Couverture du journal du 22/10/2021 Consulter le journal

Documentaire Ruptures : « Nous avons fait peur aux entreprises »

Tout juste diplômé de Centrale Nantes, Arthur Gosset a réalisé le documentaire Ruptures. Sorti le 10 septembre sur le site d’informations Spicee, il rassemble les témoignages de six étudiants de grandes écoles qui décident de rompre avec un destin tout tracé pour une vie qu’ils jugent plus compatible avec les enjeux écologiques de notre époque.

Arthur Gosset Ruptures

Arthur Gosset. Ruptures a reçu le prix « Coup de cœur du jury » du Festival international du film écologique et social de Cannes 2021 © DR

Pourquoi avoir réalisé ce film ?

D’abord pour mes parents, qui sont chefs d’entreprise. Je me suis rendu compte qu’on n’était pas sur la même ligne. Je me suis engagé dès mon arrivée à Centrale, avec de nombreux questionnements. Ils étaient déçus par rapport à leurs attentes quant à ma réussite sociale. Les échanges ont été houleux et je me suis dit qu’un documentaire serait le meilleur moyen de faire comprendre ce que ressentent de plus en plus d’étudiants, notre souci de l’environnement. Entre tournage et montage, le documentaire m’a pris deux ans.

Vous avez fait partie, en 2018, de l’écriture du Manifeste étudiant pour un réveil écologique 1. Que pensez-vous de son impact sur le monde économique ?

Effectivement, notre association, Together For Earth, à Centrale, a été contactée par Polytechnique et HEC. Le Manifeste a recueilli beaucoup de signatures (près de 30 000, NDLR). On a obtenu un grand retentissement dans les médias. On a conscience d’avoir fait peur aux entreprises. J’ai échangé avec des DRH de grandes boîtes qui constatent des difficultés à recruter. J’ai aussi interviewé François Collin, directeur de la stratégie climat et environnement à HEC : les entreprises savent que les enjeux sont énormes car elles ont besoin de nos compétences. C’est le cas aussi des formations qui adaptent leurs cursus en se disant « si on ne le fait pas, on est mort », car c’est crucial dans la compétition entre grandes écoles. Il existe une grande exigence des étudiants et jeunes diplômés. On ne veut plus de greenwashing, on a besoin de discours engagés mais surtout d’actions à hauteur des discours. Est-ce que les entreprises vont évoluer ? Je ne vois pas les grands groupes disparaître mais ils doivent forcément s’adapter. Il faut aussi des jeunes qui vont dans ces entreprises-là et qui s’engagent pour les transformer. J’en connais qui sont très investis chez Total, Vinci… Je suis admiratif car ils se prennent des portes tout le temps.

Est-ce que vous croyez aux entreprises à mission ?

Oui, le fond est bon. C’est un bon début et un nouveau voyant pour les jeunes diplômés dans leur choix d’entreprise. Parce qu’on ne veut pas reproduire les erreurs du passé, on veut quitter la compétition démesurée qui incite à bouffer les autres. Ça ne nous attire plus.

Comment voyez-vous les étudiants évoluer ?

Cela reste compliqué de savoir quelle proportion on représente. Je vois surtout une évolution sur leur maturité.

Quand j’ai intégré Centrale, on était plus sur les petits gestes du quotidien. Je faisais donc partie de Together For Earth, créé par un autre étudiant de Centrale Nantes, Romain Olla (l’un des six à témoigner dans le film, NDLR), et qui est devenu un réseau national. On voulait dépoussiérer une écologie très politisée, avec une image vieillotte. On voulait montrer comment ces questions concernent absolument tout le monde. À force de réfléchir et débattre, on a glissé sur l’aspect « logiciel de la société ». Alors qu’aujourd’hui, les étudiants qui arrivent à Centrale sont déjà sur une réflexion systémique.

 

  1. Le collectif d’étudiants de grandes écoles « Pour un réveil écologique» a lancé en 2018 un Manifeste interpellant les grandes entreprises, leurs futurs employeurs. Certains ont choisi de boycotter des structures qu’ils estiment non compatibles avec les enjeux environnementaux. Le collectif a depuis obtenu le remaniement de certains cursus. Un groupe de travail a été constitué avec six jeunes auprès du ministère de l’Enseignement supérieur.