Couverture du journal du 30/09/2022 Consulter le journal

La Vendée, centre de la robotique industrielle française ?

Si la Vendée possède un socle industriel fort – environ 40 % des entreprises locales – son potentiel d’automatisation constitue un enjeu de performance pour le territoire. Une filière d’excellence liée à la robotique industrielle s’est ainsi constituée depuis la Roche-sur-Yon pour accompagner les entreprises sur la voie de la robotisation. Explications.

Vendée Proxinnov

© D. R.

« En France, 90 % des entreprises industrielles sont des PME ou des TPE, indique Jade Le Maître directrice générale du cluster robotique régional Proxinnov, basé à la Roche-sur-Yon. En tant que centre de ressources technologique labellisé par l’État, notre rôle est de les accompagner dans leur automatisation, tout en animant la filière. Il s’agit de faire se rencontrer ceux qui construisent des robots ou des technologies associées, des intégrateurs et des industriels afin de mieux comprendre le marché, adapter leurs solutions et, in fine, faire du business. Pour cela, nous adressons deux types d’industriels : d’une part, ceux qui n’ont pas encore de réflexion autour de la robotisation. L’accompagnement se fait alors sur de la formation, de l’audit et du conseil. Nous allons même jusqu’à la réalisation de prototypes développés au sein de notre usine pilote. Et d’autre part, des industriels déjà engagés sur la voie du 4.0 ayant des besoins d’accompagnements “expert” pour avancer plus vite.

UNE ASSOCIATION NEUTRE, TIERS DE CONFIANCE

Proxinnov compte 182 adhérents dont 60 % en Pays de la Loire. « Cela signifie que 40 % de nos membres se situent en dehors et même à l’étranger, précise la directrice générale. Nous accompagnons en moyenne entre 15 à 20 projets par an ». Des projets de robotique agile (il s’agit de tirer parti des nouvelles technologies pour permettre à des non-robo- ticiens d’utiliser des robots), des projets liés à l’ergonomie des postes de travail (robotique mobile, exosquelettes…) et enfin des projets de sensibilisation auprès des opérateurs et des managers. « Lorsque l’on introduit une technologie robotique dans une usine, c’est pour seconder des opérateurs sur une ligne de production, explique Jade Le Maître. Ce n’est jamais neutre puisque l’on change en profondeur leur manière de travailler ». Un dynamisme sur le terrain qui peut aussi compter sur l’appui du réseau académique (l’Université de Nantes possède une antenne à la Roche-sur-Yon) et des initiatives privées qui fleurissent aux quatre coins du territoire.

ACCÉLÉRER DE JEUNES ENTREPRISES PAR L’EXPÉRIENCE

C’est le cas du Pôle C aux Sables d’Olonne, porté par le groupe MG Tech, un industriel local. Spécialiste des lignes d’emballage, il conçoit des machines d’emballage carton avec des compétences fortes en robotique intégrée et mobile. Dirigé par Éric Gautier, le groupe emploie plus de 200 personnes et vise un chiffre d’affaire de 40 M€ d’ici la fin de l’année. En 2020, son président a eu l’idée de créer un lieu d’accueil et d’accompagnement pour les entreprises des secteurs numérique et robotique. « Des projets en phase de développement, déjà validés par un prototype, précise Éric Gautier. Le pari était le suivant : plutôt que de passer par des fonds, nous proposons d’accélérer leur business par le biais de l’expérience. On mise davantage sur l’accompagnement par des entreprises industrielles matures comme la nôtre, le partage de carnets d’adresses et de bonnes pratiques ». Implanté autour de la zone Numerimer, le Pôle C offre des blocs modulables de conception et de réalisation : en tout, 1 200 m² d’ateliers et 700 m² de bureaux. Toutefois, la crise liée au Covid puis à la pénurie des composants électroniques a ralenti le sourcing des projets robotiques. « Les six entreprises hébergées actuellement sont issues de la filière numérique mais nous opérons une veille active pour capter des entreprises pouvant mieux répondre à notre cahier des charges », insiste l’entrepreneur. « Les Sables d’Olonne est une terre d’accueil entrepreneuriale agréable, facile d’accès mais nous devons encore travailler notre positionnement », résume-t-il. « Nous ne bénéficions pas de l’aura locale voire nationale d’une plateforme telle que Proxinnov, mais si les différents acteurs travaillent ensemble, nous pourrons créer des connecteurs capables de fédérer tout un écosystème ».

