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Tech & industrie : la collaboration au service de la décarbonation

Comprendre comment la collaboration tech et industrie peut se mettre au service de la décarbonation du territoire. Tel était le thème de la table ronde couverte le 20 juin par l’IJ lors de l’événement nazairien « Sur le pont », organisé par Nantes Saint-Nazaire Développement.

Daher D-Ice Lhyfe Pasca

De g. à d. : Sébastien Leroy, directeur open innovation chez Daher ; Sofien Kerkeni, CEO de D-Ice ; François Jan, directeur du Pôle achat supply chain Atlantique ; Ghislain Robert, directeur commercial France de Lhyfe. Photo NLP - IJ

Si la matinée de « Sur le pont » était dédiée à l’appréhension des révolutions numériques/tech qui bouleversent les chaînes de valeur industrielles, à commencer par l’IA, l’après-midi était consacrée aux nécessaires collaborations pour répondre à ces enjeux et au rôle de l’écosystème territorial pour favoriser ces croisements. Lors de la table ronde « Quel écosystème favorable pour la collaboration tech & industrie ? », l’animatrice Cécile Lefort a laissé les témoins présenter leurs activités avant de les interroger pour comprendre comment leur quotidien illustre la collaboration tech et industrie au service de la décarbonation.


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Collaborer à la fois en interne et en externe

Sofien Kerkeni, CEO de D-Ice Engineering, deeptech née à Nantes qui s’appuie sur des jumeaux numériques permettant de modéliser la navigation des bateaux de travail pour réduire leur impact, a posé d’emblée que « la collaboration commence déjà au sein de l’entreprise. Aujourd’hui, nous avons chez D-Ice des ingénieurs en intelligence artificielle, des informaticiens et des mécaniciens qui travaillent main dans la main… Mais à cause des défis imposés par le changement climatique et la transition, on s’est aperçus qu’on avait besoin de collaborer encore plus, notamment en externe : avec de grosses structures, des pôles de compétitivité, des laboratoires internationaux… »

C’est cette démarche qui permet aujourd’hui à la start-up de travailler avec le monde maritime. « Par exemple, sur le Canopée, navire qui transporte la fusée Ariane, nous avons créé le cerveau du bateau. On a développé une interface globale sur tous les corps de métiers, ce qui a nécessité une collaboration très poussée », a illustré Sofien Kerkeni.

Collaborer à toutes les étapes d’un projet

Un constat partagé par François Jan, directeur du Pôle achat supply chain Atlantique (Pasca), expert de la mise en réseau par l’intermédiaire des flux : « Si on prend la logistique, c’est une fonction transversale qui, par son essence, est collaborative pour les entreprises œuvrant au sein de cette chaîne. D’où l’importance de collaborer en interne au sein de la chaîne, mais également avec des compétences extérieures qui peuvent nous apporter des technologies et innovations qu’on va ensuite déployer en interne. Il est essentiel que cette collaboration se fasse à toutes les étapes d’un projet. »

Rebondissant sur cette notion de collaboration, Sébastien Leroy, directeur open innovation chez l’avionneur Daher, a quant à lui souligné qu’avec « la révolution data, l’IA et toutes les possibilités de calcul qu’on a aujourd’hui, on s’appuie de plus en plus sur des jumeaux numériques pour aller vers l’excellence opérationnelle tout en préparant l’avenir. Demain, on ne vendra plus un produit seul, mais forcément son service associé. On est donc obligés de travailler de plus en plus avec les autres car les innovations vont beaucoup plus vite qu’avant. Et si on ne collabore pas efficacement, on se retrouve vite limités par nos propres moyens. »

80 tonnes d’hydrogène vert par jour pour décarboner le flux du port

Décarbonation et collaboration font également partie de l’ADN de Lhyfe, pionnier de l’hydrogène vert : « L’entreprise a été fondée en 2017 à Nantes par Matthieu Guesné », rembobine Ghislain Robert, directeur commercial France. « Alors qu’il travaillait sur les nouvelles énergies, il a découvert qu’il n’existait pas d’hydrogène renouvelable sur le marché. Il a donc eu l’idée de regrouper deux mondes qui ne se connaissaient pas : celui de l’électrolyse de l’eau et celui de l’énergie renouvelable et faire en sorte que ces deux mondes communiquent. Ça a été laborieux, compliqué… Mais ça s’est fait ! »

À tel point que Lhyfe a réussi à entraîner dans son sillage tout le territoire : « La Communauté d’agglomération de la Région Nazairienne et de l’Estuaire (Carene) a de grandes ambitions sur l’hydrogène », poursuit Ghislain Robert. « Elle a pour objectif de décarboner l’ensemble de sa flotte de transports en commun. Le port de Saint-Nazaire est également en train de décarboner son process. On vient ainsi de remporter un appel à manifestation d’intérêt pour à terme produire plus de 80 tonnes d’hydrogène vert par jour et décarboner le flux du port. »

Besoin d’un fonds d’accélération sur la décarbonation

« Quels sont vos besoins aujourd’hui pour faciliter ces collaborations ? », les a relancés l’animatrice. « Aujourd’hui, nous avons la capacité d’évaluer l’impact carbone que l’on a sauvé », a répondu du tac au tac Sébastien Leroy, de Daher. « Maintenant, il serait intéressant de passer à l’échelle de déploiement industriel et cela implique que le monde privé, notamment bancaire, se prenne aussi en main. Il faut que chacun se pose les bonnes questions et investisse des gros sous. Ce qui nécessite la création de fonds d’accélération sur la décarbonation pour apprivoiser et intégrer de nouvelles technologies. »

Un constat partagé par François Jan, du Pasca : « Nous avons la chance d’être sur un territoire avec des collectivités qui poussent, des laboratoires de recherche et des structures techniques qui accompagnent, un écosystème extrêmement dynamique… Mais il y a effectivement ce petit levier de financement qui, notamment pour les PME, serait nécessaire de faciliter. »

« On assiste actuellement à un changement de logiciel global qui va redistribuer les cartes et on sait qu’il n’y a jamais autant d’opportunités que dans des grandes phases de changement », a complété le CEO de D-Ice. « Néanmoins, il y a des fonds à aller chercher dans un contexte où les investisseurs évoluent. C’est pourquoi, demain, les évaluations qu’on fera ne devront pas être uniquement économiques, mais également intégrer la perception climatique et le bonheur individuel dans la balance. »