, Grand Prix Meule Bleue

Le Grand Prix Meule Bleue sur le circuit des 24 h du Mans en 2017. (c) Maindron Production.

Un patron pas comme les autres

Tout en continuant d’écrire l’histoire du festival, Philippe Maindron ouvre en 2000 un nouveau chapitre de sa carrière professionnelle. Alors que la société Maison Bleue dépose le bilan, il reprend l’entreprise. « À ce moment-là, je veux me sauver en courant… Mais Philippe Guilloteau, l’un de mes collègues, me convainc de racheter la société. Nous allons réussir à réunir 1 M€ et devenir associés. » Mais pas question d’être un patron comme les autres, Philippe Maindron invente une nouvelle façon de diriger. « Je souhaitais raconter une histoire avec nos salariés. » Commence alors la mise en place d’une série d’évènements décalés dont lui seul a le secret, parmi lesquels le Grand Prix Meule Bleue marquant le 14e anniversaire de la reprise de la société. « Un des salariés m’avait fait remarquer que 14 ans, c’est l’âge de l’adolescence et de la première mobylette. L’idée de la course est née comme ça. » Initialement, l’évènement n’a pas vocation à être pérennisé, ni à sortir du cadre de l’entreprise.

Mais encouragé par des confrères, Philippe Maindron propose une nouvelle édition et lance un véritable concept, rayonnant bien au-delà des frontières vendéennes. La vague rose et bleue passera notamment par le circuit des 24h du Mans et même les Champs-Élysées, privatisés pour l’occasion. Clin d’œil à ce périple dans la capitale, Eiffela3, petite sœur de la Tour Eiffel voit le jour à cette période, avant de devenir l’une des marques de fabrique de l’univers Maindron. « Avec le Grand Prix Meule Bleue, on a touché plus de 1 000 entreprises de toute la France, petites ou grosses boîtes, et permis de faire tomber les barrières en réunissant dirigeants et salariés », se félicite-t-il.  

« C’est comme si je repartais de zéro » 

« Moi qui n’étais pas taillé pour être patron, finalement je me suis éclaté durant toutes ces années chez Maison Bleue. Mais à un moment donné, j’ai ressenti le besoin de partir. » En 2016, animé par l’envie de se consacrer à plein temps à l’évènementiel, Philippe Maindron quitte l’entreprise pour créer Maindron Production. C’est avec des trémolos dans la voix qu’il se souvient de la soirée d’adieux organisée cette même année avec ses collaborateurs au Puy du Fou. « Ce soir-là, tout le monde pleure. Je m’apprête à laisser mon associé, mes salariés, et je me rends compte du chemin parcouru, mesure à quel point ce que j’ai fait a compté pour eux. De mon côté, je ne savais pas encore ce que me réservait la suite. » Les deux premières années à la tête de son agence s’avèrent assez compliquées. « Je repartais de zéro. On me connaissait pour Poupet et Maison Bleue, mais pas pour l’évènementiel. » Petit à petit, l’entrepreneur fait ses preuves. Sa personnalité haute en couleurs fait la différence et séduit le monde de l’entreprise. Airbus ou encore le Vendée Globe font partie des premiers gros clients à lui faire confiance. Depuis la fin de la crise sanitaire, Maindron Production a atteint sa vitesse de croisière, enchaînant les contrats.

Philippe Maindron, Poupet, Vendée

Philippe Maindron. ©Benjamin Lachenal

« La retraite ? Ça ne m’intéresse pas. »  

Aujourd’hui âgé de 62 ans, Philippe Maindron, père de quatre enfants, n’a pas l’intention de s’arrêter. « La retraite ? Ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie que ça se calme, parce que j’aime les gens et j’adore faire des conneries qui les rendent heureux. » Lui qui n’aime pas fêter son anniversaire, reconnaît être angoissé face au temps qui passe. Préférant en rire, en 2008, avec son ami Gaston Chéneau4, il a même tenté au nom du Fonacon (Front d’opposition à la nouvelle année) d’agir en organisant un réveillon revendicatif. Ayant horreur du vide, la période Covid a été pour lui synonyme de grande créativité, débouchant sur de nouveaux évènements : le Safari musical ou encore la Grande Roue sur les hauteurs du bocage.
2024, année olympique, s’annonce d’ores et déjà particulièrement sportive pour le sexagénaire hyperactif avec, en prévision, la sortie d’une autobiographie écrite en collaboration avec le journaliste Laurent Charliot, ou encore le retour du Grand Prix Meule Bleue, dix ans après sa création.

[1] La 36e édition du festival de Poupet a enregistré 108 000 entrées du 30 juin au 21 juillet.

[2] L’Iréo des Herbiers est une MFR (Maison familiale rurale) qui dispense des formations supérieures par alternance et apprentissage en agriculture.