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L’économie des Pays de la Loire a rebondi plus vite qu’en France

Le 10 février, la Banque de France organisait avec la CCI Nantes-St Nazaire, sa matinale de l’économie. Troisième édition d’un rendez-vous de conjoncture organisé depuis février 2020. Chiffres, perspectives, en voici les principaux enseignements.

Hassiba KAABÊCHE, directrice régionale de la Banque de France

Hassiba KAABÊCHE, directrice régionale de la Banque de France © I.J

D’habitude pleine à craquer de chefs d’entreprise, la salle Atlantique de la CCI Nantes-St Nazaire était bien vide ce mercredi 10 février pour présenter les résultats d’études de conjoncture de la Banque de France et de la CCI. Situation sanitaire oblige, l’événement s’est surtout déroulé en visio.

D’abord, au niveau national, il a été rappelé la chute du PIB en 2020 de 8,3%, annoncée par l’Insee fin janvier. Un chiffre qui corrobore les prévisions de la Banque de France déjà établies en octobre 2020 (-8,7%). Car, si l’activité était tombée à 64% du niveau d’avant Covid en mars 2020, elle était de 93% en novembre. « Le repli économique a été beaucoup plus faible lors de la deuxième vague, insiste Olivier Garnier, directeur général des Statistiques, études et international à la Banque de France. Aujourd’hui, nous sommes quasi à la normale avec un niveau d’activité de 95%. Nous sommes sur une sorte de plateau avec une reprise très progressive et un retour à la situation d’avant-crise prévue pour l’été 2022. » Par ailleurs, le taux de croissance devrait être de 5% en 2021 et 2022. Mais Olivier Garnier tempère : « Cela ne veut pas dire grand-chose quand on a connu une telle baisse l’année précédente… »

Alors qu’en est-il pour la région Pays de la Loire ? La Banque de France PDL a réalisé, du 30 novembre au 29 janvier, son enquête annuelle auprès de plus de 1 600 entreprises, sur les résultats 2020 et les perspectives 2021, dans les grands secteurs que sont l’industrie, les services marchands et le BTP. Bilan : « Nous avons un parti pris positif car, une nouvelle fois, l’économie régionale a rebondi plus fortement qu’au niveau national après le confinement du printemps. Donc 2021 devrait être positive », expose la directrice régionale de la Banque de France, Hassiba Kaabêche. Pour cette étude, l’institution a décidé d’évaluer quatre items clés : l’activité, la rentabilité, les effectifs et les investissements.

UNE MEILLEURE RENTABILITÉ EN 2021

Au niveau de l’industrie, le chiffre d’affaires a diminué de 8 ,8% en 2020. Une baisse poussée, notamment, par la chute du secteur de l’aéronautique (-18%) tandis que l’agroalimentaire se maintient (-1%). Mais il est prévu un rebond de près de 5% pour 2021 avec une reprise de l’activité dans tous les sous-secteurs sauf la construction aéronautique.

Côté rentabilité, les entreprises industrielles interrogées sont 46% à enregistrer une baisse en 2020, 24% à la voir stable et 30% à constater une augmentation. Mais elles ne sont plus que 19% à prévoir une rentabilité en baisse pour 2021. Cette chute pour 2020 s’explique par des coûts accrus liés aux protocoles sanitaires ainsi que par l’augmentation des prix des matières premières. Les effectifs, quant à eux, ont connu une diminution notable de 5,3% en 2020 liée à un ajustement via l’intérim (-35%) et le souci de conserver les effectifs permanents. Pour 2021, les chefs d’entreprise se montrent prudents et prévoient une hausse des effectifs de 0,6% et toujours une baisse de l’intérim à – 1,4%.

 

enquête de conjoncture

Source : CCI Nantes-St Nazaire, enquête de conjoncture menée auprès de 2322 entreprises entre le 14 et le 28 janvier.

 

Même prudence pour les investissements, avec de grosses variations selon les secteurs d’activité : – 18% au global en 2020 dont – 27% pour les matériels de transport mais – 8% pour l’agroalimentaire. Quand il est prévu, en 2021, + 14,1% au global mais seulement +2% pour l’agroalimentaire et + 4% pour les matériels de transport, contre + 19% pour les équipements électriques et électroniques et + 25% pour les autres produits industriels.

Pour les services marchands, qui représentent la moitié des effectifs en Pays de la Loire, le chiffre d’affaires a aussi diminué mais dans une moindre mesure que pour l’industrie : – 6%. À noter que seules les activités d’information-communication ont enregistré une hausse de CA de 3% en 2020. Les services marchands soulignent aussi de meilleures prévisions pour 2021 à +7,4% d’activité. Le niveau de rentabilité est plus équilibré que pour l’industrie, avec une part des entreprises ayant une rentabilité stable en 2020 de 38% et de 25% en augmentation. Pour 2021, près de la moitié prévoit une rentabilité stable et seulement 15% une diminution. Les effectifs des services marchands se sont contractés de 2,3% en 2020 mais de 34% pour l’intérim. Pour 2021, comme pour l’industrie, une faible augmentation est prévue (2,4%) et une nouvelle baisse pour l’intérim (- 1,2%).

Côté investissement, la baisse est modérée (- 2,7%) et entraînée vers le bas par le secteur du conseil et de l’ingénierie. Car l’info-com et les transports et entreposage ont continué d’investir en 2020, +11 et +12% respectivement. Cette baisse devrait être amplifiée en 2021 avec une prévision de – 5,4% en particulier pour les transports et entreprosage cette fois (- 14%).

Enfin, pour la construction, l’activité a diminué, comme pour l’industrie, de près de 8%. Mais le rebond prévu est bien plus important pour 2021 : près de 11% de hausse. Gros écarts aussi du côté de la rentabilité : près de la moitié des entreprises interrogées constatait une diminution de leur rentabilité en 2020 mais elles ne sont plus que 11% à le prévoir pour 2021. 45% l’envisagent stable et 44% la voit augmenter. Les effectifs suivent grosso modo les mêmes évolutions que l’industrie et les services marchands. Sauf que, pour 2021, il est prévu un recours accru d’intérimaires de 10%. Un chiffre en cohérence avec la hausse d’activité attendue. En revanche, si les entreprises du BTP ont continué d’investir en 2020 (+2,2%), le niveau devrait baisser en 2021 (- 7,8%).

« Les chefs d’entreprise, qui anticipent une reprise de leur activité malgré les incertitudes liées à l’évolution de la situation sanitaire, affichent un certain niveau de confiance pour 2021 », conclut Hassiba Kaabêche.