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Les entreprises s’engagent pour les jeunes des quartiers sensibles

Après bientôt deux ans d’existence à Nantes Métropole, la dotation d’action territoriale (DAT) lancée par la fondation Break Poverty et financée par 22 entreprises mécènes renforce les moyens de neuf associations qui œuvrent contre la pauvreté des jeunes issus des quartiers sensibles.

Fondation Break Poverty, jeunes

© Fondation Break Poverty

Si Nantes affiche l’un des taux de chômage les plus faibles de France, la situation des 15 quartiers prioritaires de la métropole (Bellevue, Malakoff, les Dervallières, Pin Sec, Château à Rezé…) reste préoccupante. « Près de la moitié des jeunes y vivent sous le seuil de pauvreté », confirme Juliette Ovelacq, déléguée régionale grand Ouest de Break Poverty Foundation.

Partant de ce constat et suite à une première expérience réussie dans la Drôme, la fondation mobilisait en septembre 2019 plus de 100 chefs d’entreprise pour décliner sur Nantes Métropole un dispositif de mobilisation des entreprises contre la pauvreté des jeunes dans ces quartiers : la dotation d’action territoriale (DAT).

Pour rappel, la DAT prend la forme d’une allocation volontaire pouvant aller jusqu’à 2 % du résultat net de l’entreprise. Sa particularité, c’est que l’entreprise choisit les projets qu’elle va soutenir sur son territoire et dans quelle mesure. Finalement, 22 entreprises et fondations d’entreprise 1 de Nantes Métropole ont accepté de soutenir la DAT, avec près de 275 000 € collectés la première année. « Nous avons bénéficié d’un accueil très favorable de la part des entreprises, qui ont accepté de mutualiser leurs moyens pour lutter contre la pauvreté des jeunes. Après avoir réalisé un diagnostic des besoins des quartiers sensibles, 17 projets associatifs ont été présélectionnés et neuf ont obtenu le soutien financier des entreprises locales », poursuit Juliette Ovelacq.

« LA DAT SEST ANCRÉE SUR LE TERRITOIRE »

Près de deux ans après cette première étape, la représentante de Break Poverty est catégorique : « La DAT s’est clairement ancrée sur le territoire car les entreprises qui se sont mobilisées au départ le restent massivement, et ce malgré le contexte lié au Covid. L’engagement des entreprises mécènes n’est pas que financier et passe aussi de plus en plus par le mécénat de compétences ou encore l’engagement des collaborateurs. Par exemple, l’association la Cravate solidaire, qui accompagne des personnes en situation précaire dans la réussite de leurs entretiens d’embauche par l’acquisition des codes de l’entreprise et d’une tenue professionnelle, a lancé avec succès des collectes de vêtements au sein d’entreprises mécènes du dispositif. Pour elles, la DAT est donc le parfait moyen de renforcer leur mécénat social tout en améliorant leur ancrage territorial. »

Autre effet positif de l’arrivée de la DAT à Nantes Métropole, « les associations bénéficiaires ont vu leurs capacités d’actions auprès des jeunes défavorisés se renforcer puisqu’elles reçoivent entre 15 000 et 40 000€ de DAT par an. D’ailleurs, 80 % d’entre elles estiment que la dotation a contribué à renforcer leur pérennité économique et 67 % qu’elle a permis un changement d’échelle de leurs actions (lire l’encadré ci-dessous) ».

UNE DAT EN PROJET À LA ROCHE-SUR-YON

Grâce à la DAT, Break Poverty peut aussi désormais compter « sur un soutien politique de la Ville de Nantes de plus en plus marqué, avec la présence de Bassem Asseh, premier adjoint de Johanna Rolland, lors de nos réunions de bilan. Il est très sensible à la thématique du mécénat privé et apprécie que Break Poverty crée des passerelles entre le monde économique et le secteur associatif ».

Enfin, du côté des jeunes ciblés par la DAT, le dispositif porte également ses fruits puisqu’ils bénéficient d’opportunités croissantes dans les territoires où la DAT est déclinée. « Nous sélectionnons des projets associatifs qui ont fait la preuve de leur impact auprès des jeunes. D’ailleurs, 84 % des jeunes sont décrits par les associations bénéficiaires comme étant en évolution positive à l’issue des actions soutenues. Ainsi à Nantes, les risques de décrochage scolaire ont été réduits », conclut Juliette Ovelacq.

Aujourd’hui, les retombées de ce dispositif sont telles que ce sont désormais près de 20 DAT qui sont en cours en lancement sur l’ensemble de l’Hexagone. Y compris en Vendée, où une DAT devrait voir le jour prochainement à La Roche-sur-Yon.

« La DAT nous a permis de prendre une nouvelle dimension »

Pierrick Jubé, délégué général d’Escalade Entreprises à Rezé, une association de dirigeants bénéficiaire de la DAT, présente les effets du dispositif : « Sur la DAT, Escalade Entreprises est la seule association de la métropole à avoir bénéficié de deux lignes différentes de financement : la première pour Jeune Envie Motivation (JEM), qui propose du soutien aux décrocheurs scolaires de 14 à 16 ans ; la seconde pour Découverte métiers, qui fait partir les jeunes à la découverte de l’entreprise.

La DAT a clairement été un moyen de relancer le soutien aux décrocheurs scolaires et de le pérenniser à une période où il était en sommeil faute de financement. Elle a aussi permis de recruter une personne dédiée au projet. »

Ce soutien financier a également contribué à un changement d’échelle des missions d’Escalade Entreprises : « La DAT a permis au JEM de prendre une nouvelle dimension puisque ce sont désormais 40 à 45 jeunes qui sont suivis chaque année, contre 25 à 30 auparavant. Sur Découverte métiers, c’est un peu différent : tout était en sommeil à cause de la crise Covid… Nous allons donc nous servir de la DAT pour relancer l’activité dans un premier temps courant 2022 », termine Pierrick Jubé.