Couverture du journal du 19/04/2024 Le nouveau magazine

Les nouveaux clients du coworking

Longtemps réservés aux start-up et aux travailleurs indépendants, les espaces de coworking intéressent désormais les entreprises qui y ont recours pour leurs employés en télétravail, au point qu’un coworker sur deux serait salarié. Un phénomène qui se confirme en Vendée, où le virus “pique” une clientèle de plus en plus diverse, attirée par l’avantage économique et social que représente la pratique. Témoignages.

coworking, vendée

QG Coworking, Les Sables d'Olonne. © QG Coworking Sablais

Niché dans l’ancien passage du Palais, sur le remblai des Sables-d’Olonne, le QG est un espace de coworking au cadre unique. « On dispose de 300 m² situés face à la mer, s’enthousiasme Cécile Arnaud, la dirigeante du QG Corworking Sablais. L’été, on ouvre les portes pour entendre le bruit des vagues… Les coworkers peuvent sortir boire un café, déconnecter et revenir à leur tâche un peu plus inspirés. »

Ouvert en janvier 2023, le seul espace de travail partagé privé des Sables a trouvé sa clientèle dès les vacances de février, des Parisiens en majorité. « Des personnes ayant des postes à responsabilité, souvent dans des grands groupes et qui possèdent soit une maison secondaire, soit une maison de famille ici, précise-t-elle. Pendant que les enfants restent à la maison avec les grands-parents, ils louent un bureau à la semaine. Je me souviens avoir eu la visite d’un couple, elle directrice Europe chez Coca-Cola et lui, directeur commercial chez Mars. Avec la généralisation du télétravail, c’est devenu monnaie courante », assure-t-elle.

Une clientèle parisienne et internationale

« Mais si je veux être encore plus précise, l’origine de notre toute première coworkeuse était bien plus exotique ! Il s’agissait d’une directrice d’agence de voyage basée à Bogota, en Colombie, ayant de la famille sur les Sables-d’Olonne. Depuis, chaque fois qu’elle passe en France, elle réserve un moment pour nous voir. On se donne des nouvelles, c’est un peu comme une grande famille professionnelle en fin de compte ! » Et d’ajouter : « Au bout d’un an, la récurrence s’est bien installée. Évidemment, on attire aussi une clientèle locale, des entrepreneurs comme des salariés en télétravail qui ont besoin de travailler hors de la maison et de se connecter socialement avec des pairs. Ceci dit, des sociétés parisiennes dont les salariés sont en “full télétravail” il y en a beaucoup au QG ! Cela représente environ trois coworker sur dix. »

« De par notre situation géographique, on est l’un des rares espaces de coworking du territoire à afficher complet sur les mois d’été. Généralement, les emplois du temps de nos clients ont tendance à être de plus en plus poreux, observe-t-elle. J’ai l’impression qu’une partie ne déconnecte pas vraiment pendant les vacances… C’est d’autant plus vrai pour les profils entrepreneurs ou les postes à responsabilité. Si la météo est mauvaise, certains n’hésitent pas à laisser leurs enfants à la famille pour venir travailler chez nous. Actuellement, nous sommes en négociation avec une belle start-up parisienne dont la directrice artistique habite aux Sables-d’Olonne. Cette dernière a évoqué son souhait à sa hiérarchie de venir travailler au QG trois jours par semaine. Entre payer le matériel pour bosser à la maison et louer un espace de coworking à un collaborateur, les effets semblent bien plus bénéfiques à long terme en notre faveur. C’est une solution financière et sociale avantageuse, qui participe à la politique de marque employeur de l’entreprise. » Elle conclut : « Enfin, on a la chance de bénéficier d’événements sportifs exceptionnels qui jouent sur notre attractivité : je pense notamment à l’Ironman (épreuve de triathlon, NDLR). Des participants et des supporters sont venus bosser aux QG la semaine avant la course. Cette année encore, on s’attend à un pic d’occupation des lieux, notamment au moment du Vendée Globe. »

Le coworking pour se développer ?

