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Pays de la Loire : l’entrepreneuriat au féminin reste minoritaire

« Plus diplômées et plus jeunes, les femmes peinent à prendre leur place dans l’entrepreneuriat. » Tel est le constat d’une récente étude de l’Insee Pays de la Loire dévoilée le 7 mars dernier, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes. Malgré le dynamisme de l’entrepreneuriat dans la région, la part des femmes dans la création d’entreprises ne progresse pas depuis 2010. Plus expérimentées et plus nombreuses à avoir suivi des études supérieures avant de démarrer leur projet, elles continuent de se tourner vers des spécialisations genrées.

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En Pays de la Loire, 28 % des créations d’entreprises sont attribuées à des femmes, une proportion similaire à la moyenne nationale, qui n’a pas évolué depuis 2010. C’est ce qui ressort de l’enquête réalisée par l’Insee Pays de la Loire1 dans le cadre du Plan d’action régional en faveur de l’entrepreneuriat des femmes (Paref) et en partenariat avec le préfet de la région, le Conseil régional et Bpifrance. Les données les plus récentes datent de 2018, année durant laquelle 30 700 entreprises ont vu le jour dans la région. 28 % est l’un des taux les plus bas des régions françaises, avec l’Île-de-France (25 %) et la Normandie (28 %). Malgré cette apparente stabilité entre 2010 et 2018, la part des femmes dans la création d’entreprises individuelles (hors micro-entreprises) a en revanche progressé de 36 % à 50 %, alors que, pour les sociétés, la part des créatrices était constante (22 %).

Davantage d’atouts que les générations précédentes

En parallèle, l’étude met en avant l’évolution du profil des créatrices. En 2018, suivant la tendance nationale, elles étaient plus souvent diplômées de l’enseignement supérieur (70 %, 25 points de plus qu’en 2010), que les créateurs (53 %), mais aussi plus jeunes : 18 % avaient moins de 30 ans contre 14 % des créateurs. Juste avant la création de leur entreprise, les femmes étaient plus souvent salariées que les hommes (46 % contre 42 %). Leur objectif principal étant d’assurer leur propre emploi (72 % des créatrices, contre 58 % des créateurs), que ce soit par goût d’entreprendre, par volonté d’être indépendante ou bien pour répondre aux difficultés rencontrées dans leur recherche d’un poste. 16 % des créatrices d’entreprise avaient auparavant exercé une activité salariée cadre (+7 points entre 2010 et 2018). Pour les femmes cadres, la création d’entreprise est perçue comme une opportunité de mieux valoriser leurs compétences acquises.

Des projets avec des apports en capitaux moindres mais aussi pérennes

Autre enseignement de cette étude : les femmes portent généralement des projets plus modestes, qui demandent moins de capital initial que les hommes. En 2018, une créatrice sur trois a démarré son projet avec moins de 2 000 €, contre un créateur sur quatre en Pays de la Loire. A contrario, elles se sont lancées moins souvent avec des budgets de plus de 80 k€ (17 % contre 19 % des hommes). Pour la création de sociétés, elles ont été plus nombreuses que les hommes à financer des projets allant de 16 k€ à 80 k€. (34 % des femmes contre 24 % des hommes). À noter que toutes entreprises confondues, le taux de pérennité à trois ans des entreprises est le même, quel que soit le sexe du créateur (88 %).

L’entrepreneuriat des femmes toujours concentré dans certains secteurs

La répartition femmes-hommes par secteurs d’activité, laisse encore apparaître une spécialisation genrée prononcée. En 2018, 27 % des Ligériennes ont créé une entreprise dans la santé humaine et le social, contre 5 % pour les créateurs. Le deuxième choix des femmes s’est porté sur les activités spécialisées, scientifiques et techniques (architecte, avocat, conseil en gestion et en affaires, notaire, vétérinaire, etc.) à hauteur de 18 %, suivi du commerce et de la réparation automobile et de motocycles (16 %). À l’inverse, la construction, très masculinisée, concentrait 20 % des créateurs et seulement 1 % des créatrices.

Au lancement de l’entreprise, les femmes innovent autant que les hommes dans les méthodes et la conception, mais moins dans les procédés de fabrication. Parmi les secteurs où les dépenses de recherche et développement sont élevées, les créatrices exercent uniquement dans les activités scientifiques et techniques, mais sont rares dans l’industrie automobile et le secteur informatique.

 

1- Enquête Insee Pays de la Loire – Mars 2024 (Perrine Bauer, Laurent Féfeu)