Couverture du journal du 01/07/2024 Le nouveau magazine

La filière bois pousse avec prudence

En forme, la filière bois ne s’enflamme pas. Ses représentants se sont retrouvés à Nantes, fin mai, pour le Carrefour international du bois. L’occasion de savourer le succès de ce matériau, sans pour autant négliger les défis qui l’attendent.

Jean Piveteau président du Carrefour international du bois, au côté de Géraldine Cesbron, la commissaire générale.

Jean Piveteau président du Carrefour international du bois, au côté de Géraldine Cesbron, la commissaire générale. Photo Marc Roger

Le secteur du bois plie, mais ne rompt pas. Mieux, il prend racine dans de nouveaux champs d’activité. « Notre filière prend la place qu’elle méritait dans la société », résume Jean Piveteau. En témoigne l’ampleur prise par le Carrefour international du bois qu’il préside : la 17e édition, organisée du 28 au 30 mai à Nantes, a accueilli 13 500 visiteurs (quasiment autant que le record 2022) pour 637 exposants (+5 %). Bien loin des débuts de ce salon bisannuel, né en 1992 autour d’une quinzaine de stands. Une autre époque.


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Le bois fait un carton

Aujourd’hui, l’activité est florissante, malgré ses évolutions en dents de scie. Au boom de 2021-2022 a succédé « une contraction de 10 à 15 % en 2023. Mais, depuis cet hiver, on retrouve une augmentation de la consommation », rassure le dirigeant du groupe vendéen Piveteau Bois.

Une dynamique bien partie pour durer, à la faveur de la multiplication des usages de ce matériau, aussi bien dans l’agencement des intérieurs que la construction des bâtiments. Sur ce dernier point, « le bois est en train de glaner des parts de marché importantes, puisque nous maintenons nos volumes sur un secteur pourtant en crise », anticipe Jean Piveteau.

La filière est d’ailleurs à l’offensive : au Carrefour international, l’interprofession a lancé Resobois, plate-forme de mise en relation entre acteurs de la construction bois. Un marché sur lequel « les Pays de la Loire sont très en avance », se réjouit Jean Bureau, président du Fibois régional. L’association représentant la filière compte 179 entreprises locales pour 4 000 salariés.

L’essor fait des jaloux

Pour autant, « on n’est pas arrivé à la fin du chemin », prévient Géraldine Cesbron, la commissaire générale du Carrefour. « Nous avons des progrès à faire, dans le réemploi par exemple, mais aussi des nouveaux produits à aller chercher. »
Problème : le bois manque de bras. En Pays de la Loire, jusqu’à 8 000 recrutements sont prévus en 2025. Or, avec l’essor de ce matériau, « des entreprises hors filière (promoteurs immobiliers, majors du BTP, etc.) cherchent désormais à capter nos compétences », s’inquiète Jean Piveteau.

Victime de son succès, la filière attire aussi l’attention des autorités. Pour le meilleur, avec un soutien appuyé de l’État au nom de la réindustrialisation, comme pour le pire, en raison de réglementations accrues autour de la sécurité incendie des constructions bois ou avec l’écocontribution sur les déchets du bâtiment. Le patron vendéen dénonce des exigences inadaptées à son secteur. Voire des décisions « plus ou moins influencées ». « Les lobbies d’autres matériaux, comme le béton, sont très contents de nous mettre des bâtons dans les roues », décrypte Jean Bureau.

Mais au-delà de ces batailles économiques pèse une menace plus existentielle : le réchauffement planétaire. « La forêt pousse moins vite et le taux de mortalité des arbres progresse », constate Jean Piveteau. « On veille au grain. » Au programme : accélérer les plantations, densifier les surfaces, adapter les pratiques. Avec l’espoir que le récent retour en force du bois ne soit pas l’arbre qui cache la forêt de la crise climatique qui vient.