Couverture du journal du 30/09/2022 Consulter le journal

Entretien – Olivier Lombard, dirigeant associé du groupe OPA : « La réflexion permet l’action »

Les 22 et 23 septembre prochains, la deuxième édition du Festival Think Forward se tiendra au palais des congrès Atlantia de La Baule, avec pour thème l’accélération des transformations. Organisateur de cet événement dédié aux décideurs, le groupe OPA (70 personnes, 14 M€ de CA en 2022), est une agence de communication en marketing expérientiel et brand content, dont le siège se situe à Nantes. Son dirigeant associé 1 Olivier Lombard fait le point sur ce qui attend les festivaliers.

Olivier Lombard, dirigeant associé du groupe OPA

Olivier Lombard, dirigeant associé du groupe OPA © Benjamin Lachenal

Le Festival Think Forward est l’événement économique de la rentrée. Comment est-il né ?

Ce festival est né de la volonté conjointe de notre groupe et du maire de La Baule, Franck Louvrier, de créer dans le grand Ouest un événement qui soit un Davos économique pour les entrepreneurs. On s’est en effet rendu compte qu’il n’existait pas d’offre réunissant des décideurs économiques territoriaux et nationaux sur des thèmes enrichis de compétences multiples dans le grand Ouest. Et si on ouvre un peu les horizons, on en trouve à Paris évidemment avec USI, à Aix-en-Provence avec Les Rencontres économiques et c’est à peu près tout. Il y a finalement peu d’événements qui réunissent autant de personnalités. Avec une quinzaine cette année, on est même le deuxième événement derrière Davos en réunissant le plus !

La naissance de cet événement, c’est une conjonction entre l’ère post-Covid qui a montré l’attrait pour ce territoire et le positionnement territorial d’une station comme La Baule qui dispose d’un accès multiple, avec une gare TGV, un aéroport, même s’il est petit, sachant que celui de Nantes Atlantique est à proximité. Ce territoire a un rayonnement que Franck Louvrier a d’ailleurs résumé avec cette formule : « travailler au pays des vacances ».

Quelle est la philosophie de ce festival ?

On a fait un double pari en novembre 2020, au moment du deuxième confinement. À la fois sur l’avenir et celui d’intéresser un public de décideurs qui a besoin de comprendre un monde infiniment plus complexe pour pouvoir librement choisir. On veut aider les dirigeants à comprendre ce monde en mutation pour mieux agir.

C’est ça l’objectif de ce festival : on leur propose un événement inspirationnel, qui offre des clés de lecture multiples. On parle d’intelligence augmentée d’ailleurs parce que l’on s’enrichit des clés de lecture d’un sociologue, d’un économiste, d’un patron d’entreprise, d’un philosophe… des sachants d’horizons multiples, sur une thématique donnée. C’est l’ensemble de ces intervenants qui font la richesse de l’événement.

Amphithéâtre Festival Think Forward opa

© D. R.

Vous avez choisi pour thème cette année l’accélération des transformations.
Qu’est-ce qui vous a guidés dans ce choix ?

Lors de la première édition en 2021, on avait choisi le thème “Réenchanter l’avenir“ parce qu’il fallait redonner de l’espoir… et finalement on a vécu une année glorieuse !

Pour cette deuxième édition, on est sur l’accélération des transformations, avec des axes et des points de vue différents. Parce que ce n’est pas la transformation qui est le phénomène majeur, c’est son accélération! On se rend bien compte que d’un point de vue sociologique ça va très très vite, qu’au niveau philosophique de nouveaux paradigmes sont en train de se développer et que d’un point de vue économique, il faut être très agile.

