Couverture du journal du 01/03/2024 Le magazine de la semaine

La semaine de quatre jours, une bonne idée ?

L’idée de mettre en place la semaine de quatre jours en entreprise fait son chemin, tout particulièrement depuis la crise sanitaire qui a fait évoluer les façons de travailler. Le gouvernement lui-même s’est emparé du sujet. Alors quels sont les avantages mais aussi les limites du dispositif ? Peut-il être généralisé ? Éléments de réponses avec des exemples d’entreprises vendéennes qui ont décidé de sauter le pas.

 

Étienne Boudelier, dirigeant de Griffon Marine

Étienne Boudelier, dirigeant de Griffon Marine ©D.R

« Je crois que beaucoup de Français aspirent aujourd’hui à travailler différemment », indiquait Gabriel Attal au journal L’Opinion le 31 janvier dernier, en lançant une expérimentation de la semaine de quatre jours chez les agents de l’Urssaf Picardie. Selon le ministre des comptes publics, « la semaine de 35 heures en quatre jours […]  peut être moins de temps passé dans les transports, moins de stress, et au final, plus de bien-être au travail. […] Pour les employeurs, cela pourrait aussi être un gage d’attractivité et de plus grande productivité. » D’après l’étude Ce que veulent les candidats en 2023[1], réalisée en novembre dernier, 43 % des salariés français se disent favorables à la mise en place de la semaine de quatre jours. Côté employeurs, ils sont 22 % à déclarer avoir proposé le dispositif à leurs collaborateurs. 35 % envisagent de l’expérimenter d’ici la fin de l’année.

« Du temps libre en semaine »

Mais qu’entend-on précisément par semaine de quatre jours ? Le dispositif consiste à organiser le temps de travail de ses collaborateurs sur quatre jours au lieu de cinq et ainsi de leur faire bénéficier de trois jours de repos par semaine, sans perte de salaire. Depuis plus d’un an, Cadremploi s’intéresse aux entreprises qui ont décidé de se lancer. Parmi elles figurent le groupe lyonnais LDLC[2] qui compte une centaine de magasins en France, notamment à Orvault, Saint-Nazaire et à La Roche-sur-Yon. Début 2021, son président Laurent de la Clergerie jetait un pavé dans la mare, en décidant de réduire le temps de travail de tout le monde, y compris le sien. Benoît Amiot, technicien-vendeur au sein de la boutique yonnaise ouverte depuis mai dernier, évoque une bonne surprise à son arrivée dans l’entreprise. « C’est un vrai plus. Pour ma part, j’ai acheté une maison il y a trois mois. Pour faire mes recherches, et pour prendre rendez-vous à la banque, ou chez le notaire, c’était pratique d’avoir du temps libre en semaine. » Tandis que le magasin accueille le public du lundi au samedi, un roulement a été mis en place au sein de l’équipe qui compte quatre salariés et un alternant.

Baisse de l’absentéisme et hausse de productivité

À Chanverrie, chez Griffon Marine[3], les 55 salariés sont passés à la semaine de quatre jours sans réduction de salaire, le 1er octobre. « L’idée est venue en août dernier avec le début de la crise énergétique, explique le directeur général de la PME, Étienne Boudelier. Notre usine comprend un système d’aspiration centralisée énergivore. Il fallait donc réduire nos périodes d’ouverture et densifier nos horaires, pour baisser notre consommation de 15 % sur un an et par là même faire baisser la facture, avec à la clé un gain annuel de 35 k€. » Le dirigeant évoque également une économie mensuelle de carburant de l’ordre de 20 %, tout en se réjouissant du recul de l’absentéisme et de l’amélioration de la productivité. « Les salariés peuvent par exemple prendre plus facilement leurs rendez-vous médicaux. Cette nouvelle organisation nous a aussi appris à être plus efficaces, lors de nos réunions, ou en réduisant les temps de pause », souligne le chef d’entreprise. Et dans un bassin d’emploi où le taux de chômage est l’un des plus faibles en France, la mesure se révèle être un levier pour recruter. Étienne Boudelier annonce une recrudescence des candidatures ces derniers mois.

Un rythme de travail pour tous ?

Du côté d’Étik Ouest, fabricant d’étiquettes adhésives implanté à Soullans, la semaine de quatre jours est en place depuis le 3 janvier. La moitié des 50 salariés est concernée, à savoir les employés administratifs. « Au départ, on s’est dit que c’était une bonne idée pour tout le monde. Finalement, le dispositif était trop compliqué à mettre en place pour les employés de l’usine travaillant en 2×8, qui auraient dû soit commencer encore plus tôt, soit terminer plus tard. Ils auraient alors perdu toute vie de famille », explique le président de la PME Christophe Traineau, ajoutant faire preuve de souplesse. « Nous avons l’exemple d’un salarié qui, après avoir testé durant un mois la semaine de quatre jours, a préféré revenir à un rythme classique, qui lui correspondait mieux. » Globalement, le dirigeant évoque une expérience positive. Un premier bilan doit être effectué avant l’été.

« À l’Apec, nous sentons que le sujet commence à intéresser certaines TPE et PME. Mais pour l’heure, il n’y a pas forcément de passage à l’acte, tempère Michèle Sallembien, déléguée régionale à l’Apec Pays de la Loire. Avant de se lancer, il faut réfléchir à son secteur d’activité, et faire une étude de faisabilité pour savoir ce que l’on a à y gagner et ce qu’on va perdre », prévient-elle. Elle constate que depuis le Covid, nombre d’entreprises réfléchissent à leur modèle d’organisation. « Aujourd’hui, les cadres pratiquent plus le télétravail que la semaine de quatre jours qui peut, dans certains cas, avoir plutôt un impact négatif sur la vie personnelle en augmentant la durée de travail journalière. » Le dirigeant de Griffon Marine admet avoir senti au départ un peu d’appréhension sur ce point. « Mais aujourd’hui, personne ne souhaite revenir en arrière », ajoute-t-il. Il reconnaît toutefois devoir télétravailler le vendredi. « Je n’ai pas le choix. Il faut que je reste disponible pour mes clients. »

 

[1] Enquête du cabinet de recrutement Robert Half – novembre 2022.

[2] Fondé en 2001, LDLC est spécialisé dans le commerce informatique et high tech pour les particuliers et les entreprises.

[3] Griffon Marine est spécialisé dans l’aménagement nautique haut de gamme.