Vendée

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En attendant, d’autres initiatives font parler d’elles. Début septembre, l’enseigne Cash and Repair, spécialiste de la réparation d’appareils mobiles, a présenté Bobee, un robot capable de démanteler des smartphones pour leur donner une seconde vie. « À notre connaissance, il n’existe pas d’équivalent dans le monde », annonce Bertrand Lepineau, son fondateur. « On a fait de la revalorisation notre cheval de bataille. Et d’ajouter : il existe une grosse différence entre revalorisation et reconditionnement. Un appareil reconditionné reste fabriqué avec des pièces neuves nécessitant d’extraire du sol divers minerais dans des conditions qui ne respectent ni l’homme ni la planète. En revanche, revaloriser c’est refaire ou réparer des appareils à partir de pièces détachées de seconde main. Pas besoin de puiser de nouveau dans des ressources naturelles puisque les composants existent déjà ! Notre ambition est de partager ce robot en le vendant aux acteurs européens et américains du reconditionnement afin de les faire passer du statut de reconditionneur à revalorisateur !» Le Vendéen est en bonne voie de remporter son pari. En mars 2022, le gouvernement américain a accordé une subvention de 475 000 $ à une entreprise pour créer un robot démanteleur de smartphones comme Bobee. Un projet qui devrait se concrétiser d’ici deux ans. « Savoir qu’une PME vendéenne a deux ans d’avance sur les Américains nous donne des ailes, s’enthousiasme le dirigeant. C’est dire l’importance de l’enjeu pour la filière. »

UNE RÉVOLUTION POUR L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE

Bobee a été conçu pour démanteler sans interruptions différents modèles de téléphones. « Il peut faire n’importe quel appareil à partir du moment où on lui a injecté un modèle de trajectoire. Nous travaillons déjà sur des développements, précise l’entrepreneur. Aujourd’hui on a un bras qui sait tout faire, demain on aura plusieurs bras spécialisés afin d’augmenter la capacité de démantèlement. Nous quittons la phase de test pour lancer la production. Si tout va comme prévu, Bobee devrait permettre la création de 50 emplois non délocalisables l’année prochaine ». L’accueil réservé au robot dépasse les espérances du dirigeant. « Le sénateur de la Vendée, Didier Mandelli, qui est aussi vice-président de la commission de l’aménagement du territoire et développement durable est venu nous rencontrer récemment. Il nous a dit que c’était une révolution pour le monde de l’économie circulaire. Nous lui avons remis un dossier afin de le présenter au ministre ». Une success-story à suivre…

QUOI DE NEUF CHEZ PROXINNOV EN 2023 ?

La plateforme régionale vient de lancer le club industrie 4.0, un groupement d’une vingtaine d’industriels qui se réunit tous les deux mois dans le but de s’acculturer à la robotique et de monter en compétence. Une première édition s’est tenue en septembre, en partenariat avec le groupe vendéen Atlantic. Au programme : des visites d’usines, l’échange de bonnes pratiques suivies de l’intervention d’un expert sur de nouveaux sujets (data, cybersécurité, etc.) En parallèle, Proxinnov réfléchit avec l’Université de Nantes et le laboratoire LS2N (Laboratoire des sciences du numérique de Nantes), à la création d’une chaire sur un sujet d’efficacité énergétique pour l’industrie, en lien avec la robotique. Cette chaire se voudrait tripartite entre Proxinnov, le laboratoire et un industriel. Des discussions sont d’ores et déjà en cours avec plusieurs candidats et devraient aboutir prochainement.