Couverture du journal du 17/09/2021 Consulter le journal

La Vendée veut rendre potables les eaux usées

Régulièrement en situation de stress hydrique, la Vendée a lancé le projet Jourdain pour remettre dans le circuit de l'eau potable les eaux usées aujourd'hui rejetées en mer. Une première en Europe. L'expérimentation grandeur nature menée par Vendée eau et Veolia débutera en 2023.

barrage de Jaunay

En Vendée, l’eau potable provient à 90% des eaux de barrages ©Vendée eau

En Vendée, l’eau potable provient à 90% des eaux superficielles (barrages) contre 30% en moyenne en France. Le département dispose de 13 barrages dans le Sud-Est sur des cours d’eau pérennes permettant de disposer d’un stock de 55 millions de mètres cubes d’eau qui est intégralement consommé chaque année pour produire et distribuer de l’eau potable aux 680 000 habitants. Cette situation tendue est menacée par les épisodes de sécheresse et la poussée démographique et estivale sur le littoral. Et le Nord-ouest du département, situé sur un plateau granitique, y est d’autant plus sensible qu’il n’a pas de cours d’eau pérenne pour l’alimenter. Le littoral vendéen ressort, dans les projections à moyen terme et quel que soit le scénario d’évolution du climat, comme une des principales zones en France susceptible de présenter un déficit pour la production d’eau potable à l’horizon 2050.

Vendée eau mène le projet Jourdain depuis 2017

Conscient de ces enjeux et de la vulnérabilité du territoire, Vendée eau a déjà mis en œuvre un bouquet de solutions. Le syndicat, qui préside à la distribution de l’eau potable sur l’ensemble des communes depuis 60 ans, a mené un travail sur les fuites du réseau, identifié de nouvelles carrières désaffectées pour en faire des réservoirs et s’intéresse de près au dessalement de l’eau encore interdit en France et gourmand en énergie. Depuis 2017, il mène un projet de réutilisation des eaux usées, baptisé projet Jourdain. Chaque année, sur le littoral vendéen, 4 millions de mètres cubes d’eaux usées sont rejetées en mer après avoir subi un traitement au sein des stations d’épuration. Ces volumes aujourd’hui « perdus » représentent un réel potentiel qui pourrait être valorisé pour venir compléter les ressources actuelles. L’idée est de rendre à la rivière en amont des barrages et des stations de pompage, l’eau issue des stations d’épuration.

Vendée eau a mené trois ans de caractérisation de l’eau potable

Trois ans d’études, de mesures et de qualification ont été nécessaires pour être sûr de restituer à la rivière une eau de qualité équivalente à celle du barrage, dite « eau brute » (avant traitement pour la rendre potable). « Nous avons étudié la meilleure solution pour éliminer les micro-polluants, les bactéries, les métaux lourds, les matières organiques, au total plus de 200 molécules visées par les normes françaises définissant une eau potable, indique Jérôme Bortoli, directeur général de Vendée eau. Nous avons même anticipé l’évolution de la réglementation en nous intéressant aux perturbateurs endocriniens et aux substances médicamenteuses et mesuré l’impact global des combinaisons d’eau obtenues sur des gênes vivants afin que cette eau retraitée soit réellement sans danger pour tous les usages de la rivière : pêche, loisirs et pompage. »

Début de la construction d’une usine d’affinage fin 2021

Le syndicat, accompagné dans ce projet par un comité scientifique et un comité de pilotage constitué des services de l’État (ARS, DDT, Dreal, préfecture…), lance la construction d’une unité d’affinage qui servira de démonstrateur au projet Jourdain. Il sera édifié à côté de la station d’épuration des Sables d’Olonne qui possède la plus grande capacité de Vendée soit 4,5 millions de mètres cubes. Une fois l’eau « affinée », elle sera acheminée sur 25 kms via une canalisation en direction de la rivière du Jaunay où elle sera rejetée au sein d’une zone végétalisée. Les eaux seront alors mélangées à celles de la rivière et transiteront lentement vers le barrage du Jaunay. Elles termineront leur circuit dans l’usine de production d’eau potable du Jaunay. L’unité d’affinage sera réalisée et exploitée par Veolia eau. La première pierre sera posée en novembre 2021.

projet jourdain

Le nouveau cycle de l’eau : en jaune les 25 kms qui ramèneront les eaux « affinées » dans le Jaunay ©Vendée eau

Un démonstrateur en open innovation

Le démonstrateur portera sur une capacité de 150m3/h d’eau pour commencer et maintiendra les rejets en mer pendant un an avant que l’eau rejoigne enfin la rivière. Le choix a été retenu d’un process de filtration en quatre étapes : deux étapes de filtration membranaire suivies de deux étapes de désinfection par UV et chloration. L’unité d’affinage devrait être opérationnelle en 2023. Le démonstrateur tournera à pleine capacité (600 m3/h) en 2027. La plateforme sera en open démonstration, donc ouverte à la recherche et à l’innovation favorisant le concours des start-up, des centres de recherche, des grandes écoles françaises mais aussi internationales travaillant sur le cycle de l’eau.

unité d'affinage jourdain

Le démonstrateur qui permettra d’affiner l’eau sera construit en 14 mois par Véolia ©Vendée eau

Une première en Europe

Une telle solution n’ayant jamais été mise en œuvre, Jourdain sera une première en France et au niveau européen. Si les essais sont satisfaisants, sa capacité sera portée à tout le gisement de la station d’épuration des Sables d’Olonne. Le process pourra alors être répliqué sur d’autres collectivités littorales françaises et internationales confrontées au déficit hydrique. Le montant du projet s’élève à 20 M€ dont 5,2 M€ pour l’unité d’affinage. Il a reçu pour l’instant 7,7 M€ d’aides publiques (Agence de l’eau Loire Bretagne 4,10 M€, Département de Vendée 1,7 M€, Région Pays de la Loire 1 M€, Feder 0,97 M€).

Les étapes clés
Fin 2021 : début des travaux de l’unité d’affinage
Début 2023 : fin des travaux de l’unité d’affinage
2023: fonctionnement de l’unité d’affinage avec rejet dans l’océan pour garantir les performances de traitement
Mi-2023 : construction de la canalisation de transfert et de la zone de transition végétalisée
2024 : début de la réinjection des eaux dans la retenue du Jaunay
2024/2026 : évaluation des impacts en fonctionnement (environnementaux, sanitaires, sociaux) et conduite des projets de recherche et d’innovation associés aux différentes thématiques du programme.
2027 : bilan et évaluation de l’ensemble du programme Jourdain
Au-delà de 2027 : contribution des résultats à une éventuelle évolution de la réglementation. Extension de la capacité de l’usine à 600 m3 /h pour une solution pérenne. Déploiement de solutions similaires sur d’autres territoires en France