Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Le premier site de production d’hydrogène vert offshore est né

Prouver qu’il est possible de produire massivement de l’hydrogène vert en mer, là où l’énergie est beaucoup plus disponible que sur terre : telle est l’ambition de Sealhyfe, un site pilote inauguré le 22 septembre à Saint-Nazaire. Une première mondiale.

Lhyfe, hydrogène

Le premier site pilote de production d’hydrogène vert en mer a été inauguré officiellement par Matthieu Guesné, président de Lhyfe, le 22 septembre © Lhyfe

« C’est une fierté pour le territoire ». C’est par ces mots que Richard Thiriet, conseiller régional délégué à l’industrie, par ailleurs dirigeant de plusieurs entreprises industrielles 1, a salué l’inauguration de Sealhyfe le 22 septembre au port de Saint-Nazaire. Car ce site pilote de production d’hydrogène renouvelable offshore constitue une « première mondiale ». Ce que n’ont pas manqué de rappeler les différents acteurs associés à cette innovation.

Si les mots sont forts, c’est que cette plateforme doit permettre de produire en masse et sur le territoire de l’hydrogène vert. Actuellement en effet, 95 % de l’hydrogène est fabriqué à partir d’énergies fossiles ou d’hydrocarbures très émissifs de CO2. L’alternative choisie par Lhyfe, acteur central du projet Sealhyfe (lire l’encadré), est de produire de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables en recourant à la technique de l’électrolyse de l’eau 2. Dans une première étape, la jeune entreprise a choisi de s’appuyer sur l’éolien terrestre, mais pour changer d’échelle afin d’alimenter les besoins colossaux liés à la mobilité et à l’industrie, Lhyfe s’est intéressée dès le départ à l’éolien offshore. « Plus on va loin des côtes, et plus on a d’énergie, a ainsi souligné Matthieu Guesné, fondateur et dirigeant de l’entreprise basée à Nantes. Rendez-vous compte, on peut produire à l’échelle mondiale 18 fois la consommation d’électricité mondiale ! » Et d’ajouter dans un contexte où la souveraineté en matière d’énergie nous fait cruellement défaut : « Avec 4 % de l’espace maritime européen, on peut produire suffisamment d’hydrogène pour remplacer le gaz russe. Il faut le faire et nous le faisons, avec nos partenaires. »

UN PROJET COLLABORATIF

Car si Lhyfe était le maître de cérémonie de cette inauguration, Sealhyfe est bien le fruit d’une vision et d’un travail collectif assis sur une somme de compétences. « C’est une histoire de rencontres», a d’ailleurs résumé Jean-Luc Longeroche, cofondateur et président de Geps Techno, pour parler de cette collaboration.

Cet « innovation lab » guérandais spécialiste de l’autonomie en mer est propriétaire de la barge qui supporte le démonstrateur. Sealhyfe a en effet été embarqué sur une barge flottante qui comprend une unité de désalinisation d’eau de mer appartenant à Lhyfe et un électrolyseur fabriqué par l’américain Plug Power. La plateforme dispose également d’une double éolienne à l’allure très différente de celles que l’on peut désormais voir au large du Croisic. Développée par la société Hydroquest basée près de Grenoble, elle a été conçue pour faire face aux conditions extrêmes qui l’attendent en mer (forte houle, flux multi-directionnels du vent). Enfin, des panneaux photovoltaïques complètent le dispositif. Le projet a, en outre, bénéficié de l’expertise des Chantiers de l’Atlantique quand, de son côté, Eiffage énergie systèmes, en charge de la phase chantier, a mis ses ressources à disposition. Sans oublier le soutien financier de l’Ademe et de la Région.

UNE EXPÉRIMENTATION EN DEUX ÉTAPES

Durant les mois qui viennent, le démonstrateur restera à quai au port de Saint-Nazaire. Le temps de tester l’ensemble des équipements (systèmes de désalinisation, refroidissement, contrôle à distance, gestion de l’énergie…). Puis, au printemps, Sealhyfe partira en mer à une vingtaine de kilomètres au large du Croisic, sur le site d’essai en mer Sem-Rev opéré par Centrale Nantes. Il y restera une année durant laquelle il sera alimenté en électricité par l’éolienne flottante installée sur le site en 2018. Sealhyfe a la capacité de produire jusqu’à 400 kg d’hydrogène vert renouvelable par jour, soit une puissance de 1 MW.

Au terme de cette expérimentation, « Lhyfe disposera d’une somme de données considérable, qui devrait lui permettre de concevoir des systèmes de production en mer matures, et de déployer des technologies robustes et éprouvées à grande échelle, s’inscrivant dans les objectifs européens de production d’hydrogène renouvelable de 10 millions de tonnes par an d’ici 2030 », indique l’entreprise. Une accélération bienvenue face à l’urgence climatique.

 

  1. CNI, Metalmade, SMIB
  2. Cette technique consiste à faire passer un courant électrique dans l’eau pour décomposer la molécule d’eau H2O en oxygène (O2) d’un côté, et en hydrogène (H2) de l’autre.

 

LHYFE, UNE CROISSANCE FULGURANTE

Créée en 2017 sans salariés, l’entreprise fondée et dirigée par Matthieu Guesné a connu en quelques années un développement fulgurant. Enchaînant les levées de fonds (184 M€ depuis 2019), la jeune pépite qui produit et fournit de l’hydrogène vert pour les besoins en mobilité et pour l’industrie a été introduite en Bourse en mai dernier.

Forte d’une première usine de production inaugurée à Bouin (Vendée) en 2021, à quelques mètres de l’océan, Lhyfe s’est engagée dans une course contre la montre pour faire partie des acteurs de premier plan sur ce marché de l’hydrogène vert promis à un bel avenir. Début septembre, elle a ainsi annoncé l’ouverture de sa sixième filiale européenne au Royaume-Uni (après l’Allemagne en 2020, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède en 2021 et l’Espagne en 2022).

Au début de l’été, soit 2,5 ans après son lancement commercial, Lhyfe a franchi la barre des 100 personnes. Au cours de ces deux ans et demi, l’entreprise a ainsi doublé ses effectifs tous les six mois.

Elle ambitionne désormais de les doubler chaque année pour accompagner son développement.