Couverture du journal du 19/04/2024 Le nouveau magazine

« Priorité aux entrepreneurs qui ont une capacité d’impact fort »

Alors que les start-up avaient levé 636 M€ en 2022 en Loire-Atlantique, ce chiffre a chuté à 177 M€ en 2023 pour une trentaine d’opérations recensées. « Un retour à la normale », selon Nicolas Debon, directeur de Nantes Saint-Nazaire Développement, dont la priorité 2024 sera de continuer à accompagner l'arrivée et le développement des entreprises à impact sur le territoire, tout en favorisant l'accélération des filières émergentes.

Le directeur de l’agence de développement économique, Nicolas Debon.

Le directeur de l’agence de développement économique, Nicolas Debon. ©Nantes St-Nazaire Développement

Comment analysez-vous la chute des levées de fonds en Loire-Atlantique entre 2022 et 2023 ?

Après une forte accélération des levées en 2022 qui avaient atteint 636 M€, en lien avec la fin de la crise Covid (1), nous avons assisté à un retour à la normale en 2023. La somme totale levée sur l’année, 177 M€, se rapproche ainsi de celle de 2021 (200 M€, NDLR). Sur la trentaine d’opérations enregistrées, les plus importantes ont en majorité bénéficié à des acteurs à impact positif : Aboleris Pharma (27,3 M€ pour développer un traitement contre la polyarthrite rhumatoïde), Beem Energy (20 M€ pour accélérer en France et en Europe dans le domaine de la maîtrise de l’énergie), Faguo (15 M€ pour intégrer davantage de matières recyclées dans l’ensemble de ses produits).

Les entreprises à impact semblent devenir une priorité pour l’agence ?

Effectivement, notre volonté est d’aller capter cette typologie d’entreprise. Concrètement, cela se traduit par plus d’actions de prospection et sur les 46 entreprises accompagnées par l’agence dans leur implantation en 2023, 80 % sont ainsi à impact environnemental, sociétal ou territorial (contre 70 % en 2022, NDLR). En France, ces entreprises montent globalement en puissance. Ça n’est donc pas une caractéristique de l’économie de Loire-Atlantique, mais on tâche d’en faire un sujet important à l’agence et de positionner le territoire sur ce marché d’avenir.

« L’enjeu est de détecter les filières qui feront l’économie de demain »

C’est également le cas des filières émergentes ?

Effectivement ! Qui dit transition, dit innovation, surtout dans un monde qui bouge. On est dans un moment extrêmement fort, avec l’écologie et le social qui sont devenus essentiels. Les entrepreneurs sont forcément au cœur de cette transition et vont continuer d’initier et d’imaginer des choses. Dans ce contexte, l’enjeu pour l’agence est d’être capable de détecter les filières qui vont faire l’économie de demain et travailler dans un deuxième temps le collectif pour les aider à émerger et se structurer. C’est un vrai nouveau métier pour l’agence.

 

Les implantations d’entreprises accompagnées en 2023 par l’agence de développement économique du territoire.

Les implantations d’entreprises accompagnées en 2023 par l’agence de développement économique du territoire. ©Nantes St-Nazaire Développement

En quoi ce travail sur le collectif est-il essentiel ?

​​​Quand les entrepreneurs imaginent de nouveaux usages ou de nouvelles manières de faire, le collectif devient essentiel pour partager, valider, se rassurer, avoir confiance et fabriquer des feuilles de route. Nous avons toujours fonctionné comme ça dans le développement économique… Mais là, c’est particulièrement nécessaire.

Prenons l’exemple du transport à la voile. Il y a quatre ans, nous avons détecté ce sujet parce que des entrepreneurs travaillaient dessus en R&D. Depuis, nous avons pris l’initiative de créer le collectif “Wind for Goods” et d’organiser un salon dédié. Ce qui a permis de donner de la visibilité à cette filière émergente tout en y associant le territoire. Il en est de même pour la mode durable, avec l’organisation des “Fashion Green Days” à Nantes.

