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Bien-être au travail : faut-il aussi accompagner les proches des salariés ?

Selon une étude Malakoff Humanis de 2019, 87 % des absences au travail sont dues à des raisons non professionnelles, comme la santé ou la situation familiale, entraînant une perte de 3 500 euros par salarié chaque année. Conscients des enjeux sur la performance et l’engagement, certains dirigeants n’hésitent pas à offrir des prestations d’accompagnement à leurs collaborateurs et leurs familles pour surmonter ces difficultés. Témoignages en Vendée !

Christophe Lucas Hubwe

Christophe Lucas, dirigeant de la start-up Hubwe. Photo Hubwe

Christophe Lucas a eu l’idée de Hubwe alors qu’il coachait un dirigeant. Au fil des échanges, il apprend la vraie raison du mal-être de son client : des soucis avec son fils de quatorze ans. « J’ai vite compris que mon offre d’accompagnement n’était pas adaptée à sa situation », raconte-t-il. Après avoir interrogé d’autres dirigeants et responsables des ressources humaines, l’entrepreneur réalise que la plupart ne savent pas comment aider leurs collaborateurs stressés par des problèmes privés.


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Lancée en 2023, sa start-up Hubwe facilite la mise en relation avec des professionnels de la santé mentale. « Un “booking” du bien-être à disposition des entreprises », plaisante le fondateur. Avec une équipe d’une trentaine d’experts certifiés (coachs, psychothérapeutes, sophrologues, assistantes sociales…), Hubwe accompagne les collaborateurs et leurs ayants droit dans des problématiques personnelles telles que les crises familiales, la gestion du stress et des émotions ou encore les blocages de la vie scolaire. « La frontière entre vie pro et vie perso est de moins en moins étanche », analyse le dirigeant. « Hier, les politiques RH veillaient à rendre le bureau agréable, aujourd’hui, il faut aller au-delà pour gagner la guerre des talents dans un contexte tendu»

Le bien-être, un levier de performance et de fidélisation

« Je crois à l’adage selon lequel pour être bien au travail, il faut d’abord être bien chez soi », poursuit Christophe Lucas. « Considérer les collaborateurs dans leur globalité est une occasion de leur envoyer des signes forts de reconnaissance. Cela impacte directement leur productivité au sein de l’entreprise tout en renforçant la marque employeur. »

Concrètement, les entreprises souscrivent un abonnement avec un certain nombre de prestations incluses. Quand un salarié exprime un malaise, l’entreprise contacte la start-up qui, après un entretien de validation pour déterminer le besoin et la nature de l’intervention, met en place le processus d’accompagnement. De leur côté, les entreprises désignent un référent Hubwe en interne chargé d’informer les collaborateurs sur la solution et de libérer leur parole. « Nous garantissons la confidentialité des entretiens qui ont lieu principalement hors temps de travail », précise Christophe Lucas.

Depuis un an, le groupe de transport et de logistique Mousset expérimente cette solution. Une quinzaine de demandes ont déjà été formulées en 2023. Pour informer les salariés, l’ensemble des prestations offertes sont renseignées dans une plateforme RH. « Elles peuvent concerner aussi bien les collaborateurs que leurs enfants », explique Leslie Bernier, chargée de mission RSE pour le groupe. « Le spectre de l’accompagnement familial est large : troubles spécifiques durables (Dys), orientation scolaire, confiance en soi et harcèlement scolaire, etc. »

Leslie Bernier

Leslie Bernier, chargée de mission RSE du groupe Mousset. Photo Groupe Mousset

En parallèle, le groupe propose aux collaborateurs et leur famille des consultations avec une diététicienne, une hypnothérapeute ainsi qu’un service de télémédecine disponible gratuitement 24h/24. Actuellement, 23 % des salariés de Mousset utilisent ce service. « Dans nos métiers en tension, le volet social reste crucial. Il illustre notre engagement vers le bien-être de chacun. »

Une fabrique du changement en interne

Même constat chez le Crédit Agricole Atlantique Vendée (CAAV). Au-delà de l’équipe sociale et de son programme d’aide aux salariés en difficulté, la caisse régionale aborde le bien-être au travail dans sa dimension personnelle via plusieurs dispositifs.

Nathalie Massé

Nathalie Massé, manager de l’innovation chez le Crédit Agricole Atlantique Vendée. Photo Nathalie Massé

Les collaborateurs peuvent notamment faire appel à des services de soutien scolaire ou de suivis psychologiques via la conciergerie « Box and Services », une start-up accompagnée par l’accélérateur de projets innovants du groupe (le Village by CA). Autre initiative interne atypique : le club des Innov’acteurs. « Depuis trois ans, nous développons un programme interne baptisé “ÇA nous inspire” », explique Nathalie Massé, manager de l’innovation chez le CAAV. Un travail réalisé en co-construction et en totale autonomie par quatre-vingts salariés affiliés au club. « Tous les jours, pendant un mois, lors de la pause déjeuner, l’ensemble de nos collaborateurs découvrent comment être mieux soi-même pour être mieux au travail. » Au programme : conférence sur le bonheur, atelier de stretching zen, séance de réveil musculaire ou encore de design humain, pour connaître les clés de sa personnalité et gagner en aisance dans son job. « Cette année, l’événement a lieu en juin sur l’ensemble de nos sites et dans quelques agences motrices pour accueillir des activités. » Une mobilisation forte puisque près de quatre cents inscriptions ont été enregistrées.

Cependant, l’initiative la plus remarquable revient sans doute à Yann Souchet. Lors d’un concours de pitch interne, il a proposé la création d’une box pour les salariés malades ou ayant un proche malade, leur offrant un suivi psychologique sur-mesure. Parmi les nombreux modules imaginés par le directeur de l’agence de La Roche-sur-Yon, on trouve l’identification et la formation de collaborateurs ayant vécu des expériences similaires, en partenariat avec la Ligue contre le cancer. Cette initiative vise à instaurer une entraide entre pairs, fondée sur le partage et l’écoute bienveillante. Une idée largement plébiscitée par l’équipe des ressources humaines qui cherche désormais à l’industrialiser pour la déployer dans toutes les agences.

Une action complémentaire au don de congés proposé chaque année par la direction. Ainsi, ceux qui le souhaitent peuvent faire des dons de congés à un collègue malade ou en situation de proche aidance. Un geste solidaire rendu légal depuis 2014.

« Offrir ce genre de solution est non seulement un moyen de marquer sa différenciation mais aussi d’apporter une réponse aux managers démunis lorsqu’un collaborateur appelle pour dire qu’il ne peut pas venir travailler à cause d’un souci avec son enfant ou un parent », conclut Christophe Lucas de Hubwe. Ce dernier veut aller encore plus loin, en créant un comité scientifique et éthique pour documenter, via des études, l’accompagnement de la sphère familiale au sein des organisations. « J’aimerais aller jusqu’à la création d’un organisme de formation pour apprendre aux managers à détecter les signaux faibles et à devenir, en quelque sorte, des éclaireurs de la santé mentale de leurs collaborateurs. »