Couverture du journal du 01/03/2024 Le magazine de la semaine

Réseaux sociaux : ces entrepreneurs ont tout compris !

La méthode universelle pour bâtir une communauté engagée sur les réseaux sociaux n’existe pas. C’est un travail à la fois stratégique et personnel. Si certains semblent avoir trouver le secret de la "sauce" sociale presque malgré eux, une chose est sûre cependant : l’authenticité, la qualité et la quantité des contenus restent le point d’ancrage des entrepreneurs qui se distinguent en ligne. Exemples en Vendée.

Élise Carré, dirigeante de Belle Lurette. ©DR

« Je suis passée de 0 à plus de 10 000 followers en deux ans, explique Élise Carré, la créatrice de Belle Lurette, une friperie vintage à La Roche-sur-Yon. J’ai commencé les réseaux sociaux de façon instinctive, en publiant du contenu quotidien sur mon aventure entrepreneuriale. Je crois à la nécessité de l’économie circulaire, je voulais montrer comment j’ai “fait” ma boutique à partir d’objets de seconde main. “J’emmenais” mes abonnés sur des brocantes, je chinais, nettoyais, détournais mes trouvailles pour les mettre en boutique, en prenant soin de partager mes astuces et bonnes pratiques. Il n’était pas rare de voir mes enfants ou ma belle-mère participer aux travaux. Il y avait un côté familial et collectif que je n’ai absolument pas calculé mais qui a participé à faire monter le nombre de mes abonnés alors que la boutique n’était pas encore ouverte. Puis la Covid est arrivée, mettant à l’arrêt mon projet et l’économie toute entière. C’est pendant cette période de travaux et d’attente que le nombre de mes abonnés Instagram et Facebook a commencé à monter. »

L’atout communication des PME

« Lorsque j’allais chercher un sandwich ou un café chez les commerçants du coin, ils me disaient entendre parler de moi ! J’ai pris conscience du phénomène quand j’ai pu enfin ouvrir. Il y avait la queue devant mon pas de porte. Les gens m’ont dit adorer mes stories et les attendre avec impatience. Je pense sincèrement que le succès de Belle Lurette vient de là. Si j’avais attendu les clients derrière mon comptoir, ça n’aurait pas fonctionné autant. Puis le deuxième confinement est arrivé, suivi du troisième… Là encore, j’ai cherché des solutions du côté des réseaux sociaux. J’ai créé le service « personal shopper ». Les clients faisaient du shopping via mon compte Instagram. Je m’habillais pour eux, les faisais circuler en boutique à la recherche de la fringue idéale. C’était fou quand j’y repense : des gens de Toulouse, d’Angleterre me commandaient des vêtements que je leur envoyais par colis ! On a aussi organisé des “live” avec mon équipe où l’on sélectionnait des pièces que l’on portait. À la manière d’une vente aux enchères, les clients se positionnaient pour les emporter soit en click & collect, soit par voie postale. Ça a tellement bien fonctionné qu’on me les réclame encore aujourd’hui ! » Celle qui ne respecte pas une organisation stricte veille toutefois à faire preuve de régularité. « Je suis très active dans mes stories, assure-t-elle. Mon objectif consiste à partager du contenu authentique et c’est ce qui plaît. » Depuis, la dirigeante de l’entreprise de six salariés (280 k€ de CA en 2022) a recruté une chargée de marketing. « Elle m’a fait comprendre que j’étais tellement associée à ma boutique, que ce serait une erreur de confier la gestion de mes réseaux à un autre, sous peine de perdre des abonnés. C’est assez déroutant : on m’accoste dans la rue, les gens se comportent avec moi comme si nous étions amis. C’est vrai que je partage tout et pas que le positif : je n’ai aucune honte à montrer mes doutes ou mes larmes. Enfin, les réseaux sociaux m’ont permis de me faire repérer par de nombreux médias qui ont précipité mon développement. »