Parfois, le coworking est une étape pour tester un marché local et ouvrir un deuxième établissement. C’est le cas du Groupe Verdi Ingénierie (400 collaborateurs), un bureau d’études pluridisciplinaire intervenant sur des thématiques liées au bâtiment, à l’environnement et à l’eau, dont le siège social est basé dans le nord de la France. « J’ai été recruté en 2019 pour développer l’activité sur la région sud-Pays de la Loire et nord-Aquitaine, raconte Aurélien Hermouet, responsable pôle Eau et assainissement chez Verdi Ingénierie sud-ouest. Lors de mon embauche, La Roche-sur-Yon était une cible stratégique pour le groupe. Étant seul sur la ville et les départements limitrophes, j’ai commencé à télétravailler de chez moi. Au bout d’un an, j’ai éprouvé le besoin de quitter la maison, notamment les mercredis où mes enfants étaient présents toute la journée. Au départ, j’ai poussé les portes de la Loco Numérique (espace de coworking à La Roche-sur-Yon, NDLR) mû par une volonté individuelle. Je voulais surtout tester l’ambiance pour savoir si cela me plaisait. Le coworking me permettait non seulement de retrouver des relations sociales, mais aussi d’avoir un rythme de travail plus cadré. Quand on travaille à la maison, les limites vie pro/vie perso restent floues. » Il poursuit : « Des mercredis, je suis passé à deux, puis trois jours par semaine. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée et je ne fais qu’occasionnellement du télétravail. »

Il ajoute : « Très vite, j’ai validé avec mes supérieurs que le loyer soit pris en charge par le groupe. Au final, la Loco Numérique nous a permis de créer un siège d’établissement secondaire. Une façon de montrer à nos clients que nous sommes une entreprise locale et proche d’eux. Il poursuit : « Après le Covid, l’agence a commencé à prendre de l’ampleur, une collègue de travail a été rattachée et nous avons embauché une alternante. On a pris des stagiaires, en conservant toujours ce système de coworking qui convient à tous. Cela permet vraiment de conserver des relations sociales extraprofessionnelles car au final ce sont d’autres coworkers que l’on côtoie, pas des collègues, insiste-t-il. Nous n’avons pas de dossiers en commun, nous partageons surtout des sujets de la vie courante. Pour finir, le coworking nous a servi de rampe de lancement pour nous développer tranquillement. Nous sommes trois désormais, bientôt quatre, et j’envisage de prendre des bureaux indépendants cette année. D’ici trois à quatre ans, j’espère avoir développé une petite agence de six à sept personnes qui travailleront en autonomie, tout en continuant de nous appuyer sur la puissance d’un groupe. »

Un mode d’organisation plus agile

Une stratégie de développement inverse de celle choisie par Nutractiv, un cabinet de conseil et de formation spécialisé en nutrition pour les entreprises agroalimentaires. « Depuis la création du cabinet en 2009, j’ai porté seule mon projet jusqu’en 2016 où mon conjoint, alors ingénieur dans l’agroalimentaire, m’a rejointe pour développer une offre digitale, raconte Bénédicte Boukandoura, la directrice de Nutractiv. À l’époque, je louais un bureau dans le centre de La Roche-sur-Yon, que je partageais avec une alternante, mais cela devenait trop petit pour trois. On a finalement signé un bail de trois ans pour un bureau privatif plus confortable à la Loco Numérique, à proximité de la gare de La Roche-sur-Yon. L’activité s’est développée et j’ai pu salarier mon alternante. Sachant qu’elle réside à Nantes, on avait opté dès 2018 pour du télétravail, deux jours par semaine. Quand le Covid est arrivé, on était déjà équipés et habitués à travailler à distance. Si bien que l’on n’a jamais repris le 100 % présentiel une fois le retour au bureau autorisé. Entre l’abonnement à Teams de Microsoft pour les visios et la messagerie instantanée interne, on a fait le choix de rester à la Loco Numérique, mais en mixant abonnement coworking et bureau privatif. On peut aussi louer des salles de réunion pour recevoir des clients en formation par exemple, c’est un peu à la carte en fonction des besoins. Je reste convaincue que la souplesse et l’agilité sont la clé d’une petite structure comme la nôtre. »