Couverture du journal du 16/05/2024 Le nouveau magazine

Un bilan économique contrasté pour les fêtes

Pour de nombreux secteurs, Noël est une période phare de l’activité. Et dans un contexte économique mouvementé, elle se révèle encore plus essentielle. Que restera-t-il du millésime 2022 ? Des jouets aux produits de fête en passant par les marchés de Noël, plusieurs professionnels de Vendée et Loire-Atlantique nous ont livré leur premier bilan économique des fêtes de fin d’année.

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Emma Gaulon (à gauche) et Marion Guérin, du magasin Oxybul, rue du Calvaire à Nantes. ©IJ

Jouets : des clients attentifs à leurs dépenses

Rue du Calvaire à Nantes, le magasin de jouets Oxybul a connu son traditionnel coup de feu annuel avant Noël : « On a réalisé une belle année, mais elle est un peu moins bonne qu’en 2022 à cause du contexte, résument Marion Guérin et Emma Gaulon, la responsable et son adjointe. L’an dernier, pour les fêtes, on sortait du confinement et les clients avaient envie de se faire plaisir. De plus, ils avaient la crainte d’être reconfinés et on avait annoncé des pénuries de jouets. Enfin, comme ils travaillaient massivement de chez eux, ils avaient besoin d’occuper leurs enfants. Aujourd’hui, ils ne sont plus concernés par cette problématique et l’inflation est passée par là. Les tarifs des produits du quotidien et de l’énergie ont explosé, mais pas les salaires… Donc tout le monde fait désormais beaucoup plus attention à ses dépenses. »

Autre évolution repérée par ces professionnelles du jouet : « Les nouvelles tendances de consommation, avec notamment le marché de la seconde main qui se développe, poursuit la gérante. Les clients cherchent de moins en moins à acheter du neuf et le succès cette année de notre pôle dédié à la seconde main l’illustre parfaitement.  On a eu beaucoup plus de dépôts et d’achats que l’an dernier. Ce que l’on constate également, c’est que les Français n’hésitent plus à se tourner vers des sites comme Leboncoin pour leurs cadeaux de Noël. »

Des marchés de Noël résilients

Les marchés de Noël sont quant à eux des événements plébiscités par les Français et après deux années de restrictions sanitaires, ils étaient particulièrement attendus. « Nous avons retrouvé des conditions normales et le bilan est très positif, avec une fréquentation en hausse et une bonne dynamique commerciale » témoigne Thibault Delourme, président de 2A organisation. L’entreprise familiale, basée à Nantes depuis plus de 25 ans, s’affiche comme le leader de l’organisation de marchés de Noël en France (plus de 7M€ de chiffre d’affaires, 40 salariés). Elle est présente dans cinq cœurs de ville – dont Nantes et Angers – et 70 centres commerciaux.

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Thibault Delourme, président de 2A organisation, devant le marché de Noël de Nantes. ©2AOrganisation

« Cette année, nous avons eu la chance d’avoir une semaine pleine de vacances avant Noël. Il y a eu moins de rush de dernière minute et les flux de visiteurs se sont mieux répartis. Pour autant, la Coupe de monde de football est venue chambouler cette saison avec une baisse significative de la fréquentation le temps des matchs et un report en semaine.  Localement, les températures très froides ont pu pousser les visiteurs à écourter leurs visites. » Pas question pour autant d’installer des chauffages d’appoint pour les exposants. 2A organisation, qui fabrique ses propres chalets en France, l’interdit depuis longtemps. « Nous privilégions les vêtements, plus efficaces. En pleine explosion du prix de l’électricité, nous veillons à organiser des marchés peu gourmands en énergie en utilisant, par exemple, des led pour les décorations de Noël. En moyenne, la consommation dédiée à ce poste est de 100 à 250 € par événement. »

Une parenthèse chocolatée

De son côté, Patrick Gelencser est un maître chocolatier heureux. Malgré la morosité ambiante, Noël 2022 apparaît comme un bon cru pour ses cinq boutiques, toutes situées en Vendée[1]. Généralement, l’entreprise réalise 30 % de son chiffre d’affaires annuel (3 M€) sur le mois de décembre. Et 20 % de ces résultats de fin d’année se font grâce aux entreprises qui offrent des cadeaux à leurs clients ou à leurs collaborateurs.

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Le maître chocolatier vendéen, Patrick Gelencser. ©Gelencser

« Après deux années exceptionnelles, notre activité n’est certes pas à la hausse, mais le bilan est très satisfaisant, indique Patrick Gelencser. Pour ces fêtes, le panier moyen se situe à 50 €. Nos clients, particuliers et entreprises, sont fidèles. Ils veulent leurs chocolats, leurs bûches de Noël. Ce sont des produits plaisir. Noël est une fête familiale, une parenthèse. Et puis, à partir de 20 €, on peut trouver son bonheur. »

Restaurants : des clients raisonnables

Après un mois de novembre généralement très calme, décembre est traditionnellement une période de forte activité pour la restauration, entre une clientèle loisir qui profite des fêtes en famille et les nombreux repas de Noël des entreprises. 2022 ne déroge pas à la règle. Pour autant, en Loire-Atlantique comme en Vendée, le bilan diffère selon le secteur géographique.