Il y aura 15 intervenants de haut niveau cette année. On aura par exemple un représentant de l’état-major de l’Otan, le contre-amiral Marc Gander, qui va venir nous expliquer que les faits de guerre ont des résonnances directes, y compris territoriales, sur les entrepreneurs. On aura par exemple les interventions de l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, d’une ministre, Sarah El Haïry (Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel, NDLR), d’un philosophe, Raphaël Enthoven…

Et il y aura une confrontation entre différents points de vue. L’intention première de cet événement, c’est de proposer une parole libérée et contradictoire parce que personne n’a LA solution. L’année dernière, par exemple, Jean Viard nous avait accueillis en nous disant que le Covid était une chance extraordinaire, dans le sens où, pour la première fois, le monde s’était réuni contre un ennemi commun. Et ça c’était à l’époque un angle de vue que l’on n’avait pas. Cette année, la confrontation des points de vue de Jean-Pierre Raffarin et Marc Gander sur la géopolitique devrait notamment se révéler intéressante…

Le festival va aborder les trois transformations majeures : écologique, numérique et celle du rapport au travail. Comment cet événement se positionne-t-il par rapport à ces enjeux ?

Personne ne sait vraiment où il va. Ça c’est le premier thème. Le deuxième, c’est comment dans cet environnement changeant, nous Français pouvons nous en sortir et comment nous devons composer avec les éléments, c’est-à-dire l’environnement mutant, un rapport au travail différent, un monde de plus en plus tendu… La mondialisation était l’eldorado il y a dix ans, qu’en est-il aujourd’hui ? Et sur le fait écologique, pourquoi doit-il intéresser les entreprises en-dehors de la vision RSE ? Cela va nous amener à réfléchir sur notre raison d’être. Enfin, le troisième thème s’articulera autour de cette question : comment, dans mon entreprise, ces transformations peuvent-elles m’aider à prendre des décisions ?

ON VEUT AIDER LES DIRIGEANTS À COMPRENDRE CE MONDE EN MUTATION POUR MIEUX AGIR

Dans quel état d’esprit les décideurs sortiront-ils de cet événement ?

Ils seront enrichis intellectuellement. L’idée c’est de les aider à mieux comprendre le monde dans lequel on se trouve, de l’accepter pour aller plus  vite, repenser leur modèle, afin que, en ressortant du festival, ils aient certes des questions, mais aussi quelques certitudes.

Ce que l’on a remarqué aussi l’année dernière, c’est que les dirigeants viennent prendre du temps pour réfléchir à leur prospective, et que de plus en plus souvent, ils ne viennent pas seuls mais avec des collaborateurs, leur Codir, car le pouvoir est beaucoup plus partagé aujourd’hui.

Ce n’est pas un événement anxiogène, mais bien inspirationnel. Nos intervenants sont tous très positifs car ils savent que la réflexion permet l’action. L’année dernière, Grégoire Genest, un polytechnicien de 27 ans et startupper, avait annoncé durant le festival vouloir ouvrir une école de la data (NDLR : Albert school est une école de commerce proposant un double cursus business et data. Elle ouvre à Paris en cette rentrée). Le festival lui avait fait prendre conscience que ce qu’il imaginait était possible. D’ailleurs, il va revenir cette année avec des étudiants. Think Forward sert aussi à ça : libérer des énergies !

Et puis le festival est aussi un lieu de networking. On s’est rendu compte l’année dernière que les festivaliers étaient demandeurs d’échanges avec les intervenants et cette année plus des trois quarts seront là durant la soirée du jeudi.

Festival Think for Ward opa

© D. R.

Vous êtes vous-même dirigeant d’un groupe. De quelle manière vivez-vous ces trois révolutions ?

Notre ADN est régional, même si on produit des événements en France et à l’étranger. Et comme on est convaincus que pour naviguer dans ce monde en mutation profonde il faut être agile, du coup, on saisit les opportunités qui se  présentent. Ce qui se traduit par beaucoup de croissance externe.

