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Rencontres : comment Tinder entretient la flamme 

Comprendre comment Tinder a fait évoluer son modèle et innové pour rester leader de son marché douze ans après sa création. Telle était l’ambition de la conférence d’ouverture du festival « Et Demain ? » début juin à Nantes. L’occasion de présenter quelques-unes des dernières fonctionnalités développées par l’application à la flamme, d’évoquer ses enjeux technologiques, mais aussi son rôle dans l’évolution de la société.

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Invité à dévoiler les chiffres clés de Tinder par l’animatrice de la conférence Magali Olivier, directrice des opérations à la Cantine Numérique, le porte-parole France de Tinder Benjamin Puygrenier en a surpris plus d’un : « C’est une très grosse boîte par sa notoriété, mais en France nous sommes seulement trois. On fonctionne donc encore en mode start-up. Au niveau mondial, nous sommes huit cents, répartis en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine. En termes de revenus, Tinder a réalisé près de 480 millions de dollars de chiffre d’affaires au dernier trimestre, dont 97 % tirés de l’abonnement, avec un revenue per payer (RPP) ​​en hausse de 16 %. Aujourd’hui, environ 50 % de nos utilisateurs ont entre 18 et 25 ans et notre application est la plus téléchargée au monde sur cette catégorie d’âge. »


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Vingt-sept nouvelles fonctionnalités en deux ans

« Mais alors quels sont vos secrets, douze ans après votre arrivée sur le marché du dating, pour en rester leader ? », a embrayé l’animatrice. « Sur le marché ultra-dynamique et concurrentiel de la rencontre humaine, le premier est d’une extrême logique : c’est l’innovation », a livré le spécialiste. « En deux ans, nous avons ainsi lancé plus de vingt-sept nouvelles fonctionnalités, qui utilisent principalement l’IA. Le deuxième, c’est le positionnement de l’entreprise. Avec 50 % de nos membres qui ont entre 18 et 25 ans, on doit incarner le monde des possibles. On ne dira jamais à nos membres “vous allez trouver l’amour sur Tinder”. On veut que les gens y viennent pour rencontrer d’autres personnes, que ce soit pour une relation d’un soir, un week-end ou la vie entière… D’où le fait de défendre que la rencontre ne doive pas forcément avoir de but précis. On garantit ainsi une expérience qualitative aux millenials et une expérience plus innovante et fun à la génération Z, s’appuyant sur de nouvelles fonctionnalités comme “Explore”, qui permet de rencontrer des gens en fonction de leurs centres intérêts et leurs intentions. »

« Un supermarché de la drague qui refuse d’utiliser des filtres »

Toujours dans cette optique, Tinder a récemment introduit la fonctionnalité “Blind Date”, « qui permet de discuter avec quelqu’un sans avoir accès à ses photos », précise Benjamin Puygrenier. « Les deux utilisateurs ont une minute trente pour trouver un thème de conversation. Si au bout du délai, les deux personnes ont envie de se rencontrer, cela génère un match automatique. »

Le porte-parole de Tinder a ensuite insisté sur l’importance pour l’application de rester « un supermarché de la drague, qui refuse d’utiliser des filtres (taille, poids, couleur de peau…). C’est la raison pour laquelle Tinder serait en partie responsable de l’augmentation du nombre de mariages interraciaux, ce qui constitue selon nous une vraie valeur ajoutée. En agissant ainsi, on a un véritable impact sur la manière dont les gens se rencontrent et sur la diversité et l’inclusion dans le parcours amoureux ».

Le porte-parole France de Tinder Benjamin Puygrenier en pleine discussion avec l’animatrice de la conférence Magali Olivier. Photo NLP-IJ

Service, authenticité et sécurité

« Mais alors comment travaillez-vous le sujet de la technologie chez Tinder ? », l’a relancé Magali Olivier. « D’abord par le service », a répondu du tac au tac Benjamin Puygrenier. «​​​​​​ On étudie ainsi de près les comportements des gens qui datent pour essayer d’apporter des fonctionnalités supplémentaires à notre communauté. Par exemple, il y a six mois, on a sorti une fonctionnalité qui s’appelle “Match Maker”. Chaque utilisateur peut ainsi envoyer à ses proches une liste de quinze profils, sur laquelle chaque destinataire pourra faire des annotations. Avec ce système, on a repris un phénomène sociétal que les gens ont dans la vraie vie quand ils ont un ami sur Tinder et vont prendre son téléphone pour swiper à sa place. »

Le deuxième pilier sur lequel s’appuie Tinder pour innover est l’authenticité. « C’est pourquoi l’anonymat est un sujet primordial pour nous », poursuit le porte-parole de Tinder. « Pour qu’une application de rencontre fonctionne bien et soit innovante, il faut que les profils soient réels. C’est pourquoi on a développé de nombreuses technologies d’IA, notamment autour de la vérification des photos. On a récemment introduit la vérification en vidéo et on travaille désormais à la vérification via la carte d’identité. C’est quelque chose que l’on vient de mettre en place en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil et que j’espère très bientôt déployer en France. »

Réinventer la catégorie « dating »

Troisième pilier de Tinder pour apporter un souffle nouveau au marché de la rencontre : la sécurité. « En tant qu’application de rencontre, nous avons la lourde responsabilité de protéger nos utilisateurs », rappelle Benjamin Puygrenier. « C’est la raison pour laquelle on déploie des fonctionnalités de sécurité qui vont répondre à des besoins humains dans l’urgence. C’est le cas de “Partage ton date” lancé il y a une semaine. Cela part d’un constat : beaucoup de jeunes envoient un WhatsApp à leurs amis en leur disant “Je vais être ici” avant un rendez-vous. Sauf que quand les utilisateurs quittent Tinder, l’application ne peut plus leur offrir de réponse directe. Pour y remédier, ils ont désormais la possibilité de partager avec leurs proches la date, l’heure, le profil de la personne rencontrée ainsi que la géolocalisation du rendez-vous. C’est une réponse technologique essentielle pour rendre l’application plus sûre à l’usage et dire à nos utilisateurs “s’il se passe quelque chose d’imprévu, vous aurez la possibilité de prévenir les autorités en un clic”. »

« La technologie est à peu près au centre de toutes nos innovations et on l’utilise également pour rénover d’une certaine manière l’expérience utilisateur », a reconnu Benjamin Puygrenier en guise de conclusion, avant d’ajouter que « d’ici dix ans, il faut que Tinder ait réinventé et redéfini la catégorie “dating”, comme ça a été fait il y a une décennie avec l’invention du swipe ». Un enjeu de taille sur un marché du dating en pleine évolution, où la moitié des relations amoureuses commencerait désormais en ligne et dont le taux de séparation de ces couples serait inférieur de 25 % aux unions traditionnelles.