Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Une plateforme pour les entrepreneurs en détresse

L’association nationale SOS Entrepreneur lance dans le grand Ouest une plateforme dédiée aux chefs d’entreprise en grande difficulté. Un accompagnement concret basé sur l’expérience d’autres dirigeants pour gérer au mieux la crise. L’association cherche des bénévoles pour devenir experts de crise.

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L’association SOS Entrepreneur a été créée en 2011 avec l’objectif de rompre la solitude psychologique et opérationnelle des dirigeants de PME en grande difficulté. « Ce sont souvent des chefs d’entreprise qui sont en situation de ne même plus pouvoir se rémunérer. Ils risquent ce qu’on appelle les 3 D : dépôt de bilan, divorce, dépression. Voire, dans certains cas, un quatrième D, pour décès », explique le président fondateur de l’association Bruno Delcampe lors d’une conférence de presse organisée le 27 mai.

« Aujourd’hui, malgré de nombreux dispositifs d’aide, des chefs d’entreprise sont dans une perspective avancée de cessation de paiements. Notre but est d’assurer la pérennité des entreprises et des emplois qui en dépendent. »

Et de souligner : « Outre les entreprises qui n’ont pas eu accès à ces dispositifs et qui sont déjà en zone de défaillance avérée, les entreprises qui ont bénéficié de ces premières aides offrent des prévisions avec des résultats 2020 en chute sévère, engendrant une dégradation de leurs fonds propres, de leur cotation à la Banque de France, ce qui va grever leur capacité de financement et d’investissement dès 2021 ; d’où un risque de défaillance élevé. » Le portail du Rebond des entrepreneurs, dont l’association fait partie, a proposé au gouvernement, dès le mois d’avril, d’injecter des fonds propres via les obligations subordonnées ou des prêts participatifs. « Si rien n’est fait dans ce sens rapidement, les entrepreneurs de TPE/PME vont devoir recourir aux plans de sauvegarde dans des délais inégalés », estime Bruno Delcampe. Une situation qui va nécessiter une grande agilité à anticiper les mesures nécessaires, « ce qui impose d’être accompagné par des experts de crise qualifiés ». 

Écoute et confidentialité

D’où la création d’une plateforme spéciale, « 100% réactive » pour les entrepreneurs du grand Ouest, de la Normandie à la Nouvelle-Aquitaine. Il s’agit d’un réseau de compétences et d’outils pour « un maillage en complément de tous les dispositifs existants », explique Bruno Delcampe.

Une opération que l’association découpe en trois phases. La première est celle de l’écoute. Un numéro est accessible 24h/24 pour les chefs d’entreprise. Si l’expert au bout du fil constate une grande difficulté, un entretien d’urgence est planifié dans les cinq à huit heures pour suggérer de premières mesures. Cet entretien avec un expert de crise dure d’une demi-journée à une journée complète, avec écoute et analyse quantitative de la situation de l’entreprise. C’est la deuxième phase. Plusieurs aspects sont abordés : l’environnement général (clients, fournisseurs, salariés, banques…), situation de la trésorerie, du carnet de commandes, mise en place de matrice de rentabilité (performance, prix de revient, marges réelles…), évaluation de la nécessité de se rapprocher du tribunal de commerce, de mettre en place une procédure amiable ou collective…

« L’ADN de notre association est la possibilité de s’exprimer librement, en toute confidentialité et dans la bienveillance. Les chefs d’entreprise peuvent aussi avoir des craintes personnelles au même titre que des craintes économiques. Il faut qu’ils en prennent conscience », témoigne Jean-Pierre Peuzat, membre de l’association et ancien dirigeant de Sopitra, ETI de transport de 450 salariés basée à Thouaré-sur-Loire. 

Besoin de bénévoles et de partenariats

Enfin, troisième phase, l’accompagnement de l’entrepreneur en difficulté par un expert de crise (suivi et relance opérationnelle du carnet de commandes, gestion de la trésorerie quotidienne, analyse de la finalité personnelle du chef d’entreprise, communication…)

« Notre association comprend des chefs d’entreprise ou anciens chefs d’entreprise et anciens juges aux tribunaux de commerce qui connaissent ces situations très compliquées. Ils sont en mesure d’apporter des solutions concrètes pour réorienter l’activité par exemple. Nous sommes capables de proposer aux tribunaux de commerce des plans de sauvegarde qui fonctionnent. Ils ont pu être réticents au départ vis-à-vis de nos démarches mais, finalement, tout le monde est content. »

La plateforme est pilotée par Patrick Texier, conseiller en gestion du patrimoine, ancien chef d’entreprise à Pornic et ancien juge consulaire au tribunal de commerce.

SOS Entrepreneur dispose aujourd’hui d’un groupe d’une dizaine de personnes sur le grand Ouest et cherche à recruter d’autres bénévoles pour devenir experts de crise. Une formation gratuite est proposée en plusieurs modules. « Nous avons besoin d’un maximum de compétences pour répondre immédiatement, avec le maximum de technicité. » Une première formation a été organisée à distance à Nantes pendant le confinement. Les formateurs sont d’anciens chefs d’entreprise, directeurs financiers…

SOS Entrepreneur cherche aussi à développer des partenariats dans la région « dans une démarche RSE de préservation de l’emploi sur le territoire ».



Numéro d’appel d’urgence : 06 15 24 19 77