Couverture du journal du 03/02/2023 Le magazine de la semaine

Posture du dirigeant : un muscle qui se travaille au quotidien

Adopter la bonne posture pour bien communiquer sur son projet, une règle de base pour un dirigeant. Mais cette attitude qui rime avec passion et adaptabilité n’a rien d’innée. Le sujet a été abordé par "85 nuances d’entrepreneuses", un événement organisé en Vendée autour de l’entrepreneuriat féminin.

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Céline Brochard de FCE Vendée et Pascal Audebert du Réseau entreprendre Vendée ont animé l’atelier "Posture du dirigeant et bien communiquer sur son projet" dans le cadre de "85 nuances d’entrepreneuses". ©IJ

« Un auditoire ne retient que 5 à 20 % d’un discours magistral. Votre posture de dirigeant va donc déterminer l’impression que votre interlocuteur va retenir de vous et de votre projet. Adopter la bonne posture pour bien communiquer est donc essentiel », lance Pascal Audebert, dirigeant vendéen d’Apysa, entreprise adaptée, spécialisée dans le conditionnement et packaging. Face à lui, une vingtaine d’entrepreneuses ou porteuses de projets étaient réunies dans le cadre de « 85 nuances d’entrepreneuses », un rendez-vous dédié à l’entrepreneuriat féminin et proposé par Femmes chefs d’entreprise Vendée et Réseau entreprendre Vendée, le 13 octobre, à La Roche-sur-Yon.

Entre conseils pratiques et partages d’expériences, cet atelier très interactif a d’abord précisé ce qu’il fallait entendre par « »posture ». Dans son acception générale, le terme évoque une position du corps ou encore l’idée d’être dans une situation favorable ou défavorable. « Dans l’entrepreneuriat, le terme définit un état d’être, un certain charisme, complète Céline Brochard, co-animatrice de l’atelier et dirigeante de l’entreprise de métallurgie SVC-ODS à Cheffois (Vendée). Cela signifie être à la fois rayonnant, avoir confiance en soi, s’affirmer et affirmer ses valeurs, ou encore être soi pour se respecter et respecter les autres. »

Incarner son projet

Ainsi, au-delà du métier et des savoir-faire qu’il maîtrise, le savoir-être du dirigeant est l’une des clés de sa réussite. L’entreprise incarne ses valeurs et son identité. Il doit donc incarner son projet pour convaincre autour de lui. « Avant les chiffres, la passion, intervient Pascal Audebert. Communiquer, c’est raconter son histoire avec passion pour que l’on vous écoute. Communiquez avec vos tripes. Il faut que votre discours vous appartienne, vous ressemble si vous voulez embarquer avec vous vos équipes ou vos partenaires, Si c’est trop préparé, c’est moins sexy. »

« Cette posture, complète Céline Brochard, certaines personnes, valorisées dans l’enfance, la possède naturellement. Mais pour la majorité d’entre nous, elle s’apprend. C’est comme un muscle qu’il faut travailler tous les jours. Ce n’est pas forcément inné. Adopter la posture du dirigeant se cultive d’autant plus que toute sa complexité réside dans le fait qu’elle a plusieurs visages, celui de votre interlocuteur, et cela implique d’avoir de réelles qualités d’adaptation, tant dans son comportement que dans son discours. »

Être à l’écoute et savoir s’adapter

Pascal Audebert poursuit : « Face à votre banquier, à votre expert-comptable ou à de potentiels investisseurs, transmettez vos valeurs. Préparez-vous comme pour une compétition sportive. Dans votre discours, ne mettez en avant que ce que vous maîtrisez. Et, si besoin, lors de votre rendez-vous chez le banquier par exemple, faites-vous accompagner de votre expert-comptable. En interne, il faut savoir déléguer et responsabiliser les équipes. » Dans les deux cas, il faut aussi accepter de se tromper et savoir prendre de la hauteur. Cela signifie être capable d’entendre les signaux faibles et d’en tenir compte pour adapter et réorienter son projet.

Le dirigeant peut-il faire part de ses doutes à ses collaborateurs sans affaiblir sa posture, ont alors interrogé les deux animateurs de l’atelier ? « On est des êtres humains. On peut avoir des doutes, des faiblesses, a réagi l’une des participantes. Je pense que l’on peut en parler à ses salariés. C’est aussi comme cela que l’on crée de la confiance, une légitimité. » « On peut montrer ses doutes, en partie, mais on est aussi là pour donner un cap », lui a répondu une autre cheffe d’entreprise présente dans l’assemblée. Pascal Audebert acquiesce. « Vous pouvez expliquer la situation de l’entreprise, ses difficultés, mais pas vos faiblesses. »

« Tout est une question de curseur, résume Céline Brochard. On peut dire que c’est compliqué. D’ailleurs, ça ne sert à rien de le cacher. Si je suis préoccupée, cela se voit sur mon visage. Mais en tant que dirigeante, je ne peux pas demander à mes équipes ni de trouver les solutions à ma place ni de l’aide. Je ne dois pas leur transmettre mes angoisses. En revanche, je peux me tourner vers les réseaux pour avancer et échanger mes bonnes pratiques avec mes pairs, et ainsi construire, améliorer ma posture de dirigeant. »

 

Un événement, deux réseaux

« 85 nuances d’entrepreneuses » est né lors de l’édition 2022 du challenge Fondation Entreprendre, lancé par la Fondation Entreprendre et la Fédération Réseau Entreprendre. Il s’adressait aux 65 associations du Réseau Entreprendre autour de trois thèmes : la RSE, l’accompagnement d’entrepreneurs en difficulté ou la mixité au sein du Réseau Entreprendre (lauréats et membres NDLR). Pour y répondre, les associations devaient développer des pratiques inspirantes, efficaces et réplicables par d’autres associations du réseau.  À la clé : 10 000 € attribués au vainqueur (association) pour mener son projet.

Avec 16 % de femmes membres, 30 % d’administratrices et 13 % de lauréates, le Réseau entreprendre Vendée (Rev), présidé par Guillaume Zanlorenzi, a décidé de relever le troisième défi. Objectif : lever les freins toujours prégnants à l’entrepreneuriat féminin, mais aussi développer le nombre de femmes lauréates au sein du Rev. Depuis 2006, Réseau entreprendre Vendée accompagne, chaque année, une vingtaine de créateurs ou repreneurs. À la clé, un accompagnement de deux ans et un prêt d’honneur. C’est en partenariat avec Femmes chefs d’entreprise Vendée, présidée par Laëtitia Dubois, que l’association Réseau entreprendre Vendée a décidé d’imaginer la soirée « 85 nuances d’entrepreneuses » autour de thématiques comme le syndrome de l’imposteur, comment concilier vie privée et professionnelle ou encore l’importance des réseaux. Le projet a remporté le challenge.

Créée en 1945, FCE France est le premier réseau d’influence de femmes entrepreneurs. En Vendée, l’association recense 35 membres qui se réunissent tous les deux mois.