Couverture du journal du 16/05/2024 Le nouveau magazine

Les entreprises de proximité face aux défis environnementaux

Elles sont plus de trois millions en France, 147 000 dans la région. Les entreprises de proximité doivent faire face aux défis environnementaux, mais demandent des règles du jeu équitables. Fanny Reyre-Ménard, présidente de l’U2P¹ Pays de la Loire, veut ainsi être associée aux nécessaires concertations.

Fanny Reyre-Ménard Élisabeth Fessart U2P

Fanny Reyre-Ménard et Élisabeth Fessart, respectivement présidente et déléguée générale de l’U2P Pays de la Loire. ©Eric Cabanas

Les nuages de la conjoncture se sont amoncelés au-dessus des têtes des entreprises de proximité : artisanat, petits commerces, professions libérales sont en première ligne face à une inflation qui impacte approvisionnement et clients et un coût de l’énergie exponentiel, auxquels s’ajoute la réforme des retraites.

« Les entreprises sont sorties de la crise du Covid avec des trésoreries plutôt bonnes, mais avec un endettement augmenté. Aujourd’hui, les trésoreries ont beaucoup baissé et tout le monde n’a pas remboursé son PGE. Il nous faut avoir encore la capacité d’investir pour relever les nombreux défis », souligne Fanny Reyre-Ménard. Pour la présidente de l’U2P Pays de la Loire, la vigilance est de mise face aux impacts des grands défis liés à la transition écologique. Ceux-ci sont particulièrement concrets avec l’instauration du principe de Zéro artificialisation nette (Zan), qui risque d’impacter les capacités des entreprises à se développer, surtout hors agglomérations et l’instauration des Zones à faibles émissions (ZFE) dans les métropoles.

« Les Zan engendrent une complexité complémentaire mais ce n’est pas empêchant, surtout si les collectivités concernées pensent aux artisans et au développement artisanal. Comme nous avons moins besoin de surface que d’autres industries, nous pouvons nous retrouver dans la réutilisation d’espaces », note la présidente de l’U2P qui s’interroge sur l’instauration en milieu urbain de ZFE « en termes d’impact direct sur l’activité ».

QUESTIONS ET SOLUTIONS DE PROXIMITÉ

« Nous n’y sommes pas opposés, mais nous avons des interrogations sur l’endettement que cela va avoir sur nos entreprises. S’il faut réinvestir dans des véhicules beaucoup plus chers qu’avant, s’il faut repenser ces modes de livraison, cela entraînera des investissements et des endettements supplémentaires. Le coeur des entreprises n’est pas de courir derrière des aides, mais d’avoir une activité commerciale. Un véhicule électrique est plus cher et il faut la place pour sa recharge », estime Fanny Reyre-Ménard qui souhaite une concertation globale et en amont avec les pouvoirs publics sur des points concrets vitaux pour certaines entreprises. « Se pose aussi la question des interventions en milieu urbain des plombiers, des électriciens, des couvreurs. Quand on est une entreprise du bâtiment avec plusieurs équipes, il faut autant de véhicules. Il y a aussi la question de la recharge de ces derniers. S’il faut changer d’ici deux ans tous les parcs de toutes les entreprises artisanales qui interviennent sur la métropole, cela va être compliqué ».

La mise en application des ZFE à Nantes Métropole, Saint-Nazaire, Angers et Le Mans doit intervenir dès 2025. « La concertation est organisée mais elle doit être plus ouverte et plus globale. À Nantes le travail commence à bouger, mais pas Angers et Le Mans. Nous ne sommes pas confrontés à l’obligation d’acheter des véhicules électriques, mais il va nous falloir dès maintenant cogiter », poursuit la présidente de l’U2P.

LA GARANTIE D’UNE « CONCERTATION EFFICACE »

« Il y a des groupes de travail sur différents points avec la métropole, reconnaît Élisabeth Fessart, déléguée régionale de l’U2P, mais il n’y a pas de porte d’entrée ZFE. Une initiative a été lancée par la Chambre de métiers et la CCI pour mettre autour de la table les acteurs économiques consulaires, l’association Plein Centre, l’U2P, la CPME, le Medef, la Capeb, la Fédération du bâtiment, les professions libérales. Instaurer une ZFE nécessite de définir un périmètre d’application, le type de véhicule, les camions, les véhicules utilitaires légers, les véhicules de particulier et de définir les dérogations et un calendrier de mise en oeuvre de tout cela. Cela se négocie et se discute. »

