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Les entreprises ligériennes confiantes malgré les secousses

En Pays de la Loire, malgré la hausse des coûts des matières premières et de l’énergie ou le report des investissements, le bilan de l’année 2023 reste de bonne facture. De quoi permettre aux entreprises d'aborder 2024 avec confiance. Le point avec la Banque de France, la CCI Nantes St-Nazaire et la CCI Vendée qui viennent de livrer leurs dernières études de conjoncture.

Banque de France

La Banque de France et la CCI Nantes St-Nazaire ont pris le pouls de l'économie ligérienne. De g. à d. Simone Kamycki, directrice régionale de la Banque de France, Yann Trichard, président de la CCI et Alexandra Boulay, responsable d’études à la CCI. © GP - IJ

« L’année 2023 en Pays de la Loire a encore bénéficié d’une belle dynamique post-pandémie », a posé d’emblée Simone Kamycki, directrice régionale de la Banque de France, le 7 février dernier dans les locaux nantais de l’institution, lors de la restitution de deux enquêtes de conjoncture, l’une régionale conduite par la Banque de France, l’autre départementale conduite par la CCI Nantes St-Nazaire. Brossant d’abord un panorama au niveau ligérien, Simone Kamycki note : « Globalement, les différentes hausses des coûts des matières premières et de l’énergie qui ont été générées par les conséquences de la guerre en Ukraine ont pu être imputées sur les prix finaux. De ce fait, il y a eu un impact un peu plus modéré que ce qui était redouté sur les rentabilités. » Dans ce contexte, les investissements ont dans l’ensemble été repoussés, très rarement annulés, et « les effectifs ont poursuivi leur confortement, avec toujours des entreprises qui sont à la recherche de profils spécialisés », souligne Simone Kamycki. Par ailleurs, « le marché du travail s’est un peu détendu sur la fin de l’année ». À noter également que la région connaît un taux de défaillance légèrement plus favorable qu’au national : « Fin 2023, en France, pour 50 créations d’entreprises, il y avait 2,7 défaillances, contre 2,5 en Pays de la Loire », relève la directrice.

Ralentissement des investissements dans l’industrie

Poursuivant sa lecture de l’économie ligérienne secteur par secteur, la directrice régionale signale que l’industrie a connu en 2023 une évolution conforme à l’attendu : +8,4 % de CA réalisé (+2,6 % “déflaté“, soit l’évolution corrigée de l’inflation). En revanche, les investissements ont ralenti (+5,9 % contre +15,3 % attendu) en raison de « l’inquiétude liée à l’inflation, du coût énergétique, d’une diminution des carnets de commande fin 2023 », énumère Simone Kamycki. Mais la rentabilité a été meilleure que prévu.

Quant aux services marchands, ils ont vu en 2023 leur chiffre d’affaires afficher +3,1 % (-0,8 % déflaté), avec des situations contrastées selon les secteurs : +7,6 % dans les activités spécialisées, +5 % dans la filière information-communication mais -5 % pour le transport-entreposage. « Les investissements dans les services marchands ont été boostés, en grande partie par le secteur transport-entreposage », éclaire Simone Kamycki. Elle note en revanche une rentabilité moins bonne qu’envisagé, avec 37 % des répondants qui indiquent une baisse de leurs marges en 2023 contre 25 % en 2022.

Troisième et dernier grand secteur étudié par la Banque de France : la construction, dont les entreprises ont vu en 2023 leur production augmenter de 4,3 % (-0,5 % déflaté) contre +1,5 % attendu. « Les effectifs continuent à augmenter conformément à ce qui avait été envisagé par les chefs d’entreprise et l’investissement a été plus fort qu’attendu (+0,9 % contre -3,4 % attendu, NDLR) », résume Simone Kamycki. Les rentabilités se sont, elles, maintenues.

Stabilisation envisagée en 2024

« L’année 2024 se stabiliserait au niveau que l’on a connu en 2023 pour l’ensemble des secteurs, prévoit Simone Kamycki. Ce qu’il faut retenir, c’est que le degré de confiance dans les entreprises demeure, car nous continuons à voir une progression des recrutements et des investissements, deux points valables dans tous les départements de la région. »

Dans l’industrie, l’évolution attendue du chiffre d’affaires est de +1,3 % (-0,6 % déflaté). En matière d’investissements dans ce secteur, les chefs d’entreprise s’attendent à +26,1 % en 2024, un chiffre élevé en conséquence de reports en 2023.

Dans les services marchands, l’année 2024 devrait voir à nouveau une croissance des chiffres d’affaires, avec des effectifs en légère progression mais des investissements en retrait, après une année 2023 où ils étaient importants. Et la moitié des chefs d’entreprise s’attend à un maintien des performances de leur entreprise en 2024.

Cette année devrait aussi voir le secteur de la construction stabiliser sa production, avec toutefois des contrastes selon les sous-secteurs : +1,1 % dans le second œuvre, -0,9 % dans le gros œuvre et -1,6 % dans les travaux publics. Un repli des investissements est attendu et 57 % des entreprises envisagent le maintien de leur rentabilité.

En Loire-Atlantique, des entreprises « entre résilience et attentisme »

Dans son enquête de conjoncture menée en janvier, la CCI Nantes St-Nazaire observe de son côté des entreprises « entre résilience et attentisme ». En matière d’évolution du chiffre d’affaires, 68 % des répondants ont observé une stabilité ou une hausse en 2023 par rapport à l’année précédente. « En janvier 2022, nous étions plutôt à 73 %, donc c’est une légère baisse. Mais la situation est très contrastée d’un secteur à un autre », remarque Alexandra Boulay, responsable d’études à la CCI. Ainsi, la situation est plus favorable pour les services aux entreprises, le BTP, l’industrie et le CHR que pour le commerce de gros et les commerces et services aux particuliers. Par ailleurs, 85 % des entreprises répondantes ont maintenu leurs effectifs salariés en 2023, seules 15 % indiquant une baisse.

De manière notable, seulement 24 % des entreprises de Loire-Atlantique ont sollicité leur banque pour un crédit bancaire en 2023. « Un chiffre incroyable, souligne Yann Trichard, président de la CCI. Pour une entreprise, ne pas solliciter sa banque pour un emprunt bancaire pendant un an, c’est rare. » Un ralentissement de la prise de décision du côté des entreprises à mettre sur le compte d’une forme d’attentisme, en lien notamment avec le niveau des taux d’intérêts. Simone Kamycki prévient toutefois : « Les taux ne baisseront que lorsque l’inflation sera jugulée de façon durable. » Et du côté des trésoreries, 54 % des entreprises en disposent d’un niveau satisfaisant (+1 point par rapport à janvier 2023).

« Le niveau de confiance des chefs d’entreprise se maintient »

Concernant les difficultés rencontrées, c’est toujours la hausse du prix de l’énergie et des carburants qui inquiète le plus les dirigeants de Loire-Atlantique, devant celle du prix des matières premières (même si le nombre d’entreprises impactées est en baisse), la diminution du carnet de commande et les difficultés de recrutement. Quant aux perspectives 2024, 7 entreprises sur 10 de Loire-Atlantique envisagent une stabilité ou une hausse de leur chiffre d’affaires pour le premier trimestre, même si les cafés-hôtels-restaurants et le commerce de gros prévoient une baisse d’activité pour 2 entreprises sur 5. Enfin, « le niveau de confiance des chefs d’entreprise se maintient, affirme Alexandra Boulay. On était déjà à 6,5 lors de l’enquête précédente, et on est à ce niveau de confiance depuis le premier semestre 2022. »