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Anciens militaires : l’enjeu de la reconversion

Sur les 240 000 militaires que compte l’armée française en 2023, environ 10 % en sortiront cette année, avec une moyenne d’âge d’environ 30 ans. La question de la reconversion civile se pose alors pour la grande majorité d’entre eux. Appréciés pour leurs qualifications, mais aussi pour leur savoir-être, ces profils intéressent de plus en plus le monde de l’entreprise. Salariés ou même créateurs d’entreprise, les anciens miliaires représenteraient-ils un vivier de talents pour le privé ? Éléments de réponse en Vendée.

Michel Lesaffre

Anthony Greff et Michel Lesaffre. © D. R.

« Les militaires sont des personnes qui savent donner sans compter », affirme Michel Lesaffre, dirigeant de GPS Sécurité. J’ai moi-même servi dans l’armée de Terre, chez les parachutistes, pendant 29 ans ! Je suis bien placé pour savoir que l’humilité, la générosité et le sens du collectif sont les valeurs indispensables pour durer dans ce métier », insiste-t-il. Diagnostiqué diabétique de type 1 en 2018, Michel Lesaffre a quitté l’institution l’année suivante. Malgré une retraite de colonel, il s’est offert une seconde vie professionnelle en rachetant, début 2020, GPS Sécurité, une entreprise spécialisée dans les domaines de la sûreté et la sécurité incendie. Il crée un mois plus tard une première filiale : GPS Formation (formations à la sécurité et au secourisme). Une deuxième viendra compléter l’offre de service en février 2022 : GPS Alarme.

L’entreprise basée aux Sables d’Olonne (2,2 M€ de CA en 2022) compte cinq anciens militaires pour 82 salariés au total, filiales comprises. « Certes, j’ai un œil plus attentif lorsque je reçois des anciens militaires en entretien d’embauche, mais je ne vais pas les chercher pour autant. La transition de militaire à agent de sécurité n’est pas forcément évidente. J’imagine qu’ils connaissent mon parcours et que le bouche à oreille fait le reste, analyse-t-il. Parmi mes agents intervenant sur site (environ une vingtaine de supermarchés, entreprises privées et/ou administrations publiques du département), j’ai notamment une jeune femme ex-officier marinier, un ancien fusilier marin commando, une personne ayant servi dans les forces spéciales et un autre dans les spahis (la cavalerie), énumère-t-il. Enfin, j’ai basculé un collaborateur anciennement caporal-chef de la sécurité civile sur la filiale Formation, dès sa création. »

L’entrepreneur ne compte pas s’arrêter là. Deux recrutements aux profils similaires sont actuellement en cours pour rejoindre la société en janvier 2024. « L’un d’eux est gendarme depuis cinq ans. Il s’agit du fils d’un ancien camarade de mission. Il vit à Angers pour le moment et bénéficie de passerelles pour avoir son diplôme d’agent de sécurité dans le cadre d’une reconversion. Je m’attèle à trouver du travail à sa femme ainsi qu’un logement pour les faire venir en Vendée. »

Plus qu’un métier, une identité

C’est aussi un rapprochement familial qui a poussé Laurent Aranda à créer son entreprise en Vendée après un début de carrière dans la Marine. « J’ai servi huit ans en tant que plongeur d’hélicoptère avant de suivre, à 31 ans, le programme de reconversion “Défense mobilité“ de l’armée, raconte Laurent Aranda, dirigeant d’une entreprise de plomberie, Ouest Énergie. C’est un parcours qui s’effectue un an avant le départ pour le civil, afin de découvrir les métiers qui pourraient nous convenir. Pour ma part, la plomberie ou la soudure