« On arrive enfin à une idée un tout petit peu plus globale de la prise en compte du sujet qu’il ne faut pas saucissonner mais voir globalement. Tous les défis se tiennent. Dans la discussion, nous devons avancer ensemble. Nous devons être acteurs de cette réflexion. Si ce n’est pas le cas, ce sera très compliqué d’avoir une adhésion », prévient Fanny Reyre-Ménard qui s’inquiète notamment de la prise en compte des problématiques de déplacement des apprentis. « Beaucoup viennent du milieu rural. Est-ce que cela veut dire qu’ils devront se payer des voitures à 25 000 € ? Il va falloir réfléchir à des solutions. Si les concernés ne sont pas là pour exprimer leurs besoins, ils ne seront pas pris en compte. Nous voulons travailler aux visions globales et anticiper. Ce seront des questions de proximité avec des solutions de proximité, il faudra s’appuyer sur des expériences acquises dans les territoires. Celle de Lyon, qui repousse l’interdiction du diesel dans sa ZFE à 2028, est intéressante. Nous sommes persuadés que la transition écologique est indispensable, mais elle a un coût et demande à être anticipée. Nous demandons au préfet d’avoir une vigilance pour que l’État soit garant d’une concertation efficace, pour que les entreprises adhèrent à cette concertation. »

RÉFORME DES RETRAITES : L’U2P Y VOIT UNE ÉQUITÉ DE TRAITEMENT

L’U2P trouve des points positifs à la réforme en cours, « même si personne n’est enthousiaste à l’idée de travailler deux ans de plus ». « Les indépendants vont arriver vers une intégration, vers un droit commun de l’accès à la retraite », estime la présidente de l’U2P Pays de la Loire.

« Dans cette réforme, l’U2P est allée discuter des points qui sont à améliorer pour que les indépendants bénéficient d’une certaine équité de traitement. Sur ce sujet il y a des points d’amélioration. La prise en compte de l’apprentissage est automatique dans le projet de loi, tout comme les carrières longues avec 43 annuités ou la majoration de la retraite pour les femmes qui ont eu des enfants », constate Fanny Reyre-Ménard.

« Nous sommes allés négocier de nombreux points très techniques, qui font que, petit à petit, les droits à la retraite des indépendants, aboutissent aux mêmes droits que ceux des salariés, notamment en ce qui concerne l’assurance maladie. Nous voyons un intérêt certain à ce que ce texte passe, surtout avec une durée allongée. Nous avons beaucoup de métiers usants, la pénibilité est désormais prise en compte, avec un système de constat plus simple avec la médecine de l’usure qui permettra d’obtenir des droits à la retraite anticipée. Là encore, c’est une simplification et une amélioration des droits des indépendants et de leurs salariés », indique la présidente de l’U2P qui rappelle que la moyenne actuelle des départs en retraite est de 65,6 ans pour les professions libérales.

1. Union des entreprises de proximité.

JULIEN PACHECO, ARTISAN FLEURISTE À NANTES: « NOUS SOMMES OBLIGÉS DE NOUS ADAPTER »

JULIEN PACHECO Fleuriste U2P

Julien Pacheco, fleuriste à Nantes, adhérent de l’U2P. © Éric Cabanas

Julien Pacheco, 35 ans, a ouvert son commerce en décembre 2017 dans le quartier Saint-Jacques à Nantes, avec une salariée et deux apprentis. Même s’il va de l’avant en ouvrant bientôt une deuxième boutique en avril prochain dans le quartier Saint-Donatien, le fleuriste s’interroge sur les contraintes à venir qui auront un impact sur son activité et l’endettement supplémentaire que cela pourra engendrer. « Pacheco propose principalement de la fleur coupée, qui représente 70 % de mon chiffre d’affaires. Et je travaille à 100 % avec le Min de Nantes, principalement avec l’entreprise Peigné. À la belle saison j’essaie d’avoir 50 % de fleurs françaises. Le client y est sensible, les gens veulent plus de nature, de champêtre. Nous devons constamment nous adapter », indique-t-il, se définissant comme « un fleuriste de proximité, de quartier ».

« Je suis arrivé dans un quartier qui était en perte de vitesse. Mais depuis, il s’est redynamisé. Par rapport à la superficie, j’ai un des loyers les plus élevés de la rue, mais cela reste moins élevé que dans le centre-ville ou dans une galerie commerciale », précise-t-il. Quant à la réforme des retraites, Julien Pacheco reste magnanime : « Ce sera dans trente ans pour moi. D’ici là, est ce que l’on sera toujours sous le même régime vu le nombre d’évolutions déjà intervenues ? »

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