Face à la hausse des défaillances d’entreprises, les acteurs économiques des Pays de la Loire veulent changer de logique : intervenir plus tôt et orienter les dirigeants avant que les difficultés ne deviennent irréversibles. C’est tout l’enjeu de la Charte de confiance régionale sur la prévention et l’accompagnement des entreprises, dévoilée à Nantes le 19 mai.
« Cette charte vise trois priorités : l’anticipation, l’accompagnement et la prévention », résume Simone Kamycki, directrice régionale de la Banque de France. La démarche repose sur une idée simple : aller au-devant des entreprises pour agir en amont des crises, grâce à une coordination renforcée entre acteurs publics, partenaires institutionnels et professionnels.
Repérer les signaux faibles
La prévention repose sur un ensemble d’outils déjà opérationnels. La Banque de France réalise près de 3 000 entretiens de cotation par an en Pays de la Loire, intégrant des critères financiers mais aussi qualitatifs comme la stratégie ou la gouvernance. Elle développe également des outils d’analyse des risques, notamment climatiques, mais aussi un diagnostic financier simplifié pour les TPE/PME.
Les experts-comptables et commissaires aux comptes occupent une place centrale dans ce dispositif. « Nous ne nous contentons plus de constater les difficultés : nous proposons, orientons et coordonnons », souligne Fabrice Barrier, vice-président de l’Ordre régional. Des webinaires tels que « Les gestes qui sauvent » et des dispositifs d’accompagnement confidentiel, comme le Centre d’information sur la prévention des difficultés des entreprises (CIP), sont également proposés.
De leur côté, la DRFiP et l’Urssaf exploitent des outils d’analyse de données pour repérer les signaux faibles, à partir de critères comme le chiffre d’affaires ou les dettes fiscales. « Aller vers un dirigeant pour lui signaler des fragilités alors qu’il pense que tout va bien est délicat, mais nécessaire », reconnaît Jean-Marc Bouchet, représentant de la DRFiP.
Démystifier l’échec et lever les tabous
Le tribunal de commerce multiplie également les actions de terrain pour rappeler son rôle préventif. « Le droit français offre des outils efficaces, souvent confidentiels », souligne Patrick Darricarrère, président du tribunal de commerce de Nantes. « N’ayez pas honte de vos difficultés, ne restez pas seuls. »
Même combat pour l’association 60 000 Rebonds, qui accompagne les entrepreneurs après un échec et agit en amont pour faire évoluer les mentalités. « En France, beaucoup de dirigeants sont dans le déni », observe Pierre-Yves Floc’h, vice-président de l’antenne régionale de l’association. « Pourtant, un échec n’est pas une fin, mais une étape », rappelle-t-il.
Face à la hausse des difficultés, la force de la charte réside dans son approche collective. « Services de l’État, Banque de France, réseaux consulaires… Plus de 150 acteurs sont mobilisés », souligne le préfet de Loire-Atlantique.
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