Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Tourisme : encore une arrière-saison à sauver

Si les professionnels du tourisme de la région ont sauvé leur saison d’été sur le littoral, le bilan est plus contrasté pour les sites urbains et le secteur rural. La saison a été courte mais soutenue, les attentes portent aujourd’hui sur septembre dans un contexte marqué par l’incertitude.

En juin, les professionnels du tourisme redoutaient une saison estivale désastreuse. Malgré un recul noté par la moitié d’entre eux, la fréquentation en juillet et août est restée stable, voire supérieure pour les autres. Sur le littoral, 60% jugent avoir eu une activité égale ou supérieure à celle de la haute saison 2019, selon l’enquête réalisée par l’Observatoire régional du tourisme des Pays de la Loire, réalisée entre le 12 et le 19 août 2020.
« La saison a été courte, mais soutenue, particulièrement sur le littoral, qui a bénéficié des fortes chaleurs. Les Ligériens ont largement choisi la région, alors que la fréquentation des touristes étrangers est en baisse de 70%. Ces touristes ont privilégié les courts séjours, mais avec une plus forte consommation des activités sur l’ensemble du territoire », précise Christelle Morançais. La présidente de la Région des Pays de la Loire a dressé avec Franck Louvrier, son vice-président délégué au Tourisme et maire de La Baule, un premier bilan le 26 août avec les représentants des professionnels du tourisme.

Le littoral, grand gagnant

« Le littoral a sorti très clairement son épingle du jeu.  Il y a de vraies disparités territoriales notamment avec le tourisme urbain plus touché par le défaut de clientèle étrangère. Les cafés et restaurants disposant de terrasse et d’espace en plein air ont pu maintenir ou développer leur chiffre d’affaires. Le cyclotourisme avec la Loire à vélo, les gîtes, l’agritourisme, ont enregistré de bonnes fréquentations », relève Franck Louvrier. 
En revanche, « pour trois-quarts des campings, les nuitées et le chiffre d’affaires sont en baisse. Nous avons eu beaucoup d’annulations de longs séjours en juillet de la part d’une clientèle de retraités qui privilégient cette période car elle est moins onéreuse et plus calme. Ainsi que beaucoup d’annulations de groupes d’enfants. Les réservations sont arrivées en dernière minute, avec une forte absence des étrangers qui a surtout impacté les campings en rétro-littoral, dépendants de la clientèle anglaise », souligne Nicolas Charrier, président de la fédération régionale de l’hôtellerie de plein air. 

Une clientèle agile qui réserve à la dernière minute

« Nous avons géré beaucoup d’annulations, il a fallu se repositionner sur des projets différents, sur des courts séjours. Ceux qui ont pu aller vers la clientèle individuelle ont pu faire une saison positive en juillet et août », estime de son côté Véronique Croué, présidente régionale de l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air des Pays de la Loire. 
« La clientèle française a été au rendez-vous, particulièrement sur la côte. Les touristes ont d’abord privilégié les gîtes et la location de meublés en ligne et ils se sont retournés très tardivement sur l’hôtellerie. On a eu une clientèle très agile et très opportuniste qui réservait à la dernière minute », précise Catherine Quérard, responsable du GNI grand Ouest qui s’inquiète pour l’arrière-saison : « Si les taux d’occupation ont été globalement très bons en juillet et août, nous craignons la rentrée de septembre dans la mesure où les taux de réservation sont en-deçà de l’habitude ».

« Adopter un message positif »

Franck Louvrier l’admet : « Il y a une incertitude liée au climat d’annulations possibles. L’absence de vision est un facteur de fébrilité dans ce secteur touristique. Il faut se projeter sur l’avenir. La fragilité de l’arrière-saison est un souci pour nous. Nous avons un sujet de préoccupation qui est le tourisme d’affaires, avec les palais des congrès. Et il va falloir reconstituer le lien avec les touristes étrangers. »
« Il faut adopter un message positif et inciter les gens à continuer à voyager et découvrir notre belle région en septembre. Derrière le tourisme, il y a des emplois, des familles et du pouvoir d’achat », rappelle Christelle Morançais qui rappelle que ce secteur représente 6,9 Mds€ de retombées économiques sur la région, 44 300 emplois directs annuels et 65 000 pour la période d’été. 


François Taillandier président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie Pays de la Loire (UMIH) 

« La clientèle professionnelle doit prendre le relais »

« Le pari qui était de sauver une demi-saison a été gagné. Celle-ci a commencé au mois de juin, avec une montée en puissance progressive et un afflux massif de touristes en juillet et août. Certains établissements sont plus gagnants que d’autres, ce sont tous ceux bénéficiant de terrasses, d’endroits d’agréments, de vue sur mer, sur une rivière, à l’abord d’un monument historique. Ce sont les cafés, les restaurants gastronomiques. Les perdants sont tous les établissements recevant des groupes, les discothèques toujours fermées. Les déplacements à titre professionnels sont toujours suspendus. Les réservations sont le plus souvent de dernière minute. 
Sur le plan sanitaire, les clients ont eu du mal à accepter les protocoles au mois de juillet, mais les choses sont rentrées dans l’ordre dès lors que cela est devenu obligatoire.

Encore beaucoup d’annulations

Les Français ont apprécié de passer leurs vacances en France, c’est de bon augure pour l’année prochaine. Ils se sont rendu compte que l’on peut passer de très bonnes vacances localement. Ils se sont déplacés sans crainte, c’est très encourageant, ils ont osé sortir et venir dans nos établissements et ils s’y sentaient en sécurité. 
Les entreprises qui étaient en bonne situation financière avant la saison devraient passer le cap de cette crise et nous devrions les retrouver pour la prochaine saison. Maintenant nous arrivons sur l’après saison et nous n’avons aucun indice pour le mois de septembre. Mais il faudra bientôt que la clientèle professionnelle prenne le relai. C’est 70% de la fréquentation de nos établissements. Les saisonniers vont fermer, mais tous les autres restent ouverts. Pour l’instant, on enregistre encore beaucoup d’annulations, les groupes et les événements prévus sont en train d’être annulés jusqu’à la fin de l’année. Les perspectives positives pour la fréquentation des hôtels et restaurants sont plutôt repoussées pour le début de l’année prochaine. Il faut absolument qu’un message de confiance soit transmis et que celle-ci soit rétablie ».