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Domicile-travail : des trajets qui s’allongent

L’étude de l’Auran sur les trajets domicile-travail en Loire-Atlantique démontre qu’entre 2009 et 2020, un emploi génère 2 km de plus par jour. Elle souligne également que Nantes Métropole et Saint-Nazaire Agglo, les deux principaux pôles d’emploi du département, restent les seuls à compter plus d’emplois que d’actifs. Si ce ne sont pas dans ces deux territoires qu’emplois et actifs se sont le plus éloignés, c’est au contraire dans les autres EPCI1 du territoire que ce phénomène est plus marqué.

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Aujourd’hui, 13 % des émissions de gaz à effet de serre en France sont liés aux déplacements domicile-travail. Parce qu’elle impacte le quotidien des travailleurs, l’environnement et le maillage territorial, cette question des trajets domicile-travail constitue un enjeu majeur pour la Loire-Atlantique. L’Agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) ne s’y est pas trompée puisqu’elle vient de mener une première étude sur ce lien entre travail et mobilité. C’est l’urbaniste Diane Bouchenot qui en a dévoilé la synthèse le 12 mars dernier à Nantes dans les locaux de la Maison Europa, après avoir resitué son contexte : « Sortie en novembre 2023, cette étude se base sur les chiffres du recensement de l’Insee de 2009 et 2020 et s’intéresse aux différents EPCI1 de Loire-Atlantique. Contrairement aux dernières études réalisées sur ce thème, nous n’avons pas étudié les déplacements depuis le lieu de résidence des travailleurs jusqu’à leur lieu de travail. Nous avons fait l’inverse : on s’est plutôt dit regardons où sont les emplois, notamment ceux qui ont été créés ces dernières années et regardons d’où viennent ceux qui les occupent. »

Un dynamisme économique et démographique

Premier constat de l’étude : « Le nombre d’emplois a augmenté de 14,6 % entre 2009 et 2020 en Loire-Atlantique, soit 83 369 emplois supplémentaires. Une tendance observée sur quasiment l’ensemble des territoires, à l’exception de Cap Atlantique et Redon Agglomération. » Certains territoires ont connu des taux d’évolution très forts, à l’image d’Erdre et Gesvres (+21 %), d’Estuaire et Sillon et Sud Retz Atlantique (+15 %).

Pour autant, cette répartition du dynamisme économique n’a pas bouleversé les équilibres que traduisaient les ratios emplois/actifs en 2009. La croissance démographique est, elle aussi, très répartie sur le territoire : « Les 77 456 actifs occupés supplémentaires en 2020 – soit une hausse de 13,7 % – se sont installés dans tout le département. »

Une bipolarisation de l’emploi qui s’accentue

Déjà marquées par une forte polarisation économique des emplois en 2009, Nantes Métropole et Saint-Nazaire Agglo ont vu leur situation se renforcer et l’écart se creuser avec les autres. Si le nombre d’actifs a grimpé de 13 % à Saint-Nazaire Agglo et 17 % à Nantes Métropole, la croissance des emplois y a été encore plus forte : 14 % pour la première et 19% pour la seconde. Sur ces deux territoires, la main-d’œuvre disponible à l’intérieur des limites administratives suffit encore moins en 2020 à couvrir les besoins pour occuper l’ensemble des postes. En 2009, il y avait 1,25 emploi pour 1 actif à Nantes Métropole, et 1,28 en 2020. À Saint-Nazaire Agglo, on est passé d’un ratio de 1,26 à 1,28.

Les autres EPCI de Loire-Atlantique accueillent quant à eux plus d’actifs que d’emplois. À quelques exceptions près, ils ont tous connu une croissance sur ces deux volets. Par exemple, Erdre et Gesvres a vu son nombre d’emplois croître de 21 % et de 25 % pour les actifs. « En 11 ans, Nantes Métropole et Saint-Nazaire Agglo ont continué à avoir encore plus d’emplois qu’ils n’ont gagné de population active, résume l’urbaniste. Dans les autres territoires, c’est l’inverse, sauf quelques territoires où la balance tend à s’équilibrer comme le Pays d’Ancenis, Châteaubriant-Derval ou Sud Retz Atlantique. »

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Un emploi génère 2 km de trajet en plus chaque jour

En 2009, un emploi situé en Loire-Atlantique faisait parcourir en moyenne 28 km à un actif, tous modes de transport confondus. Onze années plus tard, il lui en fait parcourir 30. Les quatre EPCI vers lesquels les déplacements sont les plus longs sont toujours les mêmes en 2020 qu’en 2029 : Estuaire et Sillon (34 km), Pays d’Ancenis (32 km), Saint-Nazaire Agglo (32 km) et Nantes Métropole (30 km). Mais ce sont également ceux pour qui les distances se sont le moins allongées depuis 2009. C’est notamment le cas pour Nantes Métropole, où ces trajets n’ont augmenté que de 1,2 km en moyenne par emploi, et de 0,8 km pour ceux situés à l’intérieur du périphérique. À l’inverse, la plupart des territoires qui attiraient des actifs de moins loin ont vu leurs distances augmenter plus fortement. Ainsi, un emploi situé à Cap Atlantique générait en moyenne 22 km de trajet quotidien en 2009. C’est 3,4 km de plus en 2020.

