Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Annie BONJOUR-BERTIN, présidente de 2A ORGANISATION

C’est une entreprise familiale discrète au nom peu évocateur de son activité. Pourtant, depuis Nantes où elle est implantée depuis une vingtaine d’années, 2A Organisation (25 salariés, 6,9 M*€ de CA) se présente comme le leader de l’organisation des marchés de Noël en France. Entretien avec sa fondatrice et présidente, Annie Bonjour-Bertin.

Annie BONJOUR BERTIN

« Sur Internet, on n’a pas
cette magie de Noël »

Comment vous est venue l’idée des marchés de Noël ?

Un premier marché de Noël avait été lancé à Nantes en 1998 à l’occasion de la Coupe du monde de football, mais il n’avait pas du tout fonctionné. Il fallait quelqu’un pour reprendre le flambeau et de mon côté je repartais à zéro : je me suis lancée. 

La première édition, je l’ai montée sur la place du Commerce en un mois, avec 50 chalets. Je n’ai pas voulu aller voir les marchés des villes référentes comme Strasbourg : je voulais dupliquer le concept, sans le copier, en créant une identité propre. Et dès la première année, ça a été un succès.

Dès le premier week-end d’ouverture, le marché de Noël de Nantes a connu une belle affluence cette année. Comment expliquer cet engouement ?

L’année dernière, avec les Gilets jaunes, le climat était un peu particulier… Les gens n’étaient pas dans l’euphorie de Noël. Cette année, le marché a été pris d’assaut dès le premier jour. Les exposants ne s’attendaient pas à travailler aussi bien, dès le premier midi.

Un marché de Noël, c’est un lieu de convivialité, un événement familial. On reçoit toutes les tranches d’âges et toutes les catégories socio-professionnelles. Sur internet, on n’a pas cette magie de Noël… On y va pour l’ambiance, sans être obligé d’acheter. Cela draine beaucoup de monde en ville et, le week-end, les gens viennent jusqu’à 100 kilomètres à la ronde. 

Vous organisez les marchés de Noël dans six villes de France. Quelles sont les spécificités de Nantes ?

On travaille sur l’identité locale de nos marchés. Nantes étant une ville minérale, nous avons conçu des chalets rouges et blancs. Les lumières sont assorties, même celles de la fontaine de la place Royale, de façon à avoir une atmosphère chaude, cocoon. Ce sont mille détails qui font une ambiance. 

Depuis une dizaine d’années, nous n’avons plus la volonté d’augmenter le nombre de chalets, mais de proposer un renouvellement de 20 à 30% chaque année. Cette année, par exemple, on accueille le FC Nantes qui avait envie de se rapprocher du public. On privilégie aussi de plus en plus une fabrication locale et bio. C’est un vrai travail de fond pour que le concept ne s’essouffle pas. Un travail qui ne se voit pas et ne doit pas se voir.

Et puis, à partir du moment où nous intervenons en cœur de ville, nous nous devons de travailler en harmonie avec les acteurs locaux. Avec Plein Centre (l’association des commerçants de centre-ville, NDLR), on a ainsi noué un partenariat pour des animations. Plusieurs commerçants du centre-ville sont également présents, comme le Temple du Jeu qui a deux chalets. Parfois, on sert d’ailleurs de phase test aux commerçants avant l’ouverture d’une boutique ou pour de nouveaux produits.

Je suis assez fière de tout ce que l’organisation du marché de Noël porte en termes de dynamique de centre-ville.

Vous êtes aussi fabricant de vos propres chalets. Pourquoi ?

La première année, j’ai loué les chalets à un fournisseur dans l’Est. Et puis je me suis dit que ça n’avait pas d’intérêt car ces chalets venaient en fait de l’étranger. Je ne voulais pas être dépendante d’eux. J’ai donc eu l’idée de créer un concept de chalet événementiel, sachant que Nantes a une filière bois. Le bois est issu de forêts gérées durablement. Nous avons le label Origine France Garantie depuis 2016. On respectait déjà le cahier des charges avant mais on ne pensait pas forcément à se faire labelliser. L’arrivée de Thibaud (Delourme, directeur général, fils d’Annie Bonjour-Bertin, NDLR) nous a fait prendre conscience de l’importance de communiquer.

Le secteur événementiel est un gros producteur de déchets. Comment gérez-vous cette contrainte ?

Nous utilisons des gobelets consignés depuis plusieurs années, ce qui génère beaucoup moins de déchets malgré l’affluence. Et, cette année, nous poursuivons nos efforts en proposant des collecteurs de mégots de cigarettes afin qu’ils n’aillent pas sur le domaine public. Ils seront ensuite récupérés pour être recyclés. On demande également à nos exposants d’éviter les contenants.

Quel regard portez-vous sur le commerce éphémère ?

Le marché de Noël répond à un besoin d’exposants pour lesquels la saison estivale, devenue plus courte, ne suffit pas. Cela permet à un certain nombre de vivre en restant dans la région. Mais la vente dite « de marché » n’est pas toujours évidente à mettre en œuvre : il faut accepter de travailler avec de grosses amplitudes horaires et dans le froid. Si vous restez assis dans le chalet, ça ne va pas marcher : il faut trouver le bon vendeur et travailler la présentation des produits.Il y a donc plein d’éléments qui jouent. Mais on est aussi là pour accompagner les exposants.