Le 16 septembre, les premiers spectateurs pousseront à nouveau les portes du 30 place Jean-Macé. Sous le fronton où l’inscription « Olympic-Cinéma » résiste toujours au temps, ils retrouveront une salle que beaucoup n’ont jamais connue. La soirée s’intitule Retour vers l’Olympic. Le nom pourrait annoncer un exercice de nostalgie. Il raconte tout autre chose. Stereolux revient là où son histoire a pris forme, non pour célébrer un âge d’or disparu, mais pour rappeler qu’un lieu culturel ne grandit jamais en effaçant ses origines.
« On ne voulait pas tomber dans la nostalgie », résume Jean-Philippe Ollivier, responsable de la communication de Stereolux. La programmation en apporte la démonstration. Aucun défilé d’anciennes gloires, aucune reconstitution d’une époque révolue. La scène appartiendra à de jeunes artistes d’aujourd’hui. Le meilleur hommage rendu à son histoire consiste peut-être à continuer de l’écrire. Il faut alors remonter le fil.
Bien avant les concerts, l’Olympic est un cinéma populaire inauguré en 1926 à Chantenay. Pendant près de quarante ans, les Nantais y découvrent les films de leur jeunesse. La salle, pourtant chère à Jacques Demy, devient ensuite une supérette avant de renaître au milieu des années 1990. Derrière sa façade volontairement préservée, l’ancien cinéma entame une nouvelle vie consacrée aux musiques actuelles. Rarement un bâtiment aura autant accompagné les métamorphoses d’un quartier tout en conservant son identité.
Lorsque l’association Songo reprend les rênes du lieu en 1995, l’Olympic s’impose rapidement comme l’une des scènes majeures des musiques actuelles françaises. L’atmosphère y reste brute, presque artisanale. Les concerts s’y vivent au plus près des artistes. Muse, Placebo, Coldplay ou encore Rammstein y jouent avant de remplir des stades. Dans le couloir des loges, un terrain de pétanque improvisé après le passage de Massilia Sound System devient une attraction aussi improbable que révélatrice de l’esprit des lieux. L’Olympic n’accumule pas seulement les concerts. Il fabrique des histoires.
Très vite pourtant, ses murs deviennent trop étroits. L’activité déborde largement la diffusion musicale. Résidences, actions culturelles et accompagnement des artistes appellent un nouvel espace. En 2011, Songo traverse la Loire.
Changer de rive, ouvrir le champ des possibles
Le déplacement dépasse largement la question d’une nouvelle adresse. Il accompagne la métamorphose de l’île de Nantes, où les friches portuaires cèdent progressivement la place à un quartier voué à la création. Aux côtés des Machines de l’île, de l’école des Beaux-Arts et de la Fabrique, Stereolux participe à cette nouvelle géographie culturelle qui redessine durablement l’image de Nantes.
À l’époque, un doute demeure pourtant. Comment transposer l’atmosphère de l’Olympic dans un équipement flambant neuf ? Éric Boistard, qui pilote alors le projet, formule une ambition devenue presque un manifeste. « Notre mission sera d’y insuffler une âme similaire. » Quinze ans plus tard, la promesse semble tenue.
Le quartier a continué de se transformer. Les grues ont remplacé les portiques, le futur CHU redessine les circulations, le pont Anne-de-Bretagne prépare sa métamorphose et les nouvelles lignes de tramway annoncent un autre visage de l’île. Dans ce paysage en mouvement, Stereolux n’apparaît plus comme un simple équipement culturel. Il est devenu l’un des repères d’un territoire où la culture accompagne les mutations urbaines autant qu’elle les inspire.
Cette ambition se lit jusque dans son architecture. Imaginé par Michel Bertreux, de l’agence Tétrarc, le bâtiment mêle volumes industriels, transparence et modularité. Derrière ses larges façades vitrées, le vaste hall baigné de lumière s’organise autour de son emblématique bar orange, devenu un point de rendez-vous presque aussi célèbre que les deux salles de concerts. Les références graphiques au pixel rappellent discrètement que le lieu regarde autant vers les arts numériques que vers la scène musicale. On s’y rend pour un concert, une exposition ou une conférence, ou simplement pour prolonger la soirée. Le lieu vit bien au-delà des représentations.

Cloud Memory. GUILLAUME MARMN
Une scène qui déborde de ses murs
« Les concerts sont la partie émergée de l’iceberg », glisse Jean-Philippe Ollivier. Sous cette ligne de flottaison se déploie un patient travail de création, de transmission et d’accompagnement. Résidences d’artistes, ateliers dans les établissements scolaires, interventions en Ehpad, projets menés avec les habitants du Clos-Toreau ou de Malakoff, programmation jeune public coconstruite avec les familles… La scène déborde de ses murs pour irriguer le territoire.
Cette même logique baigne les arts numériques, devenus l’autre pilier du projet. Héritier de Scopitone, dont Songo portait déjà les ambitions avant la naissance de Stereolux, le lieu accueille des installations immersives, accompagne des artistes en résidence, produit des œuvres et expérimente des formats à la croisée de la création, de la recherche et de l’innovation. La récente labellisation comme pôle régional de création artistique en environnement numérique consacre cette trajectoire singulière.
Les festivités imaginées pour ce quinzième anniversaire ressemblent ainsi moins à une célébration qu’à une déclaration d’intention. L’exposition Mirages explorera les frontières entre réel et illusion. Les rencontres professionnelles autour des arts numériques ouvriront un dialogue sur les mutations du secteur. Surtout, la table ronde « 2041, Odyssée de la Culture » invitera artistes, chercheurs, élus et acteurs culturels à imaginer ce que pourrait être la place de la culture dans quinze ans.
Cette projection n’efface pas les fragilités du présent. Comme nombre d’institutions culturelles, Stereolux compose avec un modèle économique en mutation. Le mécénat occupe désormais une place croissante dans son équilibre. Non comme un substitut au soutien public, mais comme le prolongement d’un dialogue avec des entreprises qui reconnaissent dans la culture un facteur d’attractivité, d’innovation et de cohésion pour le territoire.
Éric Boistard rappelait volontiers que « tous les maillons de la chaîne musicale sont présents et importants à Nantes ». Quinze ans après son ouverture, Stereolux en est devenu l’un des plus solides. Non parce qu’il se serait installé au sommet d’un paysage culturel, mais parce qu’il continue d’évoluer avec lui, fidèle à cette intuition fondatrice qui préfère le mouvement à l’habitude. À quinze ans, Stereolux ne rejoue pas son répertoire. Il écrit déjà les premières mesures du suivant.
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15 ans de Stereolux
Mercredi 16 septembre
17 h : Giga Mad sur la place Jean-Macé
19 h 15 : « Retour vers l’Olympic », soirée anniversaire à l’ancien Olympic avec Gildaa, Kabeaushé et Ile de Garde
Jeudi 17 septembre
18 h : table ronde « 2041, Odyssée de la Culture »
20 h 30 : « Club Pamela », carte blanche au groupe Pamela avec de nombreux invités
Vendredi 18 septembre
21 h 30 : soirée électronique et spectacle « Errances Nocturnes » par le collectif Kluster
Du 17 au 20 septembre
Exposition « Mirages », consacrée aux arts numériques, à Stereolux et sous les Nefs
Tout au long de l’événement : rencontres professionnelles autour des arts numériques