Couverture du journal du 16/02/2024 Le magazine de la semaine

Hogly, « la confiance retrouvée »

Des joies de la D1 au redressement judiciaire, en passant par de mauvais résultats sportifs, le Hogly a tout connu en quelques semaines. Relégué en D3 à la fin de la saison 2018-2019, le seul club de Vendée de hockey sur glace vient de remonter d’une division. Élisabeth Bricard, vice-présidente du Hogly en charge du sponsoring, nous explique comment le club s’est reconstruit sur le plan sportif et financier, en quatre ans seulement.

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L'équipe de hockey sur glace du Hogly. ©Sarah Pacaud et Mélanie Poilvilain

En 2019, le Hogly subit une double relégation et part en D3. Pouvez-vous nous rappeler comment le club a failli disparaître ?

2019 a été une année noire pour le Hogly. Après quatre années passées en D1, deuxième niveau national après la Magnus, le club de hockey sur glace de La Roche-sur-Yon est relégué en D2 à la suite de ses mauvais résultats sportifs. Quelques jours plus tard, parents bénévoles et partenaires apprennent que le club a une dette d’environ 200 k€ et qu’il ne peut continuer ainsi. Rapidement, il est placé en redressement judiciaire pour trois ans. Le nouveau bureau opte alors pour une relégation administrative en D3 pour remettre les comptes à plat. À ce niveau-là, il y a en effet moins de matchs et de déplacements, et le budget est moins important.

Quelles furent les premières urgences pour rebondir ?

La première étape a été d’élire un nouveau bureau. Ensuite, il a fallu s’atteler au remboursement de la dette. Accompagnés par un mandataire judiciaire, nous avons procédé à un état des lieux des créances et établi un échéancier.

La seconde urgence a été d’avoir une équipe fanion pour repartir. En D1, certains joueurs étaient professionnels, d’autres semi-professionnels (une prime mensuelle et un travail à côté, NDLR). En D3, personne n’était payé, surtout la première année. Conséquence : les joueurs pros sont partis. Ceux qui sont restés étaient des Yonnais et quelques joueurs étrangers qui avaient fait leur vie ici, ainsi que l’entraîneur. Comme il manquait du monde, nous nous sommes tournés vers notre vivier de jeunes et avons rappelé quelques anciens. En septembre 2019, nous étions de retour sur les patinoires.

La nouvelle feuille de route a mis l’accent sur les équipes “mineurs“[1]. Pourquoi ?

L’équipe fanion du Hogly et les équipes “mineurs“ sont indissociables. L’une ne peut fonctionner sans l’autre. Ce n’est pas qu’une question financière, c’est aussi pour la vie du club, son dynamisme. Notre projet est de faire du Hogly un club familial et de permettre aux jeunes joueurs d’évoluer vers l’équipe fanion. Encore fallait-il que les jeunes sachent qu’il y a des équipes “mineurs“ de hockey à La Roche. Il y a quatre ans, ce n’était pas le cas. Pourtant, cela fait près de 40 ans que le club existe[2]. Nous avons effectué tout un travail de communication pour gagner en notoriété. Nous avons participé à des forums associatifs et à des animations chez Decathlon, organisé des portes ouvertes, fait de la publicité. Ces efforts ont payé. Nous sommes ainsi passés de 160 licenciés en septembre 2019 à 270 en juin 2023.

Les partenaires vous ont-ils suivi ?

Beaucoup sont partis. Ceux qui sont restés croyaient en notre projet. Ils ont eu confiance dans le nouveau bureau composé d’un juriste et de deux chefs d’entreprise, mon associé et moi, tous deux à la tête d’un cabinet de gestion de patrimoine. Il y avait aussi trois joueurs du Hogly dont Cyril Selin, un “enfant“ du club depuis 1989. Quant au président, David Ribanelli, c’est à la fois un ancien hockeyeur professionnel, l’ancien entraîneur du Hogly de 2007 à 2009 et un ancien directeur de patinoire. Il a une solide expertise financière et une excellente connaissance des besoins d’un club de hockey et de ses joueurs. Tout cela a rassuré nos partenaires. À la rentrée 2019, nous avons redémarré avec un tout petit budget sponsoring mais ça l’a fait.

Et après ?

L’année suivante, nous avons repris le dossier sponsoring avec Cyril qui a effectué un énorme travail de prospection. Pour décrocher des partenariats, nous avons raconté notre histoire et notre projet en toute transparence. Et ça a fonctionné. Une fois la confiance retrouvée, nous avons rappelé les anciens partenaires et la grande majorité a accepté de revenir. À la fin de la saison 2020-2021, nous avions une vingtaine de sponsors pour 19 500 €. Cette saison, nous avons largement dépassé le montant que nous avions en D1 (120 000 € à l’époque, le montant actuel n’étant pas communiqué, NDLR) avec 112 partenaires à nos côtés. Sur un budget total de 368 000 € (D2 + équipe mineur, NDLR), leur soutien est essentiel.

Comment vous êtes-vous reconstruit sur le plan sportif ?

La première saison, l’enjeu était d’avoir une équipe pour repartir. La seconde saison, nous avons mis en place le projet du club et recruté notre premier poste de joueur-entraîneur pour les gardiens. La troisième année, nous avons fini de payer notre dette et terminé la saison sur un exercice positif, invaincus en championnat et en play-off[3]. Après les play-off, en D3, il y a le carré final où les quatre meilleures équipes se retrouvent. Les deux premières seulement peuvent accéder en division supérieure. Cette année-là, le Hogly a eu la chance d’organiser la compétition. Les gars ne prenaient pas de plaisir à jouer en D3. On s’est dit que c’était notre saison pour revenir en D2. Mais on a perdu face à Amiens qui, comme l’autorise le règlement, a fait venir certains joueurs de son équipe Magnus, le plus haut niveau français, avec trois divisions d’écart. Les joueurs, comme le public et les partenaires, ont vécu cela comme une injustice. D’autres clubs de hockey et notre fédération ont entendu parler de cette histoire et ensemble, nous avons réussi à faire changer le règlement dès le début de la saison 2022-2023. Des joueurs plus expérimentés, séduits par nos valeurs, nous ont contacté pour nous rejoindre. Plus motivés que jamais, nous devenons champions de France en mai 2023.

Prochain objectif : D1 ?

Non, c’est le maintien en D2[4] et aller en play-off. En D1, les budgets sont colossaux…

 

[1] À partir de la catégorie U9 (9 ans) jusqu’à la catégorie U20.

[2] Le club a été créé en 1984 en même temps que la patinoire yonnaise. Il a pris le nom de Hogly (Hockey glace yonnais) en 1996.

[3] Phase finale du championnat.

[4] Au 20 novembre, le Hogly est à la 4e place du championnat sur 10 équipes de la poule A.