Loire Atlantique, GNE, présidente, Catherine Quérard

Catherine Quérard, présidente, du GNI grand Ouest.©DR

« Il faut distinguer deux zones, indique Catherine Querard, présidente du GNI grand Ouest, groupement national des indépendants de l’hôtellerie-restauration, qui rassemble un millier de professionnels dans ces deux départements. Dans les zones de forte affluence, type centre-ville et centres commerciaux, l’activité a été dynamique et soutenue pendant les fêtes. Les tarifs sont plus modiques qu’ailleurs et certains établissements ont réalisé des scores. Néanmoins, nous avons pu observer un léger fléchissement du ticket moyen, alors qu’il était en hausse depuis le Covid. Les clients ont fait très attention à leur budget. Ils se sont fait plaisir avec modération. Pour les autres zones, les chiffres d’affaires sont analogues aux deux dernières années. La période des fête est correcte sans être exceptionnelle. Il n’y a pas d’augmentation du ticket de moyen. Il s’agit davantage d’un rattrapage de marge que d’un excédent. Enfin, tous territoires confondus, les chiffres des restaurants gastronomiques continuent d’être très bons. La qualité attire. »

Si globalement, les fêtes se sont bien passées, les restaurateurs ligériens regardent 2023 avec inquiétude : « L’explosion du prix de l’énergie et le remboursement des PGE fragilisent les trésoreries », alerte Catherine Querard.

Le canard n’est pas à la fête

Chez Maison Burgaud, à Challans (Vendée), le canard de chair est une affaire de famille depuis quatre générations. L’entreprise dirigée par deux sœurs, Ingrid et Clarisse, est spécialisée dans l’abattage de canard au sang – une technique qui rend la viande plus tendre – et la découpe. La Maison Burgaud est réputée dans le monde entier. Habituellement, elle réalise 40 % de son chiffre d’affaires annuel en Asie. Le reste part sur le marché français et européen. Ses clients sont principalement des restaurants gastronomiques.

Avec 27 % de son CA (1,2M € en 2022) produit entre novembre et décembre, Noël est un temps fort pour l’activité de l’entreprise. Pourtant, celui-ci a baissé de 33% sur un an[2]. L’an dernier, Maison Burgaud avait écoulé 24 % de sa production annuelle à Noël contre 19 % cette année.

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Ingrid et Clarisse Burgaud; ©DR

La responsable ? La grippe aviaire qui a entraîné la fermeture des frontières asiatiques tout au long de 2022 et l’abattage de millions de canards. En Vendée, fin décembre, 106 foyers, principalement des élevages de canards, avaient été confinés depuis le 1er octobre[3].

« Pour Noël et le Nouvel An, nous avons clairement manqué de marchandises avec 53% de volume en moins comparé à l’an dernier, indique Ingrid Burgaud. Mais nous avons tout vendu sans difficulté car il y avait une forte demande de la part de nos clients, privés de mars à septembre de marchandise fraîche. Pendant cette période, nous avons survécu grâce à la vente de notre stock de produits surgelés, mais cela n’a pas suffi à combler la perte de chiffre d’affaires. Nous sommes dans le flou pour 2023 car la filière est de nouveau à l’arrêt. »

Les huîtres tirent leur épingle du jeu

À Bouin (Vendée), Sylvain Chaigneau est le représentant de la troisième génération d’ostréiculteur. Chaque année, dans son parc, il produit entre 50 à 70 tonnes d’huîtres pour un chiffre d’affaires oscillant entre 150 000 et 300 000 €.  « Les fêtes de Noël représentent un tiers de mon chiffre d’affaires annuel. Cette année, elles se sont très bien passées avec des ventes en hausse de 10 %, soit 20 tonnes d’huîtres distribuées. Comme il n’y avait pas ou peu de foie gras, que les crustacés sont plus chers, les gens se sont sans doute reportés sur les huîtres, un produit plus accessible. En moyenne, pour quatre douzaines, il faut compter 26 €. Il y a eu plus de commandes, mais des paniers moins conséquents, nuance toutefois l’ostréiculteur. Au lieu d’acheter 12 huîtres par convive, les clients en ont commandé 6 ou 9, signe sans doute que le contexte économique pèse sur le budget des ménages. »

[1] Deux à La Roche-sur-Yon, une aux Sables d’Olonne, Chantonnay et Challans.

[2] Le ratio est le même sur l’ensemble de l’année.

[3] Communiqué de la préfecture de Vendée du 28 décembre.

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