Une base d’expression personnelle

David Soulard meubles Gautier

David Soulard, dirigeant des meubles Gautier.
© Benjamin Lachenal

Une analyse partagée par David Soulard, dirigeant des meubles Gautier, fabricant de meubles contemporains moyen/haut de gamme depuis 60 ans. « J’ai commencé à m’intéresser aux réseaux sociaux avec Twitter dès 2012, explique le dirigeant. Au départ, c’était un usage plutôt passif qui me servait de fil d’information. Puis j’y ai vu l’occasion de montrer le développement de Gautier. Il n’était pas rare que des journalistes me contactent à la suite d’une photo ou d’un remerciement vu sur Twitter pour l’inauguration d’un magasin. Il y a quatre ans, j’ai trouvé la plateforme de plus en plus agressive dans certains commentaires. J’ai alors pensé que l’équipe se retrouverait davantage sur LinkedIn. On sortait d’une période Covid compliquée, il fallait trouver de nouveaux clients, j’y ai vu un terrain de prospection supplémentaire pour les commerciaux. C’est ainsi que nous avons débuté des formations en interne. Depuis, LinkedIn est devenu ma nouvelle base d’expression. J’y suis personnellement très actif avec un peu plus de 12 000 abonnés. Il m’a permis de rassembler une communauté autour du monde du meuble et de la filière bois. C’est l’outil idéal pour travailler sa marque employeur, ajoute-t-il. Aujourd’hui, les talents qui veulent bouger ont acquis le réflexe d’aller gratter le vernis des entreprises via les réseaux sociaux. Ils veulent savoir si l’expression RSE de la boîte correspond à ce qu’elle vit au quotidien et viennent le chercher directement par la voix du dirigeant. » Malgré un emploi du temps chargé, l’entrepreneur tient à gérer lui-même son contenu. « Je suis convaincu qu’il faut donner pour recevoir, insiste-t-il. Je poste souvent à contretemps, dans un train le soir, en arrivant à la maison… Je ne suis pas de logique éditoriale particulière. Je poste au moment où je le sens et quand j’ai envie de dire quelque chose. » Une stratégie qui semble fonctionner plutôt bien : « Je me souviens d’un selfie avec ma maman, la présidente de Gautier, à l’entrée du salon du Made in France au mois de novembre. Le post a été vu plus de 30 000 fois ! Enfin, il m’arrive de recevoir des demandes de collaborations entres marques, via les réseaux. »

Influenceur, un métier comme les autres ?

Starguest Sophie Dorlet, Gaëtan Barka Sébastien Wacheux

De g. à d. : Sophie Dorlet, Gaëtan Barka et Sébastien Wacheux, cofondateurs de l’agence d’influence familiale Starguest.
© Starguest

Un pouvoir perçu très tôt par Gaëtan Barka, alias Yofunders sur TikTok. Le jeune artiste et influenceur sablais cartonne sur le réseau social depuis 2020 avec ses 1,8 million d’abonnés. En octobre 2022, il crée Starguest (quatre collaborateurs), avec sa famille, la première agence de marketing d’influence de Vendée. « J’avais un club sur la Roche, explique Sophie Dorlet, cofondatrice de Starguest. Gaëtan était encore étudiant, tout en développant une activité de DJ. Puis le confinement a freiné les ambitions artistiques. C’est là qu’il a commencé à investir Instagram et TikTok. Jamais nous n’aurions pu imaginer réunir une telle communauté deux ans après ! » Aujourd’hui, le néo-entrepreneur est sollicité par des marques telles que Samsung, Lacoste ou Amazon Prime. « L’influence est un vrai métier, assure-t-il. C’est une industrie récente qui se structure, avec un business model adaptable. On peut très bien démarrer à 500 € et ne pas atteindre de prix de fin. Tout dépend de l’impact de la campagne et de la médiatisation de l’influenceur. » Et de conclure : « Les créateurs de contenu sont désormais perçus par les marques ou les collectivités comme de véritables partenaires stratégiques. Le Département de la Vendée nous a notamment sollicités pour participer à une campagne sur les recrutements saisonniers. Nous travaillons aussi avec la Région Pays de la Loire ou le centre commercial Ylium, aux Sables d’Olonne. » « Notre objectif est de faire de Gaëtan l’égérie de la jeunesse locale », renchérit Sophie Dorlet. L’agence, qui propose également des prestations événementielles et de “booking” d’artistes, prévoit de représenter au moins cinq influenceurs d’ici la fin de l’année.

