Couverture du journal du 12/04/2024 Le nouveau magazine

Et si on démystifiait l’innovation ?

Dimension sociale, marketing, mais aussi modèle d’affaires inventif… L’innovation ne se résume pas à la technologie. Une matinale organisée à Givrand par le Centre de ressources en innovation a permis de lever certaines idées reçues sur le sujet. Le tout enrichi avec quelques exemples concrets de succès commerciaux vendéens, mais aussi d’innovations qui ont fait “pschiiittt” !

LESS Matinale Innovation

"Démystifier l'innovation" était le thème d'une matinée organisée le 12 mars dernier à Givrand par le Centre de ressources en innovation. © Florence FALVY

« Qu’est-ce que l’innovation ? » C’est la question qui s’est posée en introduction de la matinale organisée par le Centre de ressources en innovation (CRI), le 12 mars dernier à Givrand. Caractère disruptif, technologique, création de nouveaux besoins, recherche, création de valeur, développement, numérique… Autour de la table, chaque participant y est allé de sa propre définition. « L’innovation est un produit, service ou procédé nouveau. C’est un levier économique pour se différencier », a clarifié Thibault Lambin, chargé de mission innovation au sein du CRI dont le rôle est de faciliter le développement de l’innovation au sein des entreprises. Selon lui, l’innovation est le fruit d’une combinaison de trois facteurs : la désirabilité, la faisabilité (preuve de concept) et la viabilité économique.

L’innovation est partout !

L’innovation est partout. Elle est tout d’abord technologique. « Elle vise à s’appuyer sur des connaissances techniques ou scientifiques pour créer de la valeur et répondre à un besoin final », poursuit Thibault Lambin, qui cite l’exemple d’une nouvelle matière composite et textile, entièrement biosourcée, développée par la société vendéenne CultureIN (Montaigu) : le Varian®. « Il s’agit d’un textile structurant aux nombreuses capacités de mise en forme : thermoformage, pliage et cintrage à chaud, qui offre des possibilités de découpe d’assemblage et de finitions identiques à un textile. »

Mais l’innovation va aussi permettre d’améliorer un produit ou un service dans son usage. Parmi les exemples de « belles réussites commerciales », la société Daan Tech (Cugand) qui s’est penchée sur la résolution d’une problématique de place dans les petits appartements et l’impossibilité d’installer un lave-vaisselle. « La version miniature du lave-vaisselle (Bob) a permis de répondre directement à ce problème. »

Autre forme d’innovation : l’innovation de processus (ou de procédé) dont l’objectif est d’améliorer les méthodes, les techniques ou les systèmes utilisés dans la production ou la livraison de produits. Exemple avec le concept de “White Plant” déployé par Sepro Group (La Roche-sur-Yon), expert dans la fabrication de robots. Lequel se définit en huit principes : rien au sol dans l’usine ; éclairage adapté pour mieux produire et éviter les non-qualités ; des sols, murs et équipements de couleur blanche ou claire… Un concept qui a permis à l’industriel vendéen d’ « améliorer la qualité et la sécurité de toutes ses opérations en transformant l’organisation de l’usine en profondeur et en rendant la production plus participative ». Thibault Lambin cite également la société Les Réparables (Essarts-en-Bocage) qui a développé un service de réparation de vêtements ou articles textiles doté d’un calculateur en ligne qui évalue le coût de la réparation.

Trois autres formes d’innovation

Autre type d’innovation génératrice de valeur dans une entreprise : le modèle d’affaires qui « réorganise la structure des revenus et des coûts ». Depuis quelques années, plusieurs entreprises en croissance se sont démarquées dans ce domaine. Thibault Lambin cite l’exemple très connu de Airbnb, le modèle de location de biens privés lancé en 2008. « Simple et innovant, il répond à une demande croissante du tourisme des particuliers et du tourisme d’affaires. »

Une autre façon de mettre en œuvre l’innovation consiste également à utiliser des stratégies de marketing captivantes. Objectif : « Améliorer la manière dont l’entreprise communique avec ses clients et promouvoir son produit et/ou service. » Exemple avec les Pasta Box de Sodebo, spécialiste du traiteur frais. « Depuis la date de lancement en 2019, il s’en est écoulé plus de 10 millions en une seule année. Soit plus de 44 M€ de chiffre d’affaires… Un succès commercial relativement colossal ! », relève Thibault Lambin.

Enfin, l’innovation peut aussi être sociale. Elle va alors « recentrer l’humain dans le monde économique », prolonge Thibault Lambin, à l’image des jardins urbains communautaires qui visent à créer du lien social.

Quelques flops commerciaux

Si ces innovations laissent des traces grâce aux avancées qu’elles apportent, d’autres en revanche entrent dans l’histoire du fait de leur durée de vie éphémère. Parmi elles, Betamax, développé par Sony dans les années 1970, qui était un format d’enregistrement vidéo concurrent direct du VHS. D’après Thibault Lambin, diverses raisons ont provoqué l’échec de cette solution : la durée d’enregistrement limitée (60 minutes) et la stratégie de commercialisation très restreinte, notamment. L’histoire pourra aussi retenir que, dans les années 2010, l’industrie de la TV a tenté de pousser en avant l’adoption dans les foyers de la télévision 3D. Mais les consommateurs n’ont pas adhéré à cette innovation. Les raisons de cette désaffection : « Un manque de contenu et le port de lunettes inconfortable, une performance du 3D faible, un coût onéreux… »

Autre exemple avec New Coke, la nouvelle recette de Coca-Cola qui reste à ce jour l’échec le plus cuisant de la marque américaine. « Coca-Cola a voulu changer la recette de sa boisson phare pour en améliorer le goût afin qu’elle se rapproche un peu plus de Pepsi. Une grosse erreur qui est mal passée auprès des clients fidèles ! » Thibault Lambin ajoute à cette liste d’échecs commerciaux les lasagnes surgelées lancées par la marque de produits de soins bucco-dentaires Colgate ou encore Copains d’Avant, le premier réseau social en France basé sur le partage de photos de classes pour retrouver d’anciens camarades.

Si toutes les bonnes idées ne se valent pas, à quoi tient alors la réussite d’une innovation ? Selon Thibault Lambin, cinq règles sont à respecter pour innover : être en veille, connaître son client et son environnement, analyser ses ressources, commencer modestement et enfin se donner des objectifs. Sans oublier de se faire accompagner.