Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Le Pays de Mortagne repense son développement économique

Situé entre Les Herbiers et Cholet, le Pays de Mortagne possède un tissu économique attractif et diversifié composé de TPE et PME. Mais face à la raréfaction de son foncier, la collectivité vendéenne vient d’élaborer une nouvelle stratégie de développement économique pour maintenir son dynamisme ces prochaines années sans artificialiser davantage les surfaces agricoles.

pays de mortagne, vendée, développement économique

La zone d'activité de Maunit, l'une des 28 ZAE du Pays de Mortagne. © Jerémy Gaborit

Au cœur du Bocage vendéen, le Pays de Mortagne est un territoire de 28 000 habitants qui s’étend sur 11 communes (1). Il accueille environ 2 300 établissements économiques et 11 000 salariés, pour un taux de chômage de 3,5 % (2). Plus de 9 entreprises sur 10 sont des TPE ou PME. L’industrie (métallurgie, agroalimentaire…) y représente 43 % des emplois, les transports et la logistique 15 %, autant que l’hébergement et la restauration. On y trouve aussi des entreprises de la construction, des services et de l’agriculture.

« La richesse de notre activité économique, c’est bien sa diversité, souligne Guillaume Jean, président de la collectivité. En cas de retournement de conjoncture, cela évite d’être trop fragile. Contrairement à nos voisins des Herbiers ou de Cholet, nous n’avons pas de très grosses entreprises. L’objectif de notre nouvelle stratégie de développement économique 2022-2026, validée par les élus communautaires mi-septembre, n’est pas de les copier mais bel et bien de conserver notre écosystème de TPE et PME diversifié. »

Densifier et optimiser les ZAE

Pour continuer à surfer sur ce dynamisme, le Pays de Mortagne doit prendre en compte la raréfaction du foncier économique disponible. « Avoir beaucoup de petites entreprises consomme plus de terrain que si nous en avions quelques grandes, analyse Guillaume Jean. D’où la nécessité de penser autrement les zones d’activités économiques de demain sans empiéter davantage sur le territoire agricole. C’est le premier axe de notre stratégie. »

À ce jour, les 28 ZAE du Pays de Mortagne, réparties sur 33 hectares, hébergent 287 entreprises dont les plus importantes se trouvent historiquement à Chanverrie (Dachser), Mortagne-sur-Sèvre (La Boulangère, Rautureau SAS, Cogelec…), ou Saint-Laurent-sur-Sèvre (Gruau Vendée…). Ces ZAE emploient 5 500 personnes. Chaque année, l’extension ou l’arrivée de nouvelles entreprises consomment en moyenne 3,2 ha (3) de foncier économique, soit l’équivalent de dix parcelles par an. Or, il reste actuellement 45 ha de terrain disponible à la vente : les deux tiers appartiennent à la collectivité, le reste se trouve sur le Vendéopôle de Chanverrie. À cela s’ajoutent, au sein de ces ZAE, 40 ha de réserves foncières a priori densifiables et appartenant à des privés, entreprises et particuliers.

« Derrière cette volonté de densifier et optimiser le foncier économique disponible, l’objectif est de donner un cap, d’anticiper les besoins des entreprises pour mieux les accompagner dans leurs développements futurs. Nous souhaitons privilégier le développement d’entreprises existantes plutôt que d’aller chercher des entreprises extérieures, précise Guillaume Jean. Notre taux de chômage étant faible, la main-d’œuvre employable est limitée. De plus, comme de nombreux territoires, nous n’avons pas les moyens de loger tous ces nouveaux salariés (lire l’encadré). Nous ne voulons pas développer un écosystème avec des entreprises XXL. Nous préférons rester vigilants à l’insertion économique et paysagère des ZAE de demain pour qu’elles restent attractives. Leur aménagement doit rester harmonieux. »

Une économie circulaire et de proximité

Engagé depuis 2016 dans une démarche d’écologie industrielle et territoriale (EIT), acteur de « territoire zéro déchet zéro gaspillage » et lauréat en 2019 d’un projet régional autour de l’économie circulaire (4), le Pays de Mortagne a souhaité renforcer son soutien à une économie circulaire, durable et de proximité dans sa nouvelle stratégie de développement économique. « Nous voulons encourager les entreprises et les start-up qui travaillent sur ce sujet de l’économie circulaire, indique Guillaume Jean. La première marche consiste à faciliter les synergies entre les entreprises locales pour optimiser les ressources. La seconde est de structurer un réseau local d’écoconception et d’écoconstruction. »

Illustrant cette démarche vertueuse, plusieurs entreprises du Pays de Mortagne participent en ce moment à une expérimentation de revalorisation des textiles et cuirs à l’échelle des Pays de la Loire (5). menée conjointement par la collectivité, la CCI Vendée, la Cress (6) et le collectif Emergence (7). C’est dans ce cadre que B. Solfin, basé à Chanverrie, a donné 50 kg de chutes de production de fin de ligne afin qu’ils puissent trouver une seconde vie. C’est le chantier d’insertion Atima, situé à Cholet, à 30 kilomètres, qui a trié et revalorisé ce textile industriel. Ce gisement sera prochainement distribué en boutiques solidaires et matériauthèques afin d’être réemployé et revalorisé par des artistes, designers et créateurs.

