Couverture du journal du 20/05/2022 Consulter le journal

En Vendée, l’entrepreneuriat féminin tisse ses réseaux

Rompre l’isolement des porteuses de projet ou cheffes d’entreprise, les aider à se libérer du syndrome de l’imposteur et à affirmer leurs ambitions, en Vendée, les réseaux professionnels 100 % féminins se développent ces dernières années. Signal fort de cette envie des femmes d’entreprendre mais aussi de faire entendre leurs voix au sein des conseils d’administration, ces réseaux sont aussi un espace pour exprimer librement ses problématiques au féminin.

entrepreneuse, vendée

« Vis ma vie d’entrepreneuse » a déjà permis à 11 porteuses de projets vendéennes de s’immerger dans le quotidien d’une cheffe d’entreprise. © DR

La Vendée est-elle une terre d’entrepreneuses ? En 2021, le département comptait 26 % de femmes dirigeantes (*1) – soit 7 234 cheffes d’entreprise exactement – contre 32,9 % à l’échelle nationale (*2). Cette sous-représentativité des femmes à la tête des entreprises vendéennes expliquent sans doute leur besoin de se fédérer entre paires. Être visibles pour exister. Depuis 2020, pas moins de trois réseaux professionnels 100 % féminins sont nés ou se sont développés en Vendée.

Pourtant, si l’on regarde du côté de la création d’entreprises, le dynamisme est bel et bien porté par les femmes avec 52 % de porteuses de projets parmi les 830 dossiers accompagnés par la Chambre de commerce et d’industrie l’an dernier. Les lignes sont-elles en train de bouger ?

LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR

Lever les freins à l’entrepreneuriat féminin, c’est la raison d’être des Talentueuses, le dernier né des réseaux féminins vendéens lancé en ce mois de mars et à destination des porteuses de projet du département.

« Aujourd’hui encore, souvent de façon inconsciente, beaucoup de femmes culpabilisent de lancer leur propre projet professionnel quand elles ont des enfants, explique Doris Daviet, fondatrice des Talentueuses et elle-même coach professionnelle indépendante (Projet Emoi). Elles ne s’y autorisent pas même si elles ont le soutien de leur entourage. Elles n’osent pas leur révéler leur projet et lorsqu’elles ont franchi ce pas, elles le minimisent. L’objectif des Talentueuses, c’est de les aider à révéler la puissance de leur projet, de faire prendre conscience à ces femmes de leur réel potentiel. »

DEPUIS 2020, PAS MOINS DE TROIS RÉSEAUX PROFESSIONNELS 100 % FÉMININS SONT NÉS OU SE SONT DÉVELOPPÉS EN VENDÉE

L’accompagnement des Talentueuses se fait sur trois mois et mixe coaching, rencontres et construction de projet (ateliers commerciaux, conseils juridiques et en communication). Cinq porteuses de projets sont inscrites à la première session Acte II prévu à l’automne prochain.

Le syndrome de l’imposteur, Claire Matillon (Salmon Voyage) et Audrey Guilbaud (Cherry on the cake) l’observent aussi au sein du Café des entrepreneuses, la grande sœur des Talentueuses. En 2020, ces deux entrepreneuses indépendantes imaginent ce réseau à destination des cheffes d’entreprises vendéennes. En mai 2021, elles en font une marque de la société Marcelle et Paulette.

Rencontres, ateliers professionnels ou événements spéciaux, le réseau propose deux formules : à la carte (ristretto) ou illimité (café gourmand). Il regroupe une cinquantaine de membres actives, en Vendée et dans la région nantaise, auquel s’ajoute un vivier de 100 cheffes d’entreprises pour les temps forts à la carte.

« Les femmes ont parfois tendance à se mettre en retrait dans les réseaux mixtes, constate Claire Matillon. Pour se sentir légitimes, elles doivent d’abord montrer leurs diplômes. Au café des entrepreneuses, elles s’expriment librement sans cette pression, entre paires. C’est un réseau bienveillant où l’humain passe avant les affaires, où l’on partage ses compétences mais aussi ses problématiques féminines en toute sincérité. » En témoigne l’atelier « Kiffe ton cycle » où les dirigeantes apprennent à développer leurs vies personnelle et professionnelle en fonction de leur cycle menstruel. « Elles comprennent mieux pourquoi certains jours elles sont plus productives que d’autres. »

UN ENGAGEMENT COMPATIBLE AVEC SA VIE PERSONNELLE

L’une des forces des réseaux professionnels 100 % féminins, en Vendée comme ailleurs, c’est de prendre en considération les contraintes de vie personnelle de ses membres. « C’est un réseau où je peux venir telle que je suis, avec mes questions de femme, où mon engagement est compatible avec ma vie de famille, précise Julie Levêque, fondatrice de Comm’une Opportunité et coordinatrice de Femmes de territoire pour le secteur de Montaigu.

