Selon vous, performances et justice sociale sont-elles compatibles ?
Laurent Berger : Oui, totalement, même si on a artificiellement opposé la performance économique au fait d’avoir une politique du travail correcte, de bonnes conditions de travail et une répartition de la valeur. Toutes les études montrent le contraire. Même, il y a quelques années, le FMI avait ainsi prouvé qu’une entreprise qui développait le dialogue social était souvent plus performante.
Le capital et le travail ne s’opposent pas forcément. Ils ont simplement le besoin de faire vivre une conflictualité fructueuse. Les intérêts des uns ne sont pas toujours ceux des autres et c’est le dialogue qui permet de faire émerger des compromis. Il est évident qu’une entreprise qui veut aller bien doit posséder un bon climat social.
Alors que le contexte démocratique dans lequel on vit est plutôt un climat d’opposition, avec des conflits stériles, l’entreprise reste un espace commun où on arrive encore à dialoguer. Il n’y a pas de conflits sociaux majeurs aujourd’hui dans les entreprises. Bien sûr qu’employeurs et représentants des salariés ne sont pas en tout point d’accord, mais c’est en dialoguant qu’on peut trouver des voies de passage. La question est de savoir comment s’organise cette différence d’intérêts pour trouver les points d’équilibre.
Geoffroy Roux de Bézieux : La répartition des revenus entre le capital et le travail est un vieux débat qui existe depuis le début du capitalisme. La France a le don de beaucoup en parler. Or, c’est…