Louis-Georges Barret, l’écoute pour ligne de conduite

Candidat au Conseil national des barreaux et à sa présidence, le bâtonnier de Nantes veut réunir une profession traversée par des divisions et mieux protéger ceux qui l’exercent. Son engagement pour le handicap, ses responsabilités syndicales et son expérience ordinale dessinent le fil d’un parcours qu’il entend poursuivre à l’échelle nationale.

Louis-Georges Barret, bâtonnier de Nantes, à l'origine du Legal Hub Day.

Louis-Georges Barret, bâtonnier de Nantes, à l'origine du Legal Hub Day. AGENCE BRUNET-MONIE

« Le combat de ma vie, c’est le handicap. » Invité à expliquer sa candidature, Louis-Georges Barret remonte vingt-cinq ans en arrière. À cette époque, les enfants en situation de handicap peuvent être accueillis en crèche jusqu’à trois ans, mais certains restent ensuite sans solution avant l’âge de la scolarité obligatoire, alors fixé à six ans. À Nantes, il se mobilise pour créer un lieu où grandiraient ensemble des enfants « ordinaires et extraordinaires ». Le Jardin des Poupies voit le jour en 2005, sous la mandature de Jean-Marc Ayrault, dont il rappelle le soutien décisif. Pour rendre le projet possible, il a fallu obtenir une évolution des règles de financement des structures d’accueil.

Cet engagement porte déjà sa méthode : réunir les interlocuteurs, confronter leurs positions et construire une réponse commune. À ceux qui ont peu l’habitude d’écouter les autres, Louis-Georges Barret demande de prendre le temps d’entendre un autre point de vue : « Vous allez écouter complètement ce que va dire l’autre. Vous allez peut-être trouver quelque chose d’intéressant. » Cette exigence d’écoute nourrit aujourd’hui sa candidature au Conseil national des barreaux (CNB), puis à sa présidence.

Une voix commune, des réalités différentes

Le parcours électoral comporte deux étapes : être élu au CNB le 24 novembre, avant de pouvoir briguer sa présidence en décembre. Le bâtonnier de Nantes connaît l’institution, où il a siégé pendant six ans et présidé l’Observatoire de la profession. Ancien président de la Confédération nationale des avocats, il a exercé des responsabilités syndicales avant de prendre la tête de l’ordre nantais. De cette double expérience, il retient deux apports indispensables : les syndicats alimentent les propositions ; les ordres apportent leur connaissance des situations locales et des relations avec les autorités.

Il entend faire travailler ensemble ces deux composantes au sein de ce qu’il appelle « le parlement de la profession ». Mais Louis-Georges Barret regrette que la représentation des avocats reste partagée entre le barreau de Paris, la Conférence des bâtonniers et le CNB, avec des positions parfois divergentes. Face à Bercy ou à la Chancellerie, ces désaccords affaiblissent la portée des demandes. Sa candidature repose sur cette conviction : « Le meilleur moyen pour que la profession soit crédible, c’est qu’elle parle d’une seule voix. »

Pour y parvenir, Louis-Georges Barret propose de réformer la gouvernance du CNB, en supprimant les deux vice-présidences de droit occupées par le bâtonnier de Paris et le président de la Conférence des bâtonniers. Il souhaite une présidence indépendante des différentes composantes de l’institution, capable de les faire travailler ensemble. À la verticalité, il préfère une présence « à côté », qui donne davantage de place à l’écoute.

Cette ambition suppose de dépasser les oppositions entre Paris et les barreaux de région, sans effacer leurs différences. « L’unicité ne veut pas dire l’uniformité. » La formule résume l’équilibre recherché, entendre les aspirations de chacun tout en préservant les règles communes et la capacité de la profession à s’exprimer ensemble.

Protéger ceux qui défendent

Cette recherche d’unité répond d’abord à la fragilité des avocats eux-mêmes. Difficultés financières, pression psychologique, problèmes de santé, isolement dans certains territoires : Louis-Georges Barret s’inquiète de la multiplication des situations de souffrance rencontrées au fil de ses responsabilités. Des professionnels rassurent leurs clients alors qu’ils peinent eux-mêmes à supporter la charge. Il réclame une représentation nationale capable de leur venir en aide.

Il propose ainsi une commission nationale de suivi de la santé physique et psychique des avocats, dotée de moyens d’accompagnement. Ce travail porterait également sur les mécanismes de prévoyance et d’assistance, pour apporter des réponses aux confrères dont les difficultés peuvent rester longtemps invisibles.

La protection se joue aussi au sein des cabinets. Le candidat veut retravailler le contrat de collaboration et renforcer la réponse disciplinaire aux comportements qu’il juge inacceptables. Il relie ces deux chantiers à l’attractivité de la profession, les conditions d’exercice déterminent aussi sa capacité à attirer et à retenir de nouveaux avocats. « Il faut qu’on sache protéger les collaboratrices et les collaborateurs. »

Au-delà de la protection de ses membres, la profession doit également être prête à défendre l’État de droit. Dans la perspective des prochaines échéances politiques, Louis-Georges Barret souhaite constituer des équipes dans toutes les régions, sous la gouvernance du CNB. Elles seraient spécialement formées aux perquisitions, à la défense du secret professionnel et au droit des étrangers. Sur ce terrain, il attend de l’institution une préparation opérationnelle : « Il ne s’agirait pas seulement de le dire. Il va falloir être prêt à le faire. »

Rapprocher les avocats et les entreprises

Cette volonté d’agir concerne enfin les relations avec les entreprises. Le bâtonnier tient ici à la distinction : il parle de « l’avocat et l’entreprise », sans se prononcer en faveur du statut d’avocat en entreprise. Il souhaite renforcer les échanges et adapter les pratiques aux besoins économiques, en préservant l’indépendance et le secret professionnel.

Le financement des procédures par des tiers illustre cette démarche. Ce mécanisme, déjà pratiqué en France, permet à un financeur extérieur de prendre en charge les frais d’un litige en contrepartie d’une rémunération liée à son issue. Louis-Georges Barret revient sur les discussions auxquelles il a contribué : certains barreaux exprimaient leurs réticences, quand les cabinets d’affaires y voyaient une pratique à développer. Des PME, elles, manquaient de moyens pour engager une procédure arbitrale. « Il a fallu mettre tout le monde autour de la table. » Il avait souhaité y associer les banquiers et les représentants d’entrepreneurs, pour confronter les positions aux besoins des entreprises et dégager une réponse commune.

L’expérience a conforté sa confiance dans la possibilité de rapprocher des positions réputées inconciliables. Il envisage sa candidature dans cette continuité, sans vouloir y voir le couronnement d’une carrière. Il sait qu’il peut être battu dès le scrutin du 24 novembre. Il préfère mettre au service de la profession l’expérience acquise au fil de ses responsabilités. Du Jardin des Poupies aux instances nationales, le fil demeure, écouter ceux qui rencontrent une difficulté et réunir les moyens d’y répondre.


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