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La mini-entreprise, pour donner le goût d’entreprendre

Faire grandir et ouvrir de nouvelles perspectives. Telle est la devise d’Entreprendre pour Apprendre qui, depuis plus de 30 ans, fait entrer le monde de l’entreprise dans les écoles via le dispositif de la mini-entreprise. La fédération, qui réunit aujourd’hui 17 entités régionales, dont une en Pays de la Loire depuis 2011, continue de déployer son programme pédagogique en mutualisant les compétences des jeunes et de leurs accompagnants, autour de projets collectifs.

Des élèves du lycée Saint-Gabriel lors de la journée mini-entreprise organisée le 2 février 2023 à Saint-Laurent-sur-Sèvre en partenariat avec Sodebo © Entreprendre pour Apprendre

Le 5 décembre dernier, Entreprendre pour Apprendre (EPA) Pays de la Loire faisait partie des neuf associations lauréates de la Nuit du Bien Commun organisée au Puy du Fou.[1]. À l’issue du pitch inspirant de Béatrice Drogou, ancienne directrice régionale, mettant en avant notamment l’égalité des chances, 27 000 € de promesses de dons ont été récoltées, soit près de deux fois plus que le montant espéré. Preuve de l’intérêt suscité par la démarche d’EPA, tandis qu’il reste encore beaucoup à faire pour permettre à la jeune génération de mieux connaître le monde professionnel. D’après une enquête Ipsos de janvier 2020 (Observatoire du premier emploi), 41 % des 18-30 ans déclarent en effet n’avoir aucune idée du métier qu’ils souhaitent exercer en arrivant sur le marché du travail. Côté dirigeants, ils sont seulement 24 % à estimer que l’enseignement d’aujourd’hui est adapté aux réalités du monde du travail.

 

Sylvain de Gaalon, directeur d’Entreprendre pour Apprendre Pays de la Loire © Entreprendre pour Apprendre

« Une pédagogie active »

Pour tenter d’inverser la tendance, l’association propose un contenu pédagogique baptisé la mini-entreprise. « Nous misons sur une pédagogie active, qui permet aux jeunes de se révéler, de sortir de l’enseignement classique, tout en prenant conscience de l’importance des matières telles que le français ou les maths dans leur carrière professionnelle », commente Sylvain de Gaalon, directeur d’EPA Pays de la Loire depuis octobre 2023. Financé en partie par des subventions publiques, partenariats, ou encore par des dons[2], le dispositif s’appuie sur une collaboration entre des facilitateurs présents dans chaque département, des enseignants et des mentors issus du monde de l’entreprise. Selon la formule choisie (mini-entreprise S, M, L ou XL), l’association propose aux 9-25 ans, d’expérimenter l’entrepreneuriat, durant une journée, plusieurs semaines ou plusieurs mois. L’an passé, en Pays de la Loire, 2 800 jeunes ont ainsi été accompagnés via 123 projets pédagogiques (sur près de 1 400 en France), soit une augmentation de 4,5 % par rapport à l’année précédente.

« Ouvrir les chakras des jeunes »

« Engagés depuis sept ans dans la démarche, nous voulons ouvrir les chakras des jeunes qui, la plupart du temps, n’ont pas conscience de l’éventail de métiers présents dans une entreprise comme la nôtre », souligne Régine Bosser, chargée des partenariats et mécénats au sein du Crédit Agricole Atlantique Vendée. Le 23 mai 2023, la banque a accompagné 140 élèves de quatrième du collège Saint-Pierre, aux Essarts lors d’une journée de réflexion sur le thème de l’amélioration du quotidien sur le territoire. Le prix Coup de cœur a été attribué à l’idée d’un tunnel innovant destiné aux piétons passant sous les grands axes routiers. Figurant aussi parmi les entreprises partenaires, l’ETI vendéenne Sodebo s’est retrouvée en février 2023 aux côtés d’une soixantaine de jeunes du lycée Saint-Gabriel à Saint-Laurent-sur-Sèvre pour imaginer un nouveau produit. Sur les sept projets en lice, le “Végé Bowl” a fait l’unanimité : un plat à base de riz et d’ingrédients de saison, accompagné de couverts en bois certifié, et d’une graine à planter. « Ce partenariat permet à nos salariés de sortir du cadre professionnel et aux jeunes de se projeter dans le monde de l’entreprise. C’est riche en apprentissage », indique Catherine Gaudebert, chargé de développement RH chez Sodebo.

Une expérimentation concrète

« Si la mini-entreprise n’a pas de statut officiel, elle peut en revanche déboucher sur la création d’un véritable produit, commercialisable à petite échelle », souligne Sylvain de Gaalon. L’an passé, 750 jeunes ont par exemple vendu leurs produits sur des stands installés au cœur de galeries marchandes de la région. Parmi eux, des apprentis boulangers de l’Urma de Sainte-Luce-sur-Loire qui ont conçu des recettes originales de croissants à partir de produits locaux dans le cadre de leur projet “Quart-de-Lune”. Ces derniers ont d’ailleurs été primés lors du festival régional des mini-entreprises le 11 mai dernier, au Mans. La prochaine édition aura lieu à la Cité des Congrès de Nantes en mai.

Tess Ragueneau, référente Alumni pour Entreprendre pour Apprendre Pays de la Loire © Entreprendre pour Apprendre

Et après ?

« Avec la mini-entreprise, les jeunes prennent confiance et se voient en grand », affirme le directeur régional. Ancienne mini-entrepreneure, Tess Ragueneau, diplômée d’un BTS support à l’action managériale à Saint-Nazaire, confie avoir été tout particulièrement marquée par son expérience. « Je suis de nature plutôt réservée. Ce parcours m’a permis de découvrir des compétences et des qualités que je ne connaissais pas chez moi, et a été un moment déterminant dans le choix de mon orientation future. » Aujourd’hui assistante de direction à la Semitan à Nantes, la jeune femme âgée de 20 ans projette de créer avant l’été 2024 sa propre société dans le domaine de la gestion de projets.

Parallèlement, elle a choisi de s’engager au sein du réseau des alumni d’Entreprendre pour Apprendre, et est devenue récemment référente régionale. « Mon objectif est de continuer d’acquérir des compétences et d’élargir mon réseau professionnel. Et pour moi, c’est important de transmettre et, à mon tour, de faire briller des étoiles dans les yeux des mini-entrepreneurs. »

 

[1] – Fondée en 2017, la Nuit du Bien Commun, organisée dans plusieurs villes de France, Suisse et Belgique, vise à lever un maximum de dons pour soutenir des associations œuvrant en faveur de l’économie sociale et solidaire. 152 800€ de promesses de dons ont été récoltés au Puy du Fou le 5 décembre dernier.

[2] L’an passé, le montant des ressources de l’association s’élevait à 337 106 €.