Couverture du journal du 16/02/2024 Le magazine de la semaine

La filière mode, entre savoir-faire et industrie 4.0 

“Comment moderniser son process de production tout en conservant son savoir-faire artisanal.“ Tel était le thème d’une table ronde proposée dans le cadre d’un nouvel évènement Proxinnov le 21 novembre dernier à La Roche-sur-Yon. Co-organisée avec le réseau Mode Grand Ouest, la journée a été l’occasion de présenter des solutions innovantes dédiées aux entreprises du textile, de l'habillement et de la maroquinerie, tenues de se réinventer face aux défis de la réindustrialisation, du recrutement et de la protection de l’environnement. 

« Ces dernières années, l’industrie française du textile a particulièrement souffert et a privilégié la survie aux investissements dans les nouvelles technologies. L’idée que l’automatisation n’est pas toujours compatible avec le savoir-faire artisanal fait partie des freins à l’innovation, constate en préambule Clément Gourlaouen, animateur du cluster Mod’Innov. Il y a toutefois de plus en plus d’entreprises qui sautent le pas en vue d’augmenter leur compétitivité, d’obtenir un label environnement ou encore de favoriser le bien-être et la santé des collaborateurs pour développer leur attractivité. » Lancé en 2018 par l’IFTH (Institut français du textile et de l’habillement) qui en a ensuite confié la gestion au groupement d’entreprises Mode Grand Ouest, Mod’Innov accompagne chaque année une cinquantaine de projets liés à la RSE et l’innovation, en mettant en relation les différents acteurs de la filière, mais aussi d’autres secteurs d’activité.

Miser sur le collaboratif 

Parmi les industriels du textile qui ont récemment pris le virage de l’innovation, figure Petit Bateau, cité en exemple par Romain Beaudé, président fondateur d’Aprex Solutions, intervenant pour évoquer sa collaboration avec ce fleuron de l’industrie du textile tricolore. L’entreprise spécialisée dans les applications de vision et de contrôle par l’image via l’IA, a intégré au sein de l’usine historique de la marque de vêtements pour enfants un système de détection des défauts des produits qui permet d’assister l’opérateur en charge du contrôle qualité. « Nous avons établi un cahier des charges et déterminé jusqu’où il était possible d’automatiser le process. En aucun cas, il n’était question de remplacer un opérateur, mais plutôt de proposer une sorte d’humain augmenté. Alors que le système pose un diagnostic, c’est bien le collaborateur qui prend la décision finale. La machine va permettre en revanche de réaliser des tâches qui, de toutes façons, n’auraient pas pu être confiées à un salarié, à commencer par un fonctionnement 24h/24. » Cet exemple illustre bien l’objectif d’automatiser les tâches à faible valeur ajoutée pour permettre à l’entreprise, non seulement d’accélérer la cadence de production, mais surtout de se recentrer sur son cœur de métier.

Prévenir les TMS 

L’atelier de confection Getex, implanté à Challans, a lui mis un pied dans l’innovation dès 2012 après avoir été sollicité par le secteur de l’automobile, pour la fabrication de toits de voitures décapotables. « À l’époque, nous aurions pu dire, ça, on ne sait pas faire. Mais nous avons choisi de nous adapter », souligne Stéphane Guerry, chargé de projet. En 2021, la PME vendéenne qui génère 60 % de son CA dans le luxe, a investi 2 M€ dans un site flambant neuf ainsi que 350 k€ dans de nouvelles machines. Dans le cadre de sa démarche de “lean management“, l’entreprise a choisi d’intégrer il y a un an, le programme Innofabmod initié par l’IFTH, et de devenir un site pilote, en accueillant pour la première fois un cobot, capable de retirer une par une, les différentes couches de tissus. « Soucieux de réduire les troubles musculosquelettiques chez nos opératrices, nous avons mis en place avec elles différents programmes pour répondre à leurs besoins. » Le projet réalisé en lien avec le groupe Europe Technologies (basé à Carquefou) a débouché sur le dépôt d’un brevet. Le cobot ne sera toutefois pas conservé par Getex, en raison d’un manque de rentabilité, étant trop lent pour effectuer la tâche souhaitée. « Cette expérimentation nous a en revanche permis d’avancer sur les sujets de l’automatisation et du confort de travail, mais aussi d’ouvrir le champ des possibles, y compris pour d’autres secteurs d’activité, ajoute Stéphane Guerry. Nous gardons en tête que notre savoir-faire d’artisanat industriel aura toujours besoin de l’humain, et ne pourra pas être remplacé par une IA », conclut-il.