Parole d’expert 

Karène Dupont, responsable de l’agence Info Conception : « Si vous n’êtes pas visible, il ne faut rien attendre des réseaux sociaux »

Présent aux Essarts et à Saint-Sébastien-sur-Loire (44), Info Conception est une agence spécialisée dans la création de sites web et la visibilité sur internet. « Si l’on cumule les deux sites, nous sommes 12 collaborateurs, précise Karène Dupont, responsable de l’agence vendéenne. Quand nous formons un chef d’entreprise aux réseaux sociaux, nous lui expliquons deux prérequis indispensables : Premièrement, avoir les bonnes pratiques. Il s’agit de savoir maîtriser l’outil, mais aussi de connaître l’algorithme de chaque réseau. Il faut comprendre que plus vous êtes présents avec des contenus pertinents, plus le réseau social vous diffuse, à la fois sur votre communauté et ailleurs ! Il est donc nécessaire de lui “donner à manger”, afin de répondre à ses attentes ! Gardons à l’esprit que l’objectif d’une publication est d’obtenir un maximum d’engagement de la part de sa communauté : un “j’aime”, un commentaire, un partage, un enregistrement¹… Deuxièmement, il faut s’imposer une routine de publication et d’utilisation de l’outil. Aller consulter régulièrement son réseau, aimer les publications des autres, les commenter. De cette façon, on se rend visible auprès de l’algorithme et d’autres communautés que la sienne. Il n’y a pas de secret : si vous n’êtes pas visible, il ne faut rien attendre des réseaux sociaux, insiste-t-elle. Par ailleurs, se montrer authentique est essentiel. Malheureusement, donner de soi n’est pas un savoir-faire inné, c’est avant tout une question de personnalité. Pourtant, les meilleurs posts sont ceux qui véhiculent une image d’expert tout en dévoilant l’homme ou la femme derrière. Sans nécessairement raconter sa vie dans les menus détails, partager ses doutes, ses succès fait partie intégrante des réseaux sociaux. C’est vrai sur un réseau professionnel comme LinkedIn, ça l’est encore plus sur Instagram ou Facebook !

Si je devais donner quelques chiffres, sur un réseau pro comme LinkedIn, je poste environ 60 % de contenu expert, 25 % de contenu perso et 15 % de contenu technique. J’aime à dire que la répétition fixe la notion, ajoute-t-elle. Plus on est présents sur les réseaux sociaux et plus on inspire les autres. En vous rappelant à leur esprit, ils vont se souvenir de vous ! Ainsi, lorsqu’ils auront cette problématique dont vous êtes l’expert, ils n’auront qu’un nom en tête : le vôtre !

C’est sûr que l’activité est chronophage, nuance-t-elle. Personnellement, les réseaux sociaux me prennent environ neuf heures par semaine, mais le retour sur investissement est à la hauteur. À titre d’exemple, mon dirigeant, Dimitri Ageon, est très actif sur LinkedIn et TikTok. Non seulement il reçoit des demandes de connexion quotidiennes mais aussi des demandes de la part de prospects, entre cinq à dix par semaine !

Pour résumer la recette du succès, je dirais qu’il faut un peu de technique, trouver sa niche de communication, s’y positionner comme expert, maintenir la régularité et rester authentique ! »

 

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