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[ Dossier Hôtellerie-Restauration ] « Une première année géniale » pour la Cour du coin

Reprendre un restaurant de quartier en plein Covid ? Pas de quoi effrayer Simon Panneau et Arthur Lecoq, deux trentenaires qui ont relevé le défi haut la main à Nantes. Ils l’ont transformé en cantine festive, qui tourne désormais à plein régime.

L'équipe de La Cour du coin

L’équipe de la Cour du coin continue de s’étoffer (de g. à d.) : Simon Longin, Margot Richard, Arthur Lecoq (le chef), Simon Panneau et Rachel Simonneau © D.R.

Certains entrepreneurs n’ont pas froid aux yeux, y compris en pleine crise sanitaire. C’est le cas de Simon Panneau et Arthur Lecoq. Ces deux trentenaires ont ouvert leur premier restaurant, la Cour du coin, dans le quartier l’Éraudière à Nantes, en décembre 2020, en plein deuxième confinement. Un sacré challenge, puisque les deux amis d’enfance, sortis de l’école hôtelière Nicolas Appert, ne pouvaient recevoir aucun client. « On est toujours d’humeur positive et donc on a rapidement mis le Covid de côté », attaque Simon Panneau, qui gère la salle. En réalité, ils étaient plutôt préoccupés par leur financement. « Quand on est arrivés devant le banquier il y a un peu plus d’un an et demi, on lui a dit qu’on mettrait un coup de peinture et qu’on ouvrirait trois semaines après. Finalement, on a fait des travaux pendant six mois, aidés par nos parents. On a donc eu un peu de retard par rapport à notre date d’ouverture de départ… Mais comme on préfère toujours voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, on voulait ouvrir à tout prix et donc on a effectué de la vente à emporter pendant les quatre mois et demi. » Un moyen pour le duo de créer sa clientèle de quartier et de commencer à se faire la main en cuisine, à la caisse et en salle. « On a finalement commencé à recevoir du monde à partir de mai, et on a pu profiter de la terrasse tout l’été », précisent-ils.

« ON REFUSE DU MONDE QUASIMENT CHAQUE MIDI »

Covid ou pas, le restaurant s’est rapidement fait un nom dans le quartier : « C’est vrai qu’avec le bouche-à-oreille, tout s’est accéléré. Au final, on a fait une première année géniale. À tel point qu’on refuse quasiment du monde chaque midi depuis le mois de juin. On se limite à environ 70 couverts par service car on ne veut pas avoir de pertes. Et pour les clients qui arrivent après la bataille, on les invite à réserver leur repas pour la prochaine fois. »

Si leur concept a rapidement trouvé preneur, c’est qu’il répond selon eux à de nouvelles attentes : « On a la chance d’avoir repris un restaurant de quartier, une sorte de bistrot qu’on a remis au goût du jour avec plus de clarté et une ambiance platine vinyle pour la partie bar le soir. Bref, une cantine festive dans une maison de quartier où tout le monde se tutoie. En termes de cuisine, on propose une ardoise qui change tous les jours, avec deux entrées, deux plats et deux desserts, et qui comprend systématiquement un plat carné et un plat végétarien. Nos produits sont à 90 % français et tout est bien évidemment fait maison. Chaque semaine, on choisit une thématique pour faire voyager la clientèle à travers les cuisines du monde. »

Leur aventure est d’autant plus une réussite que les deux entrepreneurs n’ont jusqu’à présent pas touché un centime d’aides du gouvernement : « Nous n’y avons pas eu droit car celles-ci étaient calculées en fonction des chiffres d’affaires. Et nous n’en avions pas vu qu’on démarrait tout juste. On est donc passés à côté d’environ 90 000 € d’aides. En revanche, on s’apprête à toucher ce mois-ci pour la première fois l’aide nouvelle entreprise 1. » De quoi soulager un peu la trésorerie de l’établissement, qui a récemment recruté : « On a embauché une personne en salle et une personne en cuisine. On arrive à vivre correctement en se versant chacun un salaire. Après, on continue de faire attention à la trésorerie car même si on a la tête hors de l’eau, on se rend compte que tout peut vite basculer. »

1.L’aide nouvelle entreprise s’adresse aux entreprises ayant des charges fixes non couvertes par les contributions aux recettes mais ne pouvant prétendre à l’aide coûts fixes en raison d’une date de création postérieure au 1er janvier 2019. Cette aide permet de couvrir jusqu’à 90 % des pertes d’exploitation.

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