Couverture du journal du 16/02/2024 Le magazine de la semaine

Thierry Béthys : « Ne jamais rien lâcher »

À 52 ans, le pilote challandais Thierry Béthys s’apprête à prendre le départ de son septième Dakar, après sept ans d’absence. Le 5 janvier prochain, il repartira à l’assaut du célèbre rallye raid, mais cette fois seul et sans assistance. Contraint à l’abandon lors de sa précédente participation, l’ancien champion de moto-cross et super-cross, aujourd’hui chef d’entreprise et moniteur de pilotage, est plus que jamais déterminé à relever ce nouveau défi, avec la volonté de se dépasser et de rebondir après un échec.

Le pilote Thierry Béthys au coeur de son atelier (TB Racing) à Challans © Alexandrine Douet - IJ

Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours du départ de la 46e édition du Dakar ?

Je suis impatient d’y être ! Le Dakar est l’une des courses les plus difficiles au monde, mais c’est une aventure incroyable. J’ai eu la chance d’avoir fait les deux derniers Dakar en Afrique en 2006 et 2007. J’ai ensuite participé à la course à quatre reprises en Amérique du Sud entre 2009 et 2017. Ce sera une première pour moi en Arabie saoudite.

Pourquoi avez-vous décidé de repartir ?

Cela fait quelque temps que je ressens un véritable manque, et une envie d’évasion. Surtout, ma dernière participation en 2017 m’a laissé un goût d’inachevé, ayant dû abandonner après seulement trois jours de course, suite à l’incendie de ma moto, à la frontière bolivienne, à 3 500 m d’altitude. L’idée de repartir a véritablement germé il y a deux ans quand un ami, Guillaume Jaunin (dirigeant de Jaunin Productions, fabricant de machines agricoles à Vieillevigne, NDLR), motard lui aussi, est venu me demander des conseils pour se lancer sur le Dakar. De fil en aiguille, nous avons décidé de faire la course ensemble en 2025. L’été dernier, je lui ai fait part de mon souhait de m’engager dès 2024, pour me tester en quelque sorte. Il a accepté de me prêter sa moto, une Honda. Pour moi, c’est un retour aux sources puisque la marque m’a sponsorisé durant une grande partie de ma carrière. Aujourd’hui, Honda France soutient mes deux fils Andy et Théo (23 et 26 ans, NDLR) qui pratiquent eux aussi le moto-cross.

Début décembre, Thierry Béthys était Barcelone d’où partent les véhicules et le matériel des concurrents du Dakar ©Thierry Béthys

Après avoir trouvé la moto, il a fallu trouver le budget pour vous inscrire et financer la logistique ?

En six mois, j’ai réussi à réunir 50 000 € comprenant 18 000 € de frais d’inscription. Le reste étant destiné essentiellement au transport, l’avion depuis Paris pour moi et le bateau depuis Barcelone pour la moto et le matériel. Pour trouver la somme nécessaire, je suis allé voir les entreprises du secteur de Challans, commerçants ou encore artisans. Une trentaine de partenaires (Nombalais Groupe, centre Leclerc de Challans, Cheminées Milcent, Cantin Construction…, NDLR) m’ont apporté leur soutien, sous forme de mécénat sportif. Dans le même temps, les marques américaines Kenny (vêtements de moto-cross) et 100 % (lunettes de sport), m’ont équipé. À noter que j’aurais dû débourser 30 000 € supplémentaires si j’avais acheté une moto.

Vous avez choisi de participer à la course en “malle moto”. De quoi s’agit-il ?