L’INTENTION PREMIÈRE DE CET ÉVÉNEMENT, C’EST DE PROPOSER UNE PAROLE LIBÉRÉE ET CONTRADICTOIRE PARCE QUE PERSONNE N’A LA SOLUTION

On veut aussi être indépendants financièrement, ce qui implique d’être bons gestionnaires. Notre indépendance financière, c’est notre liberté ! Ainsi, la crise du Covid a été indolore pour nous. Et pourtant on est passés de 13,5 M€ de chiffre d’affaires en 2019 à 4,8 M€ en 2020 ! Pour nous, tout s’est arrêté. Mais on a eu des aides. Et on s’est remis en question. Par exemple, sur la partie digitalisation, on a investi 300 000 € en 2020 dans une plateforme digitale qui nous permet de faire des multiplex et du codage en direct, sans temps de réponse, pour transmettre du contenu enrichi. Notre stratégie, lorsque c’est vital pour notre activité, c’est d’intégrer les compétences, on ne les externalise pas. Ça nous permet d’être complètement libres et de faire ce que l’on veut. Cette stratégie nous a permis de gagner des budgets internationaux, mais c’était un pari quand même en 2020…

La loi de Moore2 fait que plus ça va, plus tout devient techniquement facile à réaliser. Il va donc falloir être encore meilleur dans l’histoire que l’on écrit, dans le sens que l’on donne aux événements. Il faut d’abord donner du sens et après faire vivre des émotions. En tout cas, ce qui est certain, c’est que la rencontre est essentielle.

Et sur la transformation liée au rapport au travail, quelles sont les conséquences pour votre activité ? Comment vous adaptez-vous ?

Il faut accepter que le collaborateur ait une vision différente et l’intégrer en créant une gouvernance plurielle. C’est ce que l’on a fait, en 2020 aussi, en créant un Codir paritaire de six personnes. Et c’est lui qui vote les décisions stratégiques. On va aussi ouvrir le capital en 2023.

L’élément déclencheur a été le travail à distance, ce qui induit un rapport aux autres différent. Et on a aussi un rapport au temps qui est différent du fait de notre âge à Cyrille et moi, avec en ligne de mire la transmission à un moment donné.

On a aussi eu du turn-over comme ailleurs, environ 15 % et on a vu des gens qui arrêtaient le métier. Il faut savoir que l’événementiel c’est très dur car cela nécessite de concentrer sur très peu de temps une énergie considérable pour donner une émotion, une énergie positive. Et cela génère du stress. Notre réponse c’est de rendre le travail flexible en n’ayant que deux jours de présence obligatoire dans l’entreprise les lundi et mardi. Et on adapte aussi les postes.

Amphithéâtre Festival Think Forward opa

© D. R.

Et sur l’enjeu écologique ?

On est en cours de labellisation Iso 20121. On est audités depuis novembre 2021 et l’on recevra le rapport final en octobre prochain. Notre objectif étant de proposer des événements et opérations les plus vertueux possibles3. Pour autant, malheureusement, la dimension RSE n’est pas toujours bien partagée dans les rapports entre fournisseurs et clients. Elle est compliquée à faire vivre. La problématique aujourd’hui c’est d’éviter les postures en matière de RSE et franchement, ce n’est pas évident pour les entreprises. Nous par exemple, on compense nos émissions de carbone. On a déjà planté 10 000 arbres entre 2020 et 2022 et nos véhicules sont tous hybrides.

Pensez-vous que les entrepreneurs sont ou doivent être le moteur de l’accélération des transformations ?

Si l’entreprise est une société à mission, oui. Moi je pense qu’elle doit être en lien avec la société, mais ce n’est pas elle qui change la société. Elle doit accompagner ses mutations et, si elle en a les moyens, les bousculer, comme l’a fait Tesla sur l’automobile. Mais il y en a combien qui peuvent faire ça ? Pas beaucoup. L’entreprise est apolitique, elle est là pour créer de la richesse afin de faire en sorte que la société aille mieux.

POUR EN SAVOIR PLUS

Programme du festival et inscription sur Festival-think-forward.fr

1. Avec Cyrille Testelin.

2. La loi de Moore porte le nom du co-fondateur d’Intel, Gordon Moore, qui avait prédit le doublement de la puissance des processeurs tous les 18 mois.

3. Cette norme internationale a été élaborée pour promouvoir une consommation responsable et atténuer les effets négatifs des activités événementielles souvent pointées du doigt pour leur impact néfaste sur l’environnement.