Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle saison ?
Avec lucidité et ambition. Lucidité, parce que le modèle des parcs animaliers reste structurellement fragile : il dépend encore fortement de la saisonnalité, de la météo et de quelques semaines de très forte affluence qui concentrent une grande partie du chiffre d’affaires.
Et ambition, parce que depuis mon arrivée il y a un an, nous avons engagé un cycle de transformation profond. L’année 2025 a été charnière, et l’hiver 2025-2026 un moment clé. Nous avons investi plusieurs millions d’euros pour remettre à niveau des infrastructures qui n’avaient pas évolué depuis plus de dix ans : bâtiments techniques, installations animalières, parcours visiteurs, etc.

Les safaris VIP permettent d’observer les animaux d’encore plus près. PLANETE SAUVAGE
Souvent invisible pour le public, ce travail est fondamental. Il ne s’agit pas seulement de moderniser l’outil, mais aussi de changer notre manière de penser le parc, passer d’un site qui accueille des visiteurs à un lieu qui propose une expérience globale, cohérente et différenciante.
Percevez-vous déjà les effets de la transformation que vous avez engagée ?
Oui, les premiers signaux sont encourageants. Depuis la réouverture progressive du parc en février, nous observons une dynamique positive. Bien sûr, la météo joue un rôle, mais elle n’explique pas tout.
Nous constatons notamment un regain d’intérêt sur notre bassin local. Historiquement, Planète Sauvage est très identifié par les touristes de passage entre Nantes et la côte, mais encore insuffisamment par les habitants eux-mêmes. La reconquête du territoire est un enjeu majeur. Et c’est aussi là que se situe une partie de notre potentiel de développement.
« La reconquête locale est un enjeu majeur »
Quels sont vos objectifs pour 2026 ?
Nous avons deux priorités, élargir notre base de fréquentation et augmenter la valeur générée par chaque visiteur. Mais au fond, notre véritable enjeu est ailleurs : adapter le parc à une saisonnalité plus diffuse et instable. Nous devons lisser la fréquentation sur l’année, notamment en renforçant les ailes de saison au printemps et à l’automne, pour construire un modèle plus équilibré et robuste. Car un parc qui ne vit que quelques semaines par an reste, par définition, fragile.

Les participants à un bivouac Mongolie réunis autour d’un feu. STEPHANE LE LUDEC
Cela implique-t-il un changement de modèle économique ?
Oui, très clairement. Historiquement, notre modèle reposait sur une logique de volume : faire venir un maximum de visiteurs sur une période très courte, essentiellement l’été. Ce modèle est aujourd’hui dépassé. Nous devons évoluer vers un système plus résilient, moins dépendant des pics, et surtout capable de créer de la valeur tout au long de l’année. L’enjeu n’est plus uniquement d’augmenter la fréquentation, mais le revenu par visiteur.
Concrètement, cela passe par trois leviers : la diversification des revenus, la montée en gamme de l’offre et une meilleure exploitation de nos actifs. Cela concerne l’hébergement, les expériences, la restauration, mais aussi la manière dont nous construisons et racontons notre promesse.

La vue depuis la terrasse d’un des lodges de la plaine africaine. STEPHANE LE LUDEC
Cette transformation de votre modèle s’inscrit-elle dans une évolution plus globale du marché touristique ?
Totalement. Le tourisme a profondément changé. Avant la crise sanitaire, les séjours étaient plus longs et anticipés. Aujourd’hui, ils sont plus courts, souvent organisés à la dernière minute et fortement dépendants des facteurs externes comme la météo.
Ces mutations ont fragilisé notre modèle. La très haute saison, qui était historiquement notre socle, s’est progressivement érodée. Dans le même temps, les attentes des visiteurs ont évolué ; ils recherchent davantage d’immersion, d’émotion, mais aussi de sens. On assiste à un basculement vers un tourisme d’expérience.
« On assiste à un basculement vers un tourisme d’expérience »
C’est pour répondre à ces attentes que vous avez lancé les « Illuminations sauvages » en novembre dernier ?
Absolument. C’est une première étape structurante de notre stratégie de désaisonnalisation. La première édition de ce parcours immersif nocturne a accueilli environ 16 000 visiteurs, ce qui est conforme à nos objectifs.
Mais au-delà du chiffre, l’enseignement est ailleurs. Nous avons touché un public local qui ne venait plus ou ne nous connaissait pas, et démontré que le parc pouvait…