Sur les 130 engagés, il y a 30 places réservées aux pilotes amateurs ou anciens professionnels, ne faisant partie d’aucun team officiel, qui partent seuls et sans assistance, comme les pionniers de la course. Ce sera une première pour moi, parce que j’ai toujours été accompagné d’un mécanicien. Chaque jour, après un lever à 3h du matin, je vais parcourir entre 500 et 800 km. Le soir, une malle contenant mes affaires et mes outils m’attendra au bivouac. Je devrai effectuer moi-même mes éventuelles réparations tout en anticipant l’étape du lendemain. Pendant la course, il faudra être encore plus vigilant, ménager ma moto, éviter au maximum la chute, tout en ayant les yeux rivés à la fois sur la route et sur le road-book. Physiquement et nerveusement, c’est épuisant. Même si j’aurai parfois un œil sur le chrono, mon objectif principal sera d’aller jusqu’au bout, en vivant la course différemment.

Thierry Béthys entouré de sa famille lors de la soirée de remerciements des partenaires © Thierry Béthys

Depuis 2003, vous dirigez la société TB Racing. Comment avez-vous été amené à vous lancer dans cette aventure entrepreneuriale ?

C’est la concrétisation d’un projet avec mon épouse, Barbara. Pour moi, c’était aussi un moyen d’anticiper ma reconversion professionnelle. Nous avons ainsi ouvert à Challans notre boutique comprenant un espace dédié à la vente de vêtements pour la moto, et une partie atelier pour laquelle nous avions recruté un mécanicien. Il y a quatre ans, nous avons décidé de vendre la boutique, mais j’ai conservé l’atelier qui est aujourd’hui installé à mon domicile. Je suis maintenant spécialisé dans la préparation de motos pour les compétiteurs. Je reçois mes clients sur rendez-vous. Je les ai d’ailleurs prévenus que l’atelier restera fermé durant un peu plus de deux semaines en janvier.

Thierry Béthys a signé son premier contrat en tant que pilote professionnel en 1995 ©Thierry Béthys

Vous proposez également des cours de pilotage ?

Depuis deux ans, j’ai mis cette activité en pause mais je vais de nouveau proposer des stages de pilotage à partir de l’année prochaine sur le circuit du Moto-Club challandais. Je souhaite faire un peu moins de mécanique pour prendre le temps de transmettre, de donner des conseils pour pratiquer ce sport qui est hyper technique.

Avez-vous été tenté de devenir consultant sportif ?

L’Équipe TV m’a sollicité il y a quelques années pour commenter des courses sur Paris, mais je n’étais pas disponible à ce moment-là. Étant quelqu’un de réservé, je ne sais pas si ça aurait pu fonctionner. Et si on me le proposait de nouveau aujourd’hui, je ne pense pas que j’accepterais, parce que mon emploi du temps est déjà bien chargé.

Que vous a apporté votre parcours de sportif professionnel dans votre quotidien de chef d’entreprise ?

Cela m’a appris à ne jamais rien lâcher. Tant qu’on n’a pas franchi le drapeau à damier, il faut avancer. C’est d’ailleurs un message que j’ai transmis à mes enfants. L’un est salarié dans les travaux publics et l’autre tourneur-fraiseur. Quand le lundi matin, ils doivent se lever à 5h ou 6h du matin pour aller travailler après un week-end de compétition à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, ils y vont et n’hésitent pas.

Le Dakar est régulièrement pointé du doigt pour son impact environnemental. Y a-t-il des actions engagées pour réduire le bilan carbone de la course ?

Oui. Depuis plusieurs années, ASO (Amaury sport organisation), l’organisateur du Dakar, s’engage à réduire ses émissions de CO2. La course fait office de laboratoire pour les constructeurs. Pour cette nouvelle édition, des motos, voitures et camions aux technologies innovantes (motorisations hybrides ou alimentées par des carburants synthétiques) vont participer à la Mission 1000 organisée dans le cadre du programme Dakar Future lancé en 2021. Ces véhicules vont ainsi parcourir 1 000 des 8 000 km de la course. L’objectif pour les organisateurs est de passer à 100 % d’énergies alternatives sur le Dakar en 2030.

La 46e édition du Dakar aura lieu du 5 au 19 janvier 2024.