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Tour de France. Pour Thomas Voeckler, « une équipe vélo, c’est une vraie entreprise »

Ancien champion cycliste, le Vendéen d’adoption Thomas Voeckler a brillamment réussi sa reconversion professionnelle à la fois comme consultant sportif et sélectionneur de l’équipe de France masculine de vélo. Invité d’honneur du groupe d’expertise-comptable In Extenso pour l’anniversaire de son agence de Mouilleron-le-Captif, il est revenu sur les parallèles entre une équipe cycliste et le monde de l’entreprise. Sans langue de bois mais avec humilité.

Thomas Voeckler.

Thomas Voeckler. Photo Marie Laudouar - IJ

« Les points communs entre le fonctionnement d’une équipe cycliste et celui d’une entreprise sont nombreux. Les mots changent mais les principes sont les mêmes. » Ancien maillot jaune sur le Tour de France, deux fois champion de France sur route en 2004 et 2010, le cycliste vendéen Thomas Voeckler a mis fin à sa carrière professionnelle en 2017. Depuis, il a troqué son vélo pour la moto de France Télévisions en qualité de consultant et, entre deux commentaires, il manage l’équipe de France masculine de cyclisme. De cette expérience multifacettes, il dresse aujourd’hui un tableau aiguisé des liens entre les mondes sportif et entrepreneurial. Et c’est à ce titre qu’il répondait mi-juin à l’invitation d’In Extenso, réseau national d’experts-comptables qui célébrait ses quinze ans de présence à Mouilleron-le-Captif.


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Un collectif au service d’un leader

« Dans le cyclisme comme en entreprise, le travail en équipe, c’est la base de tout », a commencé par rappeler Thomas Voeckler. « Le vélo est en effet un sport individuel qui se pratique en équipe. Pour gagner une course, celui qui est mis en avant a besoin des personnes de l’ombre. » Au début de sa carrière, le Vendéen fut l’un de ces hommes discrets et humbles qui abrite leur leader du vent, va lui chercher à manger ou lui ramène des vêtements de protection quand il pleut. « Puis en 2003, j’ai gagné ma première course et j’ai commencé à changer de statut. Je suis passé de celui qui travaillait pour les autres à celui pour qui les autres travaillaient. Quand je suis devenu leader, je me suis toujours rappelé que, sans l’aide des autres, je n’y serais pas arrivé », témoigne avec reconnaissance Thomas Voeckler. L’ancien champion va encore plus loin : « Autour des coureurs, il y a les mécaniciens, les kinés, les secrétaires. En fait, une équipe de vélo, c’est une vraie entreprise, avec un collectif, des services techniques et administratifs, des ressources humaines. »

Thomas Voeckler

Thomas Voeckler. Photo Assos

Une résilience à toute épreuve

Et comme dans toute entreprise, il y a des objectifs à atteindre et des échecs à surmonter. « Il faut les analyser, les comprendre et se remotiver pour avancer. Une fois l’objectif atteint, il faut aussi penser à le sécuriser. » Thomas Voeckler sait de quoi il parle. En 2005, après une année au sommet, son palmarès reste vierge. C’est un sportif populaire et reconnu. Il signe des autographes, gagne un peu d’argent et perd les pédales. « Je me suis pris une sacrée volée. Je me suis alors rappelé pourquoi je faisais du vélo : parce que j’aimais ça, pas pour la gloire ou autre chose. » Il s’accroche à son rêve d’enfant, avec une détermination à toute épreuve.

Cette force de caractère lui sera particulièrement utile après une chute lors de la sixième étape du Paris-Nice en 2009 où il est victime d’une triple facture de la clavicule. Deux mois après, il remportait le Trophée des grimpeurs. « Soit je m’apitoyais sur mon sort, soit je réussissais à tirer de la force de cette épreuve. Ce n’était la faute de personne. Ce sont des choses qui arrivent », confie-t-il. Thomas Voeckler travaille alors davantage et, avec résilience, remonte progressivement la pente, jusqu’à décrocher un second titre de champion de France en 2010.

Lors de cette soirée, le Vendéen est revenu sur la concurrence, autre passerelle entre le cyclisme et l’entreprise. Dans sa discipline, elle s’est avérée parfois déloyale, sévissant sous forme de dopage. « J’avais trois choix : me décourager, rejoindre ces réseaux mal intentionnés ou trouver une solution honnête. Je voyais bien ce que je ne pouvais pas faire physiquement mais je savais aussi qu’il y avait moyen d’exister autrement, de gagner des courses en respectant les règles, peut-être pas le Tour de France, mais des courses malgré tout. Je suis fier de ma carrière et je peux regarder mes enfants droit dans les yeux. »

Photo Shutterstock

Savoir être un bon manager

Le vélo, c’est toute la vie de Thomas Voeckler. Alors, à l’heure de sa retraite sportive, il fait logiquement le choix de rester dans le bain en saisissant l’opportunité de devenir consultant sportif puis sélectionneur de l’équipe de France masculine de vélo. Il passe de l’autre côté du miroir et endosse le costume de manager. Pour remplir ce rôle qui lui tient à cœur, il puise dans son expérience. « J’essaie de me rappeler ce qui m’a manqué lorsque j’étais professionnel. Je me mets à hauteur de mes coureurs et je n’hésite pas à montrer l’exemple, à donner des coups de main, même si cela ne fait pas partie officiellement de mes fonctions. J’adore la mécanique, et si les mécaniciens sont débordés, je les aide. En agissant ainsi, je sais que je peux compter sur mon équipe en retour. »

Le sélectionneur mesure parfaitement l’ampleur de sa mission. « Lorsque cela est nécessaire, j’endosse le costume du chef qui décide, mais toujours après avoir échangé avec le reste du staff. Quand il y a des incertitudes, je tranche et j’en prends toute la responsabilité. »

Photo Shutterstock

Une posture responsable qui devrait lui servir pour les Jeux olympiques de Paris. « Nous ne sommes plus les meilleurs comme il y a quatre ou cinq ans. Mais le vélo, ce n’est pas juste appuyer fort sur les pédales. Il y a une stratégie d’équipe, des choses à faire en fonction du parcours. Aux JO, il y a une partie en ligne, et ensuite, un circuit dans Paris. Sur un tel parcours, ce n’est pas forcément le plus fort qui va gagner. Alors, moi, j’y crois. Si moi, je n’arrive pas à y croire, si je n’arrive pas à faire passer ce message à mes coureurs, je n’y vais même pas. Donc, oui, nous avons une chance, au même titre que les Italiens face aux ultra-favoris que sont les Slovènes, les Belges ou les Anglais. »