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Inauguration : Lhyfe se tourne vers l’Europe depuis la Vendée

30 septembre 2021. À Bouin, en Vendée, c’est l’effervescence. Pour l’inauguration de son premier site de production d’hydrogène vert à partir de l’énergie produite par le parc éolien voisin, Lhyfe a fait les choses en grand. Élus, presse régionale et nationale, partenaires, premiers clients, tous se sont mobilisés pour participer à cet événement présenté comme « une première mondiale ». « L’histoire qu’on est en train d’écrire, c’est une histoire que l’on voit d’habitude en Californie », s’enthousiasme d’ailleurs le président et fondateur de Lhyfe, Matthieu Guesné.

Lhyfe

Matthieu Guésné (3e à droite) inaugure l’usine Lhyfe de Bouin entouré d’élus © D. R.

Si, pour l’heure, la toute nouvelle usine produit 300 kg d’hydrogène renouvelable par jour, sa capacité devrait être augmentée dans les prochains mois. Avec un objectif : alimenter des besoins industriels et de mobilité. « Quand l’usine sera à une tonne par jour, elle pourra alimenter tous les bus et les camions poubelles d’une ville de 50 000 habitants », explique Matthieu Guesné. Soit l’équivalent des usages en mobilité lourde d’une ville comme La Roche-sur-Yon.

« On va démontrer qu’on peut produire en mer »

Retour en arrière et arrêt sur image sur janvier 2020. La jeune start-up nantaise, créée trois ans plus tôt par un ancien cadre du Commissariat à l’énergie atomique, communique sur une levée de fonds d’amorçage de 8 M€, destinée à mettre sur pied sa première usine. Un an et demi plus tard, alors que la crise sanitaire est passée par là, l’usine est sortie de terre et Matthieu Guesné regarde désormais vers un horizon bien plus large que celui des côtes vendéennes… Car l’usine pilote de Bouin n’est qu’une première pierre dans l’édifice prévu par Lhyfe, en France et à l’international.

En France d’abord, demain se prépare dès aujourd’hui. Jouxtant le site de production, le premier centre de R&D de Lhyfe a lui aussi vu le jour. Il est principalement dédié à l’optimisation de son process de production et à ses travaux sur l’offshore. La production d’hydrogène en mer est déjà sur les rails, à travers la mise en place d’un premier démonstrateur sur le site expérimental du Sem-Rev, au large du Croisic.

« On va démontrer qu’on peut produire en mer », promet le dirigeant, même s’il précise que ce projet n’a pas vocation à vendre de l’hydrogène, mais seulement à développer la technologie pour ensuite la reproduire à grande échelle, en mer du Nord, à l’horizon 2024-2025.

Le plan de développement de Lhyfe cible aussi l’Europe. « On a une soixantaine de projets », indique Matthieu Guesné. L’entreprise dispose déjà d’équipes en Allemagne, en Belgique, au Danemark et au Portugal. Elles seront rejointes dans les semaines qui viennent par d’autres en Suède, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie. « À l’étranger, les projets sont beaucoup plus gros. On est plutôt sur des sites d’au minimum dix tonnes par jour, sachant que dix tonnes alimentent une ville comme Nantes », souligne le président de Lhyfe.

« On est dans un monde disruptif. Si on loupe le virage, certains transporteurs ne passeront pas le cap. » Tariel Chamerois, DB Schenker France.

Pour financer son ambitieuse stratégie de développement, Lhyfe a effectué en juillet sa deuxième levée de fonds, de 50 M€. « On a battu le record d’iAdvize », précise non sans fierté le fondateur de Lhyfe. Réalisée auprès du fonds d’investissement Swen Capital Partners, de la Banque des Territoires et des investisseurs historiques 1, elle doit notamment permettre à l’entreprise de renforcer, à hauteur de 30 M€, ses équipes de déploiement et de R&D. Il y a seulement deux ans, la structure ne comptait aucun salarié. Elle en dénombre aujourd’hui 60 et prévoit de plus que doubler ses effectifs en 2022.

Si de l’aveu même de Matthieu Guesné, « l’argent n’est pas du tout un frein » au développement de l’hydrogène, la route qui s’étend devant Lhyfe n’est tout de même pas sans dos d’âne… Pour lui le frein principal se trouve du côté des stations-services. Pour que l’hydrogène s’impose, elles doivent exister en nombre suffisant pour alimenter les besoins des voitures individuelles. « Les Allemands le font, pas la France », regrette Matthieu Guesné, qui ajoute : « il faut aussi avoir conscience que ce qui fait l’emploi ce ne sont pas les énergéticiens, ce sont les usines, les constructeurs automobiles. Il va falloir aider ceux qui font les bus, les chariots élévateurs, les voitures, les camions à basculer. Et pour qu’ils basculent, il faut qu’il y ait un marché, donc des stations-services et qu’on les aide à acheter des véhicules qui sont plus chers. »

 

Les premiers clients

Côté clients, justement, les premiers à s’être manifestés sont les collectivités. L’hydrogène de Lhyfe va ainsi alimenter quatre stations-services de l’Ouest dont celle de La Roche-sur-Yon dans les prochains jours. Une cinquantaine de véhicules lourds, bus, bennes à ordures ménagères pourront rouler à l’hydrogène renouvelable en Loire-Atlantique, Sarthe et Vendée, puis dans d’autres départements, via le projet VHy-GO (Vallée Hydrogène Grand Ouest).

L’hydrogène produit par Lhyfe commence aussi à intéresser les entreprises. Ainsi, Lidl France s’est engagée à utiliser l’hydrogène vert de Lhyfe pour 90 chariots élévateurs de sa future plateforme logistique inaugurée à Carquefou début 2022. Même démarche chez le logisticien DB Schenker qui va rétrofiter (passer du thermique à l’électrique) une dizaine de ses véhicules. Directeur développement durable de DB Schenker France, dont le siège est situé à Montaigu, Tariel Chamerois, estime qu’« on est dans un monde disruptif. Si on loupe le virage, certains transporteurs ne passeront pas le cap. » Propos qu’il modère en précisant : « L’hydrogène ne résoudra pas tout, la gestion du mix énergétique est complexe. »

Dans le BTP aussi, certains acteurs choisissent de s’engager dans l’hydrogène vert en se fournissant chez Lhyfe. Valéry Ferber, directeur innovation et environnement chez Charier explique que l’entreprise s’est engagée à réduire son bilan carbone de moitié d’ici 2030. Pour y parvenir, l’entreprise n’a pas le choix : elle doit se séparer du gazole. Sauf que « autant on peut électrifier des véhicules légers, autant ce n’est pas réalisable pour les engins de chantiers » (temps de charge, place que prendrait la batterie). Pour lui, l’hydrogène est une solution à partir du moment où il peut être mis à disposition sur les chantiers. Un test va d’ailleurs être réalisé au port de la Turballe. L’entreprise a reçu une aide de la Région pour rétrofiter un véhicule. Elle a pris en charge 40 % du surcoût. Charier travaille également avec Manitou à une expérimentation grandeur réelle via deux prototypes : un chariot téléscopique grande hauteur et un chariot rotatif. Une expérimentation au coût estimé entre 2 et 3 M€.

 

  1. Noria, Ovive (Groupe Les Saules), Ouest Croissance, Océan Participations et la SEM Vendée Energie