« On est plutôt dans une politique de choix que de volume »

Sur l’année 2023, l’agence a repéré et accompagné 46 entreprises pour 771 emplois créés. S’agit-il d’un bon cru ?

On est sur des tendances qui nous vont bien. Lors de la création de l’agence en 2014, nous avions pour objectif d’accompagner 100 à 120 entreprises dans l’année. Aujourd’hui, notre feuille de route a évolué : on accompagne en priorité des entrepreneurs qui ont une capacité d’impact territorial fort dans les filières comme la santé, l’industrie, le numérique… On est plutôt dans une politique de choix que de volume.

« On regarde avec grande attention les territoires nordiques »

Concernant le rayonnement du territoire à l’international, quels sont les projets à venir ?

Notre lien avec le Québec est fortement ancré. Un chiffre l’illustre parfaitement : à l’international, l’action de l’agence a permis d’accueillir 10 nouveaux projets à capitaux étrangers en 2023 (22 % des projets), dont la moitié issue de cette province du Canada. Et ce lien va être encore renforcé : une délégation d’une cinquantaine d’entrepreneurs doit y partir du 27 au 31 mai 2024. Une réunion d’information est d’ailleurs prévue le 22 février à la Cantine Numérique.

C’est également le cas de Hambourg. Cela fait une dizaine d’années qu’on y crée des partenariats parce qu’il y a un port, de l’aéronautique, de nouvelles énergies comme l’hydrogène… Et Hambourg constitue une porte d’entrée pour travailler le marché allemand à une plus large échelle.

On se permet aussi de saisir les opportunités qui se présentent. On vient ainsi d’initier un rapprochement entre Nantes Métropole et Cardiff (Pays de Galles), ainsi qu’entre Newport (États-Unis) et Saint-Nazaire. On regarde également avec grande attention les territoires nordiques qui, sur la transition, ont des projets extrêmement intéressants. On n’a encore rien enclenché, mais on va tisser des liens avec les entrepreneurs pour voir si on peut aller plus loin en termes de business. Car le développement économique, c’est avant tout une mission vivante !

 

(1) L’année 2022 avait été marquée par des tours de table record du producteur nantais d’hydrogène vert Lhyfe (135,3 M€) et de Valneva (102 M€), entreprise nantaise de biotechnologies développant plusieurs vaccins.

 

La première agence économique à mission de France

À l’occasion de son conseil d’administration du 25 janvier, Nantes Saint-Nazaire Développement a entériné son statut de structure à mission et désigné son comité de mission. Cela fait d’elle la première agence de développement économique de France à pouvoir revendiquer un tel statut. Au passage, elle a également élargi sa gouvernance à de nouveaux acteurs économiques (représentants de l’enseignement supérieur, de la recherche, réseaux économiques, industriels…) dans une logique de coopération économique renforcée.

Pour l’agence économique, « ce statut vient formaliser une démarche menée en interne depuis trois ans avec élus et entrepreneurs du territoire, précise Nicolas Debon, son directeur. Elle s’appuie sur une stratégie de captation d’entreprises à impact, d’accélération des filières émergentes,​​​​ et d’identification du rôle qu’on doit avoir pour accélérer le développement économique dans les transitions écologiques et sociales »​​​​.

Faire de l’agence un outil flexible, rapide et agile​​

Ce nouveau statut est également synonyme de création d’une raison d’être pour l’agence économique. Cette dernière, “fédérer, attirer et valoriser les acteurs économiques qui créent les conditions de transformation pour faire de Nantes Saint-Nazaire un territoire ouvert, créatif et engagé” est selon Nicolas Debon « un moyen de marquer le fonctionnement de l’association pour les 15 ans qui viennent car ces éléments font désormais partie de nos statuts »​​​.

Devenir structure à mission devait enfin permettre à l’agence d’élargir son champ d’action : « On va effectivement pouvoir se permettre d’autres choses. Par exemple, comprendre comment utiliser l’intelligence artificielle dans le business dans un contexte d’évolution profonde des métiers. Un moyen de faire de l’agence un outil flexible, rapide et agile », conclut le directeur de l’agence.​​​