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Slow tourisme : quand le voyage prend son temps

Le slow tourisme invite les voyageurs à ralentir pour s'immerger pleinement dans leurs destinations. En privilégiant la durabilité et l'authenticité, ce mode de voyage redéfinit notre manière de découvrir le monde. Avec ses paysages variés et son riche patrimoine, l’arrière-pays vendéen attire de plus en plus d’adeptes, ancrant ainsi durablement cette tendance émergente dans la région. Analyse.

Maillezais

Le Marais poitevin, à Maillezais, dans le Sud Vendée. Photo Shutterstock

Prendre le temps de se perdre dans les ruelles pittoresques, savourer les spécialités locales ou encore se laisser bercer par le rythme apaisant de la nature environnante, voilà ce que promet le slow tourisme. Inspiré du mouvement slow food, le slow tourisme propose une approche plus respectueuse et consciente du voyage en mettant l’accent sur la qualité, loin des flux touristiques habituels.


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Les chiffres sont révélateurs de cette mutation. Selon une enquête de Booking.com réalisée en 2023, 49 % des voyageurs mondiaux envisagent désormais des séjours plus longs pour profiter pleinement de leurs destinations, contre 37 % en 2019. Par ailleurs, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) note une préférence croissante pour les destinations locales, avec 56 % des voyageurs explorant leur propre pays ou les régions voisines. Cette tendance est renforcée par une conscience écologique accrue et les leçons tirées de la pandémie de Covid-19, qui a transformé notre rapport au voyage.

Linda Castagnié

Linda Castagnié, responsable d’édition Petit Futé Vendée & Sud Loire-Atlantique. Photo Petit Futé

« Avec ses vastes étendues de nature préservée, ses marais et ses petits villages de caractère, le Bocage et le sud de la Vendée sont particulièrement propices au slow tourism», assure Linda Castagnié, responsable d’édition pour la Vendée et Sud Loire-Atlantique au Petit Futé. Avec son équipe, elle sillonne les territoires à la recherche de ce qu’ils ont de meilleur à offrir. Et en la matière, le département a de quoi rassurer !

Vers un tourisme plus durable et authentique

Selon un rapport 2023 de l’Office de Tourisme de Vendée, les séjours de plus d’une semaine ont augmenté de 20 %, indiquant une préférence pour des vacances plus longues et immersives. Par ailleurs, la demande pour des hébergements respectueux de l’environnement a bondi de 30 %, avec une forte hausse des réservations dans les éco-lodges et les campings verts.

En effet, de plus en plus d’établissements locaux adaptent leur offre pour répondre aux nouvelles attentes et limiter leur impact. Certains optent pour le non-pesticide, tandis que d’autres investissent dans des aménagements favorisant les mobilités douces, comme les trottinettes électriques et le vélo. « J’ai le souvenir d’avoir visité un camping situé à La Tranche-sur-Mer particulièrement innovant dans le tri de ses bio-déchets », rapporte Linda Castagnié. « Une machine, grande comme un congélateur, recueille les déchets organiques des vacanciers pour les réduire en poudre fine, réutilisable sous forme d’engrais », ajoute-t-elle. « Il y a aussi le camping La Garangeoire à Saint-Julien-des-Landes, certifié Ecolabel Européen, qui propose des activités nature et des animations sur la biodiversité»

Cette préoccupation environnementale s’étend également aux spas et centres de bien-être qui n’hésitent pas à offrir des programmes de relaxation et de soins en harmonie avec la nature. Les visiteurs peuvent notamment participer à des ateliers de méditation en plein air ou à des séances de yoga sur la plage. La restauration, elle aussi, suit le mouvement. Chef de file de la gastronomie durable, le restaurant La Marine (Noirmoutier), trois étoiles au guide Michelin, mise sur le circuit court non seulement pour privilégier le local, mais aussi pour limiter son empreinte carbone.

« Le slow tourisme va au-delà des vacances », résume Linda Castagnié. « C’est une philosophie qui réinvente complètement la manière dont nous percevons et pratiquons le voyage. » Cet état d’esprit gagne jusqu’aux stations balnéaires comme Les Sables-d’Olonne, qui cherche à cibler davantage sa clientèle en visant la qualité de l’offre plutôt que la quantité de touristes accueillis.

Une autre forme de découverte à l’écart des flux de masse

Delphine Menanteau

Delphine Menanteau, directrice de l’Office de Tourisme Vendée Grand Sud. Photo Office de Tourisme Vendée Grand Sud

« Pour moi, le slow tourisme est une autre forme de découverte, laissant la place aux surprises », renchérit Delphine Menanteau, directrice de l’Office de tourisme Vendée Grand Sud. Depuis vingt ans qu’elle travaille sur le territoire situé à l’extrême sud-est du département, elle estime avoir toujours fait du tourisme durable. « Entre le marais poitevin et le massif forestier, on est vraiment sur un tourisme nature, à l’écart des flux de masse », explique-t-elle. « Valoriser le patrimoine architectural et naturel, associer les habitants, travailler avec nos producteurs locaux est au cœur même de notre stratégie. »

« Aujourd’hui, les visiteurs se laissent plus facilement charmer par des petits territoires et j’en suis ravie ! », poursuit-elle. Cependant, si la directrice souhaite développer l’activité touristique, elle entend mieux la diffuser sur l’ensemble du territoire et dans la durée. Cela signifie développer la fréquentation des vacances de Pâques à la Toussaint, pour éviter de se retrouver sur un cœur de saison estival très encombré. Pour ce faire, elle entend valoriser davantage les « petites pépites » avec la promesse de vivre une expérience authentique, décalée et originale. « Je pense notamment aux embarcadères plus confidentiels pour des balades en barque en mode “seul au monde”, ou encore à la visite des souterrains de la commune de Petosse, un vestige de l’an mille, unique sur la partie ouest de la France. »

Enfin, la responsable mise sur l’itinérance avec près de 900 km de sentiers pédestres balisés et presque 800 en cyclisme. « En termes de fréquentation touristique, on a vu une différence à la sortie du Covid, dépassant même les chiffres de fréquentation de 2019 », précise-t-elle. « On estime à un peu plus de cinq millions le nombre d’excursionnistes à l’année et près de deux millions de nuitées marchandes et non marchandes sur notre territoire (données Fluvision). »

Dernière tendance à laquelle Delphine Menanteau croit beaucoup : le road trip et l’accueil de camping-caristes. « Nous travaillons avec des associations sur des grands rassemblements. La “van life” est également une tendance très à la mode chez les familles avec jeunes enfants, une clientèle intéressante et qui consomme ! », conclut-elle.

Ainsi, le slow tourisme ne transforme pas seulement notre manière de voyager. Il redéfinit notre relation au temps, à la nature et à la culture locale, nous rappelant – en fin de compte – que ralentir est peut-être le véritable luxe du voyage !