Un site de 125 hectares, composé d’usines, d’entrepôts, mais aussi d’une crèche et d’un restaurant d’entreprise. Et au milieu de tout ça, des routes et des ronds-points. À Montaigu-Vendée, Sodebo est une ville dans la ville. Derrière votre salade ou votre PastaBox s’activent chaque jour 3 300 petites mains. Une véritable ruche qui bourdonne H24 car la marque mise sur l’ultra-frais. En cette matinée d’été marquée par la canicule, les trois sœurs Bougro nous reçoivent avec simplicité et décontraction. À la tête de l’entreprise depuis 2000, Marie-Laurence Gouraud, Patricia Brochard et Bénédicte Mercier dirigent l’entreprise familiale avec la même authenticité que leurs parents, un couple d’artisans charcutiers-traiteurs, toujours en contact avec le terrain et les consommateurs.
Depuis vingt-six ans, vous assurez ensemble la coprésidence de Sodebo. Pourquoi avoir choisi cette forme de gouvernance assez inédite ?
Patricia Brochard : Nous sommes rentrées les unes après les autres dans l’entreprise : Marie-Laurence en 1982, moi en 1984 et Bénédicte en 1988. Nos parents étaient toujours à la tête de la société. Très vite, ils nous ont fait confiance et nous avons participé à son développement et sa structuration. Nous avons accompagné la mise en place de nouveaux services, l’émergence de nouveaux métiers, les nouvelles façons de travailler et le lancement de nouveaux produits. Nous étions alors toutes les trois sur des champs différents mais complémentaires. Moi, sur la partie communication et marketing. Marie-Laurence, sur la production, l’ingénierie et l’expédition. Et Bénédicte, sur la partie qualité. Nous avons toujours appris à travailler ensemble. Le schéma d’une gouvernance à trois, toutes au même niveau, s’est donc naturellement mis en place. À l’aube de l’an 2000, quand nos parents nous ont transmis les rênes, la réflexion ne portait pas sur l’organisation de la nouvelle gouvernance mais plutôt comment formaliser un schéma qui fonctionne en statut juridique officiel.
Marie-Laurence Gouraud : D’un point de vue juridique, c’était compliqué d’avoir trois dirigeantes. Nous avons donc opté pour une gouvernance tournante de deux ans. Mais cela ne nous a pas convenu.
P. B. : Ce modèle ne correspondait pas à notre mode de fonctionnement. Il n’y avait pas une présidente et deux adjointes. En 2004, avec l’aide de nos conseils, nous avons trouvé la solution juridique : créer une petite société, Sodebo Management, dans laquelle nous sommes toutes les trois, et qui, elle, préside Sodebo. Cette astuce fait que nous sommes coprésidentes de l’entreprise familiale.

En 2000, la deuxième génération prend le relais. De g. à dr. Joseph Bougro, Marie-Laurence Gouraud, Gaël Gouraud, Simone Bougro (assise), Bénédicte Mercier, Jean-François Brochard et Patricia Brochard. SODEBO
Endossez-vous des rôles bien définis ?
Bénédicte Mercier : Pas tant que ça, non. Je ne dis pas qu’on n’a pas nos domaines de prédilection. Mais le secret pour réussir, c’est peut-être de ne pas avoir de rôles définis. Il faut pouvoir se parler de tout, notamment des sujets stratégiques comme les investissements, les produits ou la marque.
P. B. : Il y a une forme de fluidité dans nos échanges, on se comprend presque sans se parler. Au fil des ans, il y a des automatismes et des schémas qui se sont construits. Cela nous permet d’avoir des idées divergentes et de pousser plus loin les réflexions.
B. M. : Ou parfois de les réorienter. On discute, on échange. La solution trouvée est plus aboutie, meilleure. C’est sain de ne pas avoir le pouvoir entre les mains d’une seule personne.
M.-L. G. : Et c’est plus confortable. Mener seule une entreprise comme Sodebo, je ne m’en sentirais pas capable. D’ailleurs, aucune de nous ne veut le pouvoir pour elle toute seule.
P. B. : Diriger une entreprise, c’est complexe et de plus en plus lourd. Le fait d’être à trois, c’est une force.
Comment faites-vous pour préserver l’entente familiale ?
B. M. : Il faut le vouloir et se dire que c’est quelque chose d’intouchable.
P. B. : Nous avons eu la chance de grandir et d’apprendre en même temps que l’entreprise se développait. Nous avons vu ce que chacune était capable de faire. À partir du moment où la confiance et la volonté de porter ce projet est là, ça change tout.
M.-L. G. : Au début, on parlait de l’entreprise lors des repas en famille. Maintenant, on arrive à dissocier les deux.
P. B. : À un moment, nous avons fixé une règle : ne plus, ou le moins possible, parler du travail en dehors de l’entreprise.
M.-L. G. : Si on a une idée, le week-end, on ne s’appelle pas, c’est sûr. Parfois, on s’envoie à nous-même un petit mail pour ne pas oublier d’en parler le lundi matin.

Bénédicte Mercier, Marie-Laurence Gouraud, Patricia Brochard (Sodebo) BENJAMIN LACHENAL – IJ
Serge Papin, ministre des PME, rappelait récemment que 500 000 entreprises seront à transmettre en France d’ici dix ans. Comment préparez-vous le passage de relais ?
P. B. : Il faut souligner une chose importante : Sodebo n’est pas à vendre. Nous avons chacune trois enfants. Comme nos parents, nous avons anticipé la transmission capitalistique à la génération suivante. Lancée dès 2019, elle est aujourd’hui en grande partie achevée. Transmettre une entreprise…