La priorité est aussi de développer le commerce de proximité et de soutenir les commerces de centre bourg. « C’est un sujet compliqué, reconnaît Guillaume Jean. Il y a tout un modèle économique à mettre en place, une logistique à imaginer pour rester local. Il faut réussir à mettre en place une filière de proximité, sans surenchérir sur les prix, et réussir à l’ancrer dans le quotidien des gens. »

Faire mieux ensemble

« Mobiliser pour mieux faire collectivement » est donc le troisième étage de la fusée stratégique du Pays de Mortagne pour atteindre ses objectifs de développement économique. La collectivité entend ainsi dynamiser sa communication, la rendre plus offensive « afin de valoriser le territoire, ses entreprises et son cadre de vie ». Guillaume Jean ajoute : « Notre mission ne consiste plus seulement à vendre du foncier dans les ZAE. Notre rôle est désormais d’accompagner les entreprises dans leurs besoins de recrutement et de formation et de valoriser leurs métiers via l’organisation de journées portes ouvertes, ou à travers des partenariats entreprises/écoles. Nous devons les aider à mieux communiquer mais aussi développer l’offre de logement salariés. Aux côtés d’autres acteurs locaux comme le Département, la Région, Initiative Vendée Bocage ou le club d’entreprises Challenges du Pays de Mortagne, nous devons être un interlocuteur de proximité pour les entreprises afin de continuer à nous développer. »

 

[1] Chanverrie, La Gaubretière, Les Landes-Génusson, Mallièvre, Mortagne-sur-Sèvre, Saint-Aubin-les-Ormeaux, Saint-Laurent-sur-Sèvre, Saint-Malô-du-Bois, Saint-Martin-des-Tilleuls, Tiffauges et Treize-Vents.

[2] Au 2e trimestre 2022 pour l’ensemble du bassin d’emploi Les Herbiers-Montaigu.

[3] Données du Scot, schéma de cohérence territoriale.

[4] Projet « Économie circulaire » lancé par la Région Pays de la Loire, l’Ademe (Agence de la transition écologique) et la Dreal Pays de la Loire (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement). A permis à la collectivité de bénéficier d’aides pour poursuivre ses actions d’écologie industrielle.

[5] « Valoriser les matériaux de seconde vie au sein d’une filière régionale », IJ n°7119.

[6] Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire.

[7] Fédère les créateurs de mode et accessoires de mode en Pays de la Loire.

Habiflex : un habitat innovant pour attirer les futurs salariés

Vendée, pays de Mortagne, Habiflex

L’installation des maisons Habiflex a débuté fin octobre sur le parc de logements du Domaine de la Grange, terrain mis à disposition par la municipalité de Chanverrie ©IJ

À Chanverrie, commune de 5 500 habitants, les premières maisons modulaires du concept innovant Habiflex ont été inaugurées le 26 octobre dernier. Au total, 20 maisons en ossature bois de 65 m² vont être proposées aux futurs salariés des entreprises du Pays de Mortagne. Les premiers locataires emménageront en décembre.
« Avec la tension du marché de l’immobilier, la raréfaction du foncier ou encore les enjeux de normes, on a trouvé une solution pour faire rapidement des logements de qualité destinés aux salariés en mobilité professionnelle », explique Gonzague Noyelle, directeur général du bailleur social Podeliha (filiale immobilière du groupe Action Logement), qui a créé, en lien avec l’association Escales Ouest, la marque Habiflex. La construction des premiers logements a été lancée au premier trimestre 2022.

La démarche est présentée comme inédite et innovante pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que les logements proposés sont déplaçables et transitoires. Les habitants pourront y résider pour une durée de 12 mois avec la possibilité de prolonger le bail d’un an supplémentaire, et bénéficieront ensuite d’un accompagnement personnalisé afin de trouver une solution de logement pérenne. Le prix du loyer, qui se veut accessible au plus grand nombre, s’élèvera entre 333 € et 376 € par mois, selon les conditions de ressources.
L’innovation réside aussi dans la construction. Ces maisons en bois ont été réalisées en six mois seulement, dans les locaux de Leco², une entreprise située en Loire-Atlantique, à Vallons-de-L’Erdre. La construction hors-site permet de limiter les nuisances et les déplacements des intervenants. Les logements, qui respectent la nouvelle réglementation environnementale (RE 2020), proposent le confort d’une maison classique : cuisine ouverte, pièce de vie de plus de 30 m², deux chambres, salle de bain avec douche, cellier, jardin individuel avec terrasse.
Au bout de sept ans, les maisons seront déplacées vers un ou d’autres territoires qui auront à leur tour des besoins de logements. Les matériaux seront réutilisés à plus de 95 %. Le terrain de nouveau disponible pourra lui accueillir un nouveau projet : logements, équipements ou activité économique. Podeliha a investi 3,7 M€ sur dix ans pour le projet Habiflex, bénéficiant du soutien financier d’Action Logement Services (550 000 €) et de l’État (456 000 €).

Par Alexandrine Douet.