Couverture du journal du 12/04/2024 Le nouveau magazine

Artisanat : une convention pour favoriser la transmission

Le secteur de l’artisanat se mobilise pour favoriser la transmission d’entreprise. Une convention de partenariat allant dans ce sens vient d’être signée entre la CMA, Chambre de métiers et de l’artisanat des Pays de la Loire, et l’Unama, organisation professionnelle des métiers de l’ameublement.

En signant la convention, Joël Fourny, président de la CMA France et Pays de la Loire, et Yves Roche, président de l’Unama, au centre, entendent faciliter la reprise d’entreprise dans la filière des métiers de l’ameublement. ©Denis Grudet

La transmission d’entreprise : voilà un enjeu majeur pour la filière artisanale. C’est particulièrement vrai dans la période actuelle où, comme le rappelle Joël Fourny, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) France et Pays de la Loire, « près d’un tiers des chefs d’entreprises artisanales ont plus de 50 ans ». Pour répondre à ce défi, la signature d’une convention « Transmission d’entreprises » entre la Chambre et l’Unama (Union nationale de l’artisanat et des métiers de l’ameublement) avait lieu le 1er mars dernier, dans les locaux de la CMA de Loire-Atlantique à Sainte-Luce-sur-Loire.

Une expérimentation en 2023

La signature fait suite à une expérimentation en 2023 en Vendée ayant remporté plusieurs succès. Cette dernière a notamment permis d’avoir relancé collectivement des artisans sur une transmission plus ou moins abandonnée, d’avoir proposé des moyens pour rechercher dans l’urgence un repreneur après l’accident d’un chef d’entreprise ou encore d’avoir mis en relation un repreneur auprès d’un cédant. Dans le même esprit, dans le cadre de la convention nouvellement ratifiée, les signataires s’engagent à mettre en place différentes actions : sensibilisation et information, formation à l’entrepreneuriat, rapprochement entre cédants et repreneurs et mobilisation de partenaires bancaires et réseaux d’accompagnement.

Objectifs poursuivis : pérenniser le secteur d’activité fabrication artisanale dans les métiers de l’ameublement, sauvegarder les emplois qualifiés et de proximité en assurant la transmission des savoirs et apporter une réponse aux enjeux sociaux actuels (fabrication de qualité, respectueuse de l’environnement…). Un moyen de « préserver des savoir-faire et des entreprises d’exception qui ont aussi très souvent autour d’elles des collaborateurs avec une connaissance particulière du métier, qui créent un vrai dynamisme territorial qu’il ne faut absolument pas négliger, parce que c’est l’avenir de la filière artisanale », analyse Joël Fourny.

Mieux appréhender la transmission par une approche métier

« La convention, dans le cadre de la transmission-reprise d’entreprise, est un dispositif et une offre de services qui est proposée par la Chambre de métiers de la région Pays de la Loire sur l’ensemble des départements, en particulier sur les métiers du secteur de l’ameublement, résume Joël Fourny. Elle va permettre d’impliquer et de travailler avec les professionnels directement, grâce à l’organisation professionnelle du secteur, pour travailler avec les cédants, les parrainer afin de les amener à mieux appréhender la transmission.

Au-delà de ce que peut apporter la Chambre, l’organisation professionnelle va, de son côté, être plus proche du rôle du cédant. Dans un second temps, elle va aussi bien sûr se rapprocher du repreneur pour l’accompagner dans la mise en place et la valorisation de son entreprise. L’organisation professionnelle, en connaissant bien l’activité et le métier, apporte un plus dans le cadre de la reprise. Ce n’est pas simplement un comptable, un avocat et les collaborateurs de la Chambre qui apportent un conseil, mais il y a un soutien aussi du côté professionnel, sur la connaissance, l’approche, l’expérience métier. »

Les nombreux atouts de la reprise

Comparativement à la création d’entreprise, la reprise présente selon la Chambre plusieurs atouts : moyens techniques immédiatement opérationnels, salariés formés, partenaires commerciaux existants, notoriété de l’entreprise, fichier de commandes à court ou moyen terme… Autant d’éléments qui permettent d’appréhender les premières années de l’installation avec une certaine sérénité. Et de rassurer des partenaires financiers pour des prêts ou dans le cadre d’investissements.

« La reprise est toujours plus intéressante qu’une création pure, confie Joël Fourny. C’est en général la possibilité de réussir plus rapidement. On voit d’ailleurs qu’il y a moins d’échecs dans le cadre d’une reprise sur les trois à cinq années qui suivent, par rapport à une création. »

Pouvoir miser sur une structure existante et fonctionnelle, un atout considérable, donc, offrant la « possibilité soit de continuer l’activité déjà engagée, soit de lui donner un autre positionnement, et de créer un développement supplémentaire ».

Anticiper sa transmission

Parmi les éléments importants à prendre en compte dans le cadre d’une reprise, et sur lequel les signataires comptent bien appuyer leur action : l’anticipation. « Une transmission, cela se prépare, souligne Joël Fourny. Il ne faut pas s’y prendre au dernier moment, sinon il est difficile d’aboutir à quelque chose de concluant et de réussi. Je dirais qu’il faut s’y prendre au moins cinq ans en amont, mais certains professionnels disent huit ans. Quelques fois, on peut aussi s’en préoccuper dix ans avant. Plus on anticipe, plus cela permet de faire des choix, comme celui de son repreneur. Nous faisons donc beaucoup de réunions d’information. Notre rôle, c’est de sensibiliser les entreprises artisanales à préparer bien en amont la transmission. »

Savoir bien anticiper, donc, mais aussi savoir bien s’entourer. « Il est difficile de faire une transmission seul, estime Joël Fourny. Il faut se faire accompagner en termes de conseil et soutien pour entrer en relation avec les différents partenaires, notamment les banques et les fournisseurs qui tournent autour de l’entreprise… Cela permet de faciliter l’échange et le dialogue. C’est le rôle du collaborateur de la Chambre que d’accompagner à la fois le cédant mais aussi le repreneur sur cet aspect. Et puis, il faut que le chef d’entreprise puisse s’appuyer sur des compétences externes spécialisées, notamment sur l’aspect juridique, soit avec un avocat, soit avec un conseiller juridique. Et également sur les aspects fiscal, social et financier. Un cabinet d’expertise comptable est aussi essentiel pour traiter la partie ressources humaines. »

Un essaimage national ?

Si la convention signée le 1er mars entre en application sur les cinq départements de la région, l’histoire pourrait se poursuivre au-delà des frontières ligériennes. « Si le dispositif fonctionne bien, je suis prêt, en tant que président de CMA France, à le faire valoir sur l’ensemble des régions, ambitionne Joël Fourny. Cela créerait une vraie dynamique permettant d’essaimer partout et de ne pas faire de différences d’un territoire à un autre. »