Jean-Pierre Liébot, président du groupe Liébot : « Le succès d’hier ne garantit pas celui de demain »

Fort d’une histoire entrepreneuriale sur dix générations, le groupe vendéen Liébot s’est considérablement développé ces cinquante dernières années pour devenir une ETI européenne de 783 millions d’euros de chiffre d’affaires, spécialisée dans la menuiserie aluminium. À sa tête depuis janvier 2023, Jean-Pierre Liébot défend un modèle fondé sur le temps long, la transmission et l’indépendance. Dans un secteur du bâtiment en pleine mutation, il revient sur les choix du groupe en matière d’innovation, de transformation industrielle et de développement international à horizon 2035.

Jean-Pierre Liébot, président du groupe Liébot.

Jean-Pierre Liébot, président du groupe Liébot. BENJAMIN LACHENAL - IJ

L’essence même d’une entreprise familiale, c’est le temps long. Prendre le temps de construire sa réussite, pierre après pierre, de surmonter chaque crise avec humilité et sérénité. Pour endosser son costume de président du groupe Liébot, Jean-Pierre Liébot a pris son temps. Celui de s’inscrire dans les pas de son père, André Liébot, cinquante ans au service des façades et fenêtres aluminium. Celui de bien s’entourer aussi, lui, l’aîné d’une fratrie de quatre et représentant de la dixième génération d’entrepreneurs. Celui aussi d’accepter nos demandes répétées d’entretien, le temps de gagner sa confiance. « Je n’aurais pas grand-chose à dire », nous répétait-il. Sur ce point, il avait tort. Conjoncture, innovation, transmission… Jean-Pierre Liébot est intarissable quand il s’agit d’évoquer ce fleuron de l’industrie vendéenne, ancré dans le Bocage depuis 1745.

En 2025, le marché français de la fenêtre a atteint un niveau historiquement bas avec moins de 9 millions de fenêtres et de baies vitrées installées, en recul de 3,5 % sur un an. Dans ce contexte, comment se porte le groupe Liébot ?

Nous sommes évidemment impactés. Entre 2023 et 2024, le chiffre d’affaires du groupe a reculé de 70 millions d’euros, passant de 860 à 790 millions d’euros. Cette baisse est liée à l’effondrement du marché de la construction neuve en France, et concernait principalement K-Line. C’est violent mais on s’adapte.

Notre chance, c’est d’être un groupe diversifié, implanté dans cinq pays européens : France, Allemagne, Pologne, Espagne et Italie. Nous sommes présents sur les marchés de la maison individuelle et du logement collectif, dans le neuf comme dans la rénovation. Cette dernière activité se porte bien mais repose encore beaucoup sur la confiance des particuliers. Nous intervenons également sur le marché du tertiaire, avec Ouest Alu et ses façades.

Cette diversification nous permet d’amortir les crises, même si nous avons dû réduire le nombre d’intérimaires. Nos entreprises sont financièrement solides et sont souvent leaders sur leur métier ou leur segment. C’est essentiel pour conserver la confiance de nos clients et des marchés. Notre vigilance, c’est de prendre les bonnes décisions pour traverser ces crises sereinement et être prêts au moment du rebond.

Comment avoir une vision à long terme dans un environnement instable ?

Nous sommes un groupe familial. Et par définition, nous travaillons sur le long terme, puisque notre objectif est de transmettre. Cela nous oblige à être sérieux. Contrairement à des entreprises dirigées par des fonds de pension, nous n’arrêtons pas tous les investissements à la première crise et nous nous donnons le temps de réussir.

Avoir une vision, c’est se demander si les investissements stratégiques d’aujourd’hui vont nous rendre plus forts demain. Si la réponse est oui, il faut les maintenir, dans la mesure du possible. Car la priorité, c’est l’emploi et la qualité de service client. Notre fonderie bas carbone Coralium illustre parfaitement cette approche. Nous avons décidé de construire l’usine le 24 février 2022, le jour où la Russie attaquait l’Ukraine. C’est un détail mais cela montre bien la philosophie des entreprises familiales, de faire l’effort de maintenir un investissement aujourd’hui pour faire la différence demain. Il faut aussi être capable de challenger cette vision tous les ans, de s’adapter à l’environnement économique, et avoir le courage de se remettre en question si nécessaire.

La réglementation et les attentes environnementales accélèrent la mutation du marché de la fenêtre. En mai 2026, K-Line a ainsi généralisé le bas carbone à l’ensemble de ses gammes. En quoi est-ce un virage stratégique ?

Tout part de notre bilan carbone en 2019 où nous avons été surpris par notre niveau d’empreinte relativement élevé. Nous avons donc lancé un plan climat avec l’objectif de réduire d’au moins 30 % nos consommations à l’horizon 2035, avant d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Nous avons beaucoup investi dans le photovoltaïque et impliqué l’ensemble des salariés pour identifier des économies. Mais cela restait insuffisant car plus de 45 % de notre empreinte carbone vient de la matière première, et notamment de l’aluminium. Il fallait donc s’attaquer à l’empreinte carbone de ce métal.

Siège social du groupe Liébot aux Herbiers (85).

Siège social du groupe Liébot aux Herbiers (85). GROUPE LIEBOT

C’est pour cette raison que nous avons décidé de créer une fonderie aluminium bas carbone. Pour financer cet investissement de 42 millions d’euros, nous nous sommes rapprochés du groupe Fineiral, l’un de nos fournisseurs depuis plus de vingt ans. Coralium est située à Saint-Jean-d’Hermine (Sud Vendée, NDLR), juste à côté de leurs usines d’extrusion. Cette proximité limite l’impact carbone des transports, ce qui est cohérent avec le projet. Depuis le 1er mai, 100 % des fenêtres K-Line sont ainsi livrées avec un aluminium bas carbone utilisant au moins 80 % d’aluminium recyclé.

Nous avons aussi noué des partenariats forts avec nos fournisseurs de vitrages. Aujourd’hui, 78 % de nos vitrages sont bas…

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