19 millions de km parcourus chaque jour

Au total, 19 millions de km sont ainsi parcourus chaque jour en Loire-Atlantique pour le seul motif travail en 2020. C’était 15,6 millions de km en 2009, soit 3,4 millions de km supplémentaires parcourus quotidiennement par les actifs en onze ans. Plus de la moitié de cette distance supplémentaire est effectuée pour occuper des emplois dans la métropole nantaise, et 1 sur 10 dans l’agglomération de Saint-Nazaire. « Donc, si l’allongement de la distance moyenne pour rejoindre un emploi situé à Nantes Métropole et Saint-Nazaire Agglo semble avoir été maîtrisé, le nombre d’emplois créés a mécaniquement entraîné un nombre important de kilomètres parcourus », analyse l’urbaniste.
Si on s’intéresse plus finement au lien entre dynamisme économique et les kilomètres supplémentaires parcourus, on constate qu’il est très contrasté selon les territoires. En 11 ans, Nantes Métropole a accueilli 73 % des nouveaux emplois mais n’a généré que 61 % des km supplémentaires. La situation est tout autre dans le reste du département : « Les autres EPCI représentent 17 % des nouveaux emplois créés, mais 28 % des km supplémentaires. »

Une interdépendance des territoires qui se renforce

L’étude de l’Auran démontre par ailleurs que la croissance de l’emploi en Loire-Atlantique a eu pour effet de renforcer le maillage des échanges d’actifs entre les EPCI, tissant une toile plus complexe. Nantes et Saint-Nazaire ont plus que jamais besoin des autres territoires pour héberger une partie des actifs qui occupent les emplois qu’ils proposent (environ un tiers). Si cette aire de recrutement s’est élargie, ces deux territoires sont aussi les principaux pourvoyeurs d’actifs dans les pôles d’emplois secondaires. Dans le même temps, les pôles d’emplois secondaires rayonnent plus fortement pour aller chercher des actifs.

Un allongement des distances favorable à la voiture

Autre enseignement de la synthèse : « La voiture reste le premier mode de transport utilisé pour se rendre au travail dans la métropole nantaise. En 2020, elle représentait toujours plus de deux déplacements sur trois vers les emplois de la métropole, bien qu’elle ait perdu 4 points de parts de marché en 11 ans. » Néanmoins, parce que le nombre d’emplois et de déplacements a augmenté, et que la distance moyenne a progressé, le nombre de km parcourus en voiture est malgré tout passé de 3,7 à 4,5 millions par jour entre 2009 et 2020.

Sur cette même période, le vélo et les transports en commun ont connu une progression. Le premier représente désormais 7 % des trajets domicile-travail dans le cœur de la Métropole en 2020. Ce sont ainsi 23 000 emplois qui sont rejoints à vélo quotidiennement dans la métropole, soit 15 000 de plus qu’en 2009. Les transports en commun ont également connu une progression : +0,8 % entre 2009 et 2020.

Partout ailleurs, y compris à Saint-Nazaire Agglo, la voiture continue de progresser quand tous les autres modes de transport sont en recul. Déjà peu utilisés pour aller travailler en 2009, la marche et le vélo le sont encore moins en 2020 (-2 000 trajets à pied et -1 200 à vélo en Loire-Atlantique, hors Nantes Métropole). « Il en est de même pour les transports en commun… À l’exception de quelques territoires, comme Châteaubriant et Ancenis où ils sont en forte hausse, ce qui donne une impression de stabilité à l’échelle du département. »

Emploi et main-d’œuvre : un rééquilibrage inégal

En conclusion, Diane Bouchenot a insisté sur le fait que le rééquilibrage de l’emploi et de la main-d’œuvre sur le territoire de la Loire-Atlantique n’a pas eu lieu partout : « Si le dynamisme économique est observé partout, il n’a pas bouleversé les équilibres, et les deux principaux pôles d’emplois que sont Nantes Métropole et Saint-Nazaire Agglo restent les seuls à offrir plus d’emplois qu’ils ne comptent d’actifs. Néanmoins, ce ne sont pas dans ces deux territoires qu’emplois et actifs se sont le plus éloignés même s’ils nécessitent pourtant mathématiquement d’aller chercher des actifs au-delà de leurs frontières. C’est au contraire dans les autres EPCI qui disposent d’une main-d’œuvre abondante en proximité que ce phénomène est le plus marqué. »

L’urbaniste a enfin annoncé que l’Auran travaille d’ores et déjà sur une deuxième édition de cette étude, « qui va creuser les catégories socio-professionnelles, les genres et la typologie des territoires pour affiner tous les résultats de cette première synthèse ».