Femmes des territoires est un réseau national de femmes cheffes d’entreprises né en 2019 qui compte trois coordinations en Vendée (Montaigu, Les Herbiers et Challans), soit 370 adhérentes (2 000 au niveau national). Ce réseau s’adresse à toutes les femmes qui s’intéressent de près ou de loin à l’entrepreneuriat, qu’elles soient salariées, porteuses de projets ou entrepreneuses établies. « Notre volonté est de rompre l’isolement des cheffes d’entreprise et d’encourager l’entrepreneuriat féminin. La majorité ont des projets solos, ont des enfants. Alors, on s’adapte. À Montaigu, nos ateliers ont lieu entre 10h et 12h pour toucher le maximum de personnes. »

Longtemps, les dirigeantes vendéennes ont manqué de visibilité. Consciente qu’un changement de société s’opère aujourd’hui, elles s’autorisent de plus en plus à réseauter et s’organisent pour faire entendre leurs voix, notamment au sein des instances dirigeantes. « Au sein de FCE (Femmes cheffes d’entreprise), nous œuvrons bien évidemment pour la mixité, commente Laëtitia Dubois, présidente de la délégation vendéenne depuis septembre 2021 et nouvelle présidente de Médiapilote France (agences de communication). Mais ces réseaux restent encore très masculins et nous voulons améliorer la représentativité des dirigeantes dans les conseils d’administration, que ce soit au sein de fédérations professionnelles (Medef, CPME…), de chambres consulaires (CCI) ou des prud’hommes. Le rôle d’un réseau comme FCE, fondé en 1944, c’est d’aider les femmes à avoir de l’ambition. Trois quarts des entrepreneuses vendéennes sont en micro-entreprise. Nous voulons leur montrer qu’elles peuvent aller plus loin et prendre la tête de PME-ETI. “ Seule, on est invisible. Ensemble, on est invincible ”, telle est notre devise. »

*1.Selon le fichier consulaire de la CCI Vendée (entreprises inscrites au RCS en Vendée).

*2.Selon une étude d’Ellisphere, expert de l’information sur les entreprises (data, data sciences, IT, réglementaire, analyse…).

« Vis ma vie d’entrepreneuse »

Passer une journée aux côtés d’une cheffe d’entreprise confirmée pour découvrir la réalité de son quotidien et oser se lancer à son tour, c’est le concept de « Vis ma vie d’entrepreneuse » porté par le réseau associatif Initiative France. En Vendée, la première édition a démarré en septembre dernier, coordonnée par les plateformes Initiative Vendée Bocage et Initiative Vendée Littoral. L’objectif est de développer le nombre d’entrepreneuses sur ces territoires en constituant une vingtaine de binômes tout au long de l’année. Onze porteuses de projet ont déjà eu l’opportunité de découvrir le parcours de dirigeantes, leurs difficultés et les clés de leur réussite. L’intérêt de ces rencontres sur le terrain est de renforcer la confiance des porteuses de projet, de les aider à croire davantage en leurs capacités et en leurs aptitudes professionnelles, mais aussi de créer une communauté d’entrepreneuses qui vivent bien au-delà de l’opération. À ce concept original s’ajoute un accompagnement plus classique avec des ateliers autour de la prise de parole en public pour défendre son projet ou de la création d’entreprise. Une autre opération qui vise à promouvoir l’entrepreneuriat féminin auprès de la jeunesse a lieu ce 15 mars en Vendée. L’association nationale 100 000 entrepreneurs diffuse l’esprit d’entreprendre auprès des 13-25 ans. Pour l’édition 2022, une douzaine de membres du réseau FSE 85 interviennent auprès de collégiens et lycéens, notamment lors d’une matinée d’échanges à la CCI de Vendée. Sous formes de courtes interventions, elles leur font découvrir la pluralité de leurs parcours de façon très concrète. Une autre façon originale d’encourager les jeunes filles à devenir un jour cheffe d’entreprise.