Face à l’isolement des chefs d’entreprise, une coopération régionale renforcée

La déclinaison depuis février 2026 de la Charte régionale pour la prévention et l’accompagnement des difficultés des entreprises a permis d’élargir le réseau. L’enjeu est de mieux faire connaître les dispositifs existants et d’inciter les chefs d’entreprise à rompre leur isolement, alors que le nombre de défaillances s’est littéralement envolé.

De g. à d.: Jean-Philippe Beaux, Jean-René Camus, Isabelle Ravon et Jean-Michel Courtois.

De g. à d.: Jean-Philippe Beaux, Jean-René Camus, Isabelle Ravon et Jean-Michel Courtois. Tribunal de commerce d'Angers

En 2025, le nombre de défaillances d’entreprises a atteint un niveau record à l’échelle nationale : 68 564 selon la Banque de France, soit une hausse de 3,5 % sur un an. Les Pays de la Loire se sont retrouvés assez nettement en tête avec une augmentation de 20 % des redressements et liquidations judiciaires. L’ensemble des acteurs économiques dressent le même constat : les dispositifs d’accompagnement existants sont encore largement méconnus et souvent mobilisés trop tard. Jean-Philippe Beaux, commissaire aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises de la région (CRP), insiste sur la prévention et la nécessité d’agir tôt, notamment dans une période de dégradation de la conjoncture économique : « Les chefs d’entreprise ont souvent du mal à oser demander de l’aide. Mais parfois, les problèmes qu’ils rencontrent sont complètement indépendants de leur gestion (décalage d’un contrat, défaut de paiement d’un client, etc.). D’où l’importance de ne pas rester seul et de se faire accompagner dès les premiers signes de difficultés. Car au-delà de quarante-cinq jours, il est souvent trop tard pour redresser la situation. »

Un réseau étendu de 150 interlocuteurs

Si la Charte régionale pour la prévention et l’accompagnement des difficultés des entreprises existe depuis 2015 en Pays de la Loire, sa déclinaison depuis février dernier au niveau national a permis l’intégration de nouveaux acteurs clés, comme les présidents des tribunaux de commerce. « Le réseau étendu, coordonné par le préfet de région, est désormais composé de 150 interlocuteurs (annuaire complet accessible en ligne, sur le site de la Direction régionale de l’économie, NDLR) », se félicite Jean-Philippe Beaux. « Dans ce climat général d’incertitude et d’inquiétude, nous avons plus que jamais besoin de nous serrer les coudes pour soutenir le plus efficacement possible nos entrepreneurs. Tous les signataires s’engagent à être à l’écoute des dirigeants en difficulté ; à leur apporter un premier niveau d’analyse et à leur proposer des solutions pertinentes et rapides, afin de les diriger vers les bons interlocuteurs. Tout cela gratuitement et en toute confidentialité. »

Plusieurs dispositifs existent pour soutenir les entreprises confrontées à des difficultés, qu’il s’agisse de problématiques de financement, de production, de ressources humaines, de marchés commerciaux, ou plus globalement d’autres sujets de compétitivité et de modèle économique insatisfaisant. « Le champ d’accompagnement est assez large : cela peut prendre la forme d’un moratoire avec les créanciers publics pour étaler des paiements, d’une aide pour trouver des fonds d’investissement ou de nouveaux marchés, de conseils sur comment réduire ses effectifs ou se mettre aux normes, de prêts de personnels… L’association Apesa offre par exemple un soutien psychologique aux dirigeants en détresse », souligne Jean-Philippe Beaux, qui traite avec son équipe une centaine de dossiers chaque année.

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