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Arbre aux hérons : Nantes Métropole jette l’éponge

Estimé à 52,4 M€ en 2020, le budget de l’Arbre aux hérons a récemment explosé à plus de 80 M€ en raison de l’inflation et de nouveaux marchés publics à passer. De quoi dissuader Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de la métropole, de le concrétiser dans un contexte de crise de l’énergie et d’urgence écologique et sociale.

Présenté comme le “symbole du dynamisme“ de la métropole, l’Arbre aux hérons devait être construit autour d’une structure de bois et d'acier de 1 500 tonnes, haute de 35 mètres pour 55 mètres de diamètre.

Présenté comme le “symbole du dynamisme“ de la métropole, l’Arbre aux hérons devait être construit autour d’une structure de bois et d'acier de 1 500 tonnes, haute de 35 mètres pour 55 mètres de diamètre. © Compagnie-La-Machine-scaled

La carrière Miséry de Nantes n’aura finalement pas son Arbre aux hérons. Présenté comme le “symbole du dynamisme“ de la métropole, il devait être construit autour d’une structure de bois et d’acier de 1 500 tonnes, haute de 35 mètres pour 55 mètres de diamètre. L’arbre devait être constitué d’une vingtaine de branches, accueillir des jardins suspendus, mais également un bestiaire mécanique installé à une vingtaine de mètres de haut, avec un héron de 16,50 mètres d’envergure qui aurait embarqué des passagers. Seulement voilà, le 15 septembre dernier, Johanna Rolland, la maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole a annoncé à la surprise générale l’abandon du projet.

IL NOUS APPARAÎT AUJOURD’HUI QU’UN PROJET D’ARBRE AUX HÉRONS À 80 M€, C’EST TROP

Au terme de l’instruction préalable du projet, l’avis définitif de la Préfecture a en effet imposé à la métropole de passer plusieurs nouveaux marchés publics pour la réalisation et d’acquisition de l’arbre, avec un surcoût important à la clé (13 M€). De plus, la hausse des frais de construction et l’inflation depuis le chiffrage de 2020 (52,4 M€), notamment du bois et de l’acier, ont également fait bondir d’environ 15 M€ le coût total du projet, désormais estimé à 80,4 M€.

« LE CHOIX DE LA RAISON »

C’est dans ce contexte que la présidente de la métropole a tranché : «Il nous apparaît aujourd’hui qu’un projet d’Arbre aux hérons à 80 M€, c’est trop. Trop parce que ce montant ne permet pas de respecter le principe fondamental d’un financement en trois tiers (un tiers par Nantes Métropole, un tiers par le fonds de dotation et le dernier tiers par les collectivités) que j’ai toujours fixé et ainsi de respecter la crédibilité de la parole publique. Trop parce que cette augmentation considérable du coût du projet doit aussi être regardée à l’aune des urgences écologiques et sociales. Un tel projet ne nous apparaît pas compatible avec ce qui doit être engagé, avec ce qui peut être compris. Le choix que nous faisons est celui de la raison. »

UNE RIVIÈRE À LA PLACE DE L’ARBRE

Conséquence de cet abandon, le Jardin extraordinaire, situé dans la partie ouest de la carrière, devrait s’étendre de manière à occuper l’ensemble du site. Il va connaître dans les mois à venir une deuxième phase de travaux, avec notamment l’aménagement d’une rivière. Puis une troisième phase, qui reste à imaginer à l’emplacement qui était prévu pour l’arbre, « avec encore plus de biodiversité et de nature dans cet écrin de la carrière», annonce la municipalité.

Se pose dès lors la question de l’avenir des créatures mécaniques (araignée, héron, fourmi, colibri, papillon…) déjà construites pour l’arbre et actuellement exposées dans la galerie des Machines… La métropole, qui a déjà dépensé 4 M€ pour ce bestiaire, a assuré qu’il sera valorisé auprès du grand public.

LE FONDS DE DOTATION SOUS LE CHOC

Du côté du fonds de dotation de l’arbre, qui rassemble une soixantaine d’entreprises locales mécènes et près de 6000 particuliers, c’est la douche froide, comme l’explique Carine Chesneau, la présidente du fonds, dans un communiqué : «Nous sommes sous le choc de cette nouvelle soudaine. Chacun était conscient du niveau élevé d’ambition et de complexité de ce projet. C’est précisément pour ce défi qu’un collectif de citoyens et d’entreprises s’est mobilisé. L’équipe du fonds de dotation et les mécènes regrettent infiniment que ce grand projet, audacieux et porteur d’avenir pour Nantes, soit abandonné à ce stade. Et ce sans aucune discussion, concertation préalable ou recherche de solutions autour des nouveaux sujets de réglementation, économiques et budgétaires invoqués par Johanna Rolland pour justifier sa décision. Le fonds sera présent aux côtés des mécènes pour soulever les nombreuses questions qui se posent désormais au sujet des conséquences financières, juridiques et fiscales de ce choix et auxquelles la collectivité devra apporter des réponses. » Car dans l’état actuel des choses, personne ne sait qui devra payer les pots cassés de l’abandon de ce projet et assumer les 8,5 M€ déjà engagés (4,5 M€ par la métropole, 2,3 M€ par le fonds de dotation et 1,7 M€ par l’État).

LA CCI ENVISAGE LA PISTE DES FONDS PRIVÉS

Si le projet est abandonné par la métropole, il pourrait néanmoins trouver un avenir grâce à des fonds privés. C’est en tout cas le souhait de la CCI Nantes St-Nazaire qui a publié le 20 septembre dernier un communiqué dans ce sens. La chambre consulaire a d’ailleurs mandaté son président Yann Trichard pour prendre les contacts nécessaires. « Des réunions sont effectivement en cours, a confirmé l’intéressé. Les premiers retours sont très positifs. Les entreprises sollicitées sont très motivées à l’idée de trouver une solution pour concrétiser ce projet, qui était déjà un outil d’attractivité pour le territoire. Il va dans la continuité de l’univers des Machines de l’île, qui fait rêver les Nantais et rayonner la ville. C’est aussi un projet très fort sur le plan environnemental, qui met en avant la biodiversité et la nature à travers la vie des oiseaux. C’est pourquoi je reste convaincu que ce projet serait à Nantes ce que la Tour Eiffel est à Paris. À partir du moment où il s’arrête uniquement pour des raisons de financement, nous nous devons de faire le maximum pour trouver une alternative. »