Couverture du journal du 26/11/2021 Consulter le journal

Mobilité : Comment irons-nous travailler en 2025 ?

Partant du constat qu’un Français sur quatre a refusé un emploi en 2017 pour des questions de mobilité, la question des trajets domicile-travail à l’horizon 2025 est un réel enjeu d’avenir pour les entreprises du territoire. Une mutation qui s’appuiera avant tout sur la multimodalité et la co-construction de solutions d’avenir.

agglomération nantaise nantes bouchons

L’agglomération nantaise affichait plus de 15 heures de bouchons rien que sur le mois de septembre 2021 © D. R.

Quelles sont les contraintes à prendre en compte pour atteindre la neutralité carbone ? À quoi ressemblera la métropole nantaise de demain ? Comment cela va se traduire concrètement sur le réseau routier et celui des transports en commun ? Autant de questions qui ont été évoquées lors d’une table-ronde, le 16 novembre dernier à Nantes, à l’occasion du premier salon Solutions mobilités organisé par la CCI Nantes St-Nazaire.

De nombreux spécialistes ont apporté des éléments de réponse, à commencer par Franck Dumaître, directeur régional de l’Ademe, agence de la transition écologique : « Les transports représentent actuellement un tiers des consommations d’énergie de la région et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Si on veut lutter contre le changement climatique, il faut effectivement travailler sur la mobilité. Et ce d’autant plus que les Pays de la Loire sont la région la plus motorisée de France. »

DES VOIES DÉDIÉES AU COVOITURAGE

Pour inverser la tendance et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, le directeur de l’Ademe est convaincu que « les politiques publiques devront s’appuyer sur différents piliers : la modération de la demande de transport avec le renforcement du télétravail ; le report modal en lâchant par exemple sa voiture au profit d’un vélo ; l’optimisation du remplissage des véhicules individuels avec le covoiturage et des transports en commun ». Des voies dédiées au covoiturage seront d’ailleurs prochainement créées sur l’agglomération. Et d’un point de vue technologique, il faudra travailler sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des déplacements et la décarbonation de l’énergie utilisée pour se déplacer, les véhicules électriques étant une solution parmi d’autres. « N’oublions pas que travailler sur les mobilités, c’est avant tout travailler sur les modes de vie et donc aussi sur les comportements individuels. Mais rien ne pourra se faire si le binôme entreprises-collectivités n’œuvre pas ensemble », précise Franck Dumaître.

UN HUB DE MOBILITÉ À LA CHANTRERIE

« Le constat actuel, embraye Olivier Le Grantec, directeur de la Semitan, c’est qu’il y a un besoin fort de multimodalité et de plus grande flexibilité. Pour y répondre, la Semitan compte renforcer ses offres TAN + train et TAN + Aleop (le réseau régional de transports en commun). Ce qui est en développement actuellement, c’est la partie TAN + voiture avec une offre de parkings relais qui ne cesse de progresser : il y a plus de 6 000 places sur la métropole et deux grands parkings ont ouvert durant la crise sanitaire à Neustrie et porte de Vertou. Nous avons également travaillé à la création d’une offre de covoiturage en partenariat avec Klaxit, une entreprise française spécialisée dans le covoiturage domicile-travail, qui est intégrée dans notre offre de transport. Nous testons également d’autres formes de multimodalité, avec, actuellement à la Chantrerie, un hub de mobilité qui permet d’effectuer le premier ou le dernier kilomètre à vélo ou en trottinette électrique. Un moyen d’élargir le périmètre d’action de nos stations. Nous travaillons enfin avec la Métropole à la création d’un compte unique de mobilité qui permettrait à chacun d’utiliser toutes les formes de mobilité (transports en commun, covoiturage, vélo ou trottinette électrique…) sur le territoire de façon ultra simplifiée. »

Développer le transport à la demande de manière à être en mesure de proposer une offre 7j/7 sur l’ensemble du territoire. Julien Bainvel

UN SEUL ET MÊME TICKET À L’AVENIR

Pour Floriane Rey, représentante des mobilités au sein du Conseil national des professionnels de l’automobile, la transition passera par plusieurs leviers : « Il faut construire d’autres parkings relais en périphérie. Ils permettront aux covoitureurs de déposer leur véhicule et de basculer vers un mode de transport public ou bien sur un véhicule électrique type trottinette ou scooter. Le tout avec un seul et même ticket ou abonnement permettant d’assurer les correspondances entre ces différents modes de transport. Tout ça devra être accompagné de dispositifs de communication auprès des usagers afin de changer en profondeur leur comportement. Le troisième axe, c’est d’anticiper en mettant en place dès à présent des expérimentations et en implémentant ces nouveaux modes puisque toute transition prend forcément du temps. Il faudra également trouver la formule magique pour que le conducteur se transforme en covoitureur. L’idée serait de rémunérer les trajets à hauteur de 2 € pour les conducteurs et que les passagers puissent covoiturer gratuitement ou alors de manière incluse à leur abonnement comme c’est le cas avec Covoit’Tan. »

