Près d’un an après le début des travaux à Monthyon (77), la ferme industrielle de Lisaqua entre dans sa dernière ligne droite. L’élevage doit démarrer cet automne, pour une première récolte début 2027. « On est dans les derniers ajustements », indique Gabriel Boneu, cofondateur de la start-up nantaise spécialisée dans l’élevage durable de crevettes. Ce nouveau site entraînera 15 recrutements, en complément des 35 salariés de Nantes. Installé dans un bâtiment agricole de 6 000 m2, il doit porter la production annuelle de moins de 10 à 100 tonnes. À l’horizon 2028-2030, l’objectif du site est d’atteindre 500 tonnes par an grâce à de nouveaux modules.
Le choix de Monthyon s’explique par la présence d’un site voisin de valorisation énergétique de Veolia, dont la ferme récupère la chaleur fatale pour maintenir ses bassins à température. Dix à vingt fois moins chère que le gaz, cette énergie permet à Lisaqua d’économiser « entre 5 et 7 euros au kilo de crevettes produites ». Le passage à l’échelle doit aussi permettre de changer de dimension financière. L’entreprise vise environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2028, puis 15 millions d’euros avec les agrandissements. « On a besoin de grossir plus pour être totalement rentable », résume Gabriel Boneu. Si son modèle de production l’est déjà, l’entreprise doit encore grandir pour absorber ses coûts de R&D, d’ingénierie et de développement de nouveaux sites.
Autre enjeu clé, l’approvisionnement en larves de crevettes. Le site de Saint-Herblain se consacre désormais à l’écloserie. Jusqu’ici dépendante de fournisseurs américains en raison de la réglementation européenne, Lisaqua veut produire elle-même ses larves. « Le but, c’est d’être autonome », poursuit le dirigeant. Sur un marché où les Français consomment 90 000 tonnes de crevettes tropicales par an, Lisaqua en produit entre 8 à 10 tonnes aujourd’hui. Plus de 70 % de ses ventes sont réalisées dans la restauration, dont une vingtaine de tables étoilées.
Après les 30 millions d’euros mobilisés pour cette première phase, plusieurs projets de nouvelles fermes sont déjà à l’étude, avec un déploiement envisagé à partir de 2030. Mais Gabriel Boneu se veut prudent : « On fonctionne de manière à valider et sécuriser tous les jalons opérationnels et industriels, et surtout ne pas griller des étapes. »
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