Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Vers une mobilité décarbonée des entreprises

Dans un contexte de réchauffement climatique et géopolitique instable, où le prix des carburants est très volatile, le verdissement des mobilités est un enjeu stratégique pour les entreprises. Quelles sont les réglementations à respecter ? Quelle énergie choisir en fonction de ses usages ? La conférence organisée le 20 septembre aux Sables d’Olonne, dans le cadre de la 9e édition du Vendée énergie tour, avait pour objectif de répondre à ces questions.

ENTREPRISE, MOBILITE, Vendée

Le verdissement des flottes d’entreprise est en route. Le sujet était au cœur d’une conférence du Vendée énergie tour © IJ

En France, en 2019, le transport représentait 31 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) et 94 % des émissions de ce secteur provenaient du transport routier 1. La décarbonation des mobilités est désormais une priorité et les entreprises ont un rôle à y jouer. D’où l’idée du Vendée énergie tour de proposer une conférence autour de la transition énergétique des mobilités pour les collectivités et entreprises. Depuis neuf ans, cet événement organisé par le Sydev 2, valorise les initiatives et les innovations en termes de mobilité bas carbone et de production d’énergie bas carbone.

UNE EXIGENCE RÉGLEMENTAIRE

À ce jour, plusieurs réglementations visent à verdir la mobilité. La loi européenne Cafe 3 oblige ainsi les constructeurs automobiles à produire des véhicules moins polluants. La fin des véhicules thermiques à l’horizon 2035 s’inscrit aussi dans cette logique de décarbonation des transports, tout comme le déploiement progressif des ZFE-m (zones à faibles émissions mobilité) d’ici 2025. Les ZFE concernent les villes de plus de 150 000 habitants et toute ville volontaire. Dans ces territoires, les véhicules les plus polluants seront soumis à des restrictions de circulation selon les règles définies par chaque collectivité. En Pays de la Loire, Nantes, Saint-Nazaire, Angers et Le Mans disposeront de ZFE. Rien n’est annoncé à ce jour en Vendée.

À cela s’ajoute la loi Lom (loi d’orientation des mobilités) qui impose aux entreprises disposant d’une flotte de plus de 100 véhicules, avec un poids autorisé en charge inférieur ou égal à 3,5 tonnes, de verdir progressivement, à chaque renouvellement, leur parc automobile.

UN DÉPARTEMENT PRÉCURSEUR

En matière d’énergie bas carbone, la Vendée est à la pointe.

« Elle s’est lancée il y a 20 ans dans la production d’énergie solaire et a inauguré sa première unité de biogaz en 2017 », souligne Laurent Sorin, chargé de production GNV chez Vendée énergie 4. Ce gaz vert, issu de la méthanisation des déchets agricoles et des déchets produits par l’industrie agroalimentaire, représente 10 % de la consommation annuelle de gaz dans le département. Le territoire vise les 30 % en 2030 et l’indépendance énergétique en 2050. Le bioGNV est distribué dans six stations en Vendée 5. Une septième devrait ouvrir prochainement aux Sables d’Olonne. C’est une bonne nouvelle pour l’environnement : un camion roulant au bioGNV émet 80 % de Co2 en moins qu’un véhicule diesel.

C’est aussi en Vendée, à Bouin, qu’est né en 2021 le premier hydrogène 100 % vert au monde, produit par la start-up nantaise Lhyfe avec l’électricité des éoliennes de Vendée énergie. Grâce à ce mix énergétique, la Vendée a ouvert sa première station multi-énergie (bioGNV, électricité et hydrogène verts) en décembre 2021 à La Roche-sur-Yon. Deux nouvelles stations verront le jour en 2023 : l’une aux Sables d’Olonne, l’autre à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

À CHAQUE USAGE, SON ÉNERGIE VERTE

Si ces technologies sont matures, elles s’adressent à des mobilités différentes. L’autonomie d’un véhicule électrique peut atteindre 350 km sur route et de nombreuses applications permettent de trouver des bornes de recharge ultra-rapides sur son trajet. La Vendée dispose de 500 bornes et ambitionne d’en avoir 2 300 à l’horizon 2030. L’électrique convient parfaitement aux véhicules légers inférieurs à 3,5 tonnes.

Comment équiper le parking de son entreprise ? « Il faut d’abord qualifier ses besoins et définir ensuite le nombre de bornes électriques, répond Guillaume Bardin, technicien mobilité durable du Sydev. Puis il faut se demander qui pourra les utiliser : la flotte d’entreprise, les salariés, les visiteurs, le grand public ? Et penser que ce ne sera pas forcément gratuit. »

Investir dans un véhicule électrique est-il pertinent à l’heure actuelle ? « Le prix d’achat tend à baisser et le coût d’entretien et les assurances sont moins chers que pour le thermique, indique Guillaume Bardin. L’investissement se rentabilise à partir de 15 000 km par an. »

Le bioGNV et l’hydrogène vert conviennent eux parfaitement à des usages intensifs et des véhicules lourds. « Pour tout ce qui n’est pas électrifiable, comme un camion. La batterie serait en effet trop lourde et le temps de charge interminable. Mais si la technologie et les usages de l’hydrogène vert sont matures, l’offre commerciale n’est pas encore à niveau, reconnaît Laurent Sorin. Pour les poids lourds, il faudra sans doute patienter jusqu’en 2025-2027. En attendant, il est possible de rétrofiter ses camions, c’est-à-dire transformer un véhicule thermique en véhicule vert. » À La Roche-sur-Yon, la société E-Néo est en train de faire homologuer deux poids-lourds roulant à l’hydrogène. « Le développement des véhicules roulant à l’hydrogène s’accélèrera le jour où le maillage des stations vertes sera renforcé sur le territoire français, estime François Challet, responsable projet hydrogène au Sydev. D’ici une dizaine d’années, cette technologie sera parfaitement adaptée au transport longue distance de passagers et de marchandises. En attendant, l’hydrogène est une énergie parfaitement adaptée au transport départemental ou régional. »

 

  1. Source : Notre-environnement.gouv.fr
  2. Syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée.
  3. Corporate average fuel economy.
  4. Syndicat d’économie mixte créé par le Sydev pour développer, construire et exploiter des installations d’énergie renouvelable.
  5. Sur les 18 que comptent les Pays de la Loire.

 

DES ALTERNATIVES À LA MIGRATION DES FLOTTES

Pour décarboner leur mobilité, les entreprises peuvent aussi repenser leurs pratiques, que ce soit en interne ou pour les trajets domicile-travail, en privilégiant le vélo ou le train selon la distance, ou bien en favorisant le télétravail pour limiter le nombre de salariés sur la route.

Autres pistes à explorer : l’autopartage des véhicules électriques de la flotte d’entreprise, le covoiturage pour les déplacements professionnels – pour une réunion au siège par exemple – ou la sensibilisation à l’écoconduite.

Pour en savoir plus sur la mobilité durable et sur l’optimisation des flottes de véhicules : Sydev-vendee.fr