LIMITER L’AUTOSOLISME

Chef de file des mobilités, la Région a également un rôle central à jouer dans cette mutation, comme le souligne Julien Bainvel, conseiller régional : « Notre stratégie s’articule autour de quatre axes. Le premier consiste à développer l’offre pour limiter l’autosolisme. Pour cela, nous allons renforcer l’offre de TER pour atteindre l’objectif d’un train par heure dans les deux sens de circulation dans toutes les gares de la Région, doubler l’offre de cars Aleop à l’horizon 2030, et développer le transport à la demande de manière à être en mesure de proposer une offre 7j/7 sur l’ensemble du territoire. »

Le deuxième axe vise à faciliter les déplacements pour tous : « Cela passera par l’harmonisation de la tarification, le titre unique de transport, une meilleure répartition des emplois et services sur l’ensemble du territoire pour limiter au maximum les déplacements. »

Le troisième levier est de « renforcer l’attractivité et l’accessibilité de la région, en développant les projets et les questions liées au grand port maritime, à l’aéroport Nantes Atlantique, au fret, sans oublier l’amélioration et le développement du réseau routier. Des expérimentations vont également être menées, à l’image de la voie réservée aux cars Aleop en test sur l’A 83 ». Dernier enjeu pour la Région : réussir à fédérer tous les acteurs du territoire autour d’une dynamique commune.

Concernant le rôle des entreprises pour accompagner cette mutation, Yann Trichard, président de la CCI, estime que « cela tournera autour de trois mots : interagir, offrir, engager. Interagir à travers des partenariats public-privé ; offrir des solutions nouvelles grâce aux entreprises locales (lire l’encadré p. 5) ; engager en favorisant le covoiturage des salariés. Une chose est sûre : les entreprises devront être partie prenante de cette co-construction de solutions d’avenir avec l’Ademe, la SNCF, la TAN, les collectivités territoriales et tous les offreurs de services. »

 

Des vélos de fonction électriques avec Velonomy

Velonomy, c’est l’histoire de deux frères, Charles et Grégoire Thiolon, originaires de Niort et passionnés de vélo depuis toujours. Âgés respectivement de 32 et 29 ans, ils ont créé leur start-up à Nantes courant 2020. « Nous sommes partis du constat que le vélo a bonne presse dans les médias et que ses vertus sont indiscutables. Pour autant, très peu de personnes l’utilisent au quotidien », regrettent les deux frères.

Pour riposter, ils ont eu l’idée de développer Velonomy, « un service de vélo de fonction haut de gamme en location longue durée, débute Charles, l’aîné. Par vélo de fonction, nous entendons qu’il est mis à la disposition du salarié pour ses trajets domicile-travail et professionnels, mais aussi personnels. »

S’ils reconnaissent qu’il existe effectivement des freins pour se mettre au vélo, « le but de notre service, c’est justement de venir les réduire à travers un accompagnement personnalisé et complet des salariés susceptibles de s’y convertir : prêt d’un vélo équipé, itinéraire sur mesure pour chaque salarié, accompagnateur souriant… L’idée étant de prouver par la pratique aux sceptiques que ces freins sont facilement dépassables ».

Pas de cambouis en vue sur les mains pour les salariés concernés puisque la start-up se charge effectivement « de faire entretenir les vélos de fonction par des réparateurs partenaires locaux, comme la société SAV vélo à Nantes, mais aussi de les faire assurer ».

Vélonomy Grégoire Thilon Charles Thilon

Grégoire et Charles Thiolon, les deux frères à l’origine de la start-up nantaise Vélonomy © D. R.

LES DIRIGEANTS PAS DIFFICILES À CONVAINCRE

Pour aider leurs salariés à passer le cap, les entreprises peuvent leur donner un coup de pouce financier par le biais du forfait mobilité durable (FMD), une aide plafonnée à 500 € par an et par salarié ou carrément opter pour le vélo de fonction.

Dans ce dernier cas, Velonomy signe un contrat avec l’entreprise et prélève le salarié sur sa fiche de paye du montant décidé ensemble. Certaines entreprises prennent 100 % du loyer.

« Globalement, les dirigeants ne sont donc pas difficiles à convaincre, terminent les deux jeunes entrepreneurs. Car même si le loyer mensuel va être légèrement supérieur au coût des transports en commun du salarié, ça ne les rebute car ça répond à d’autres problématiques : bien-être du salarié, marque employeur, fidélisation, RSE… Sans compter que c’est très simple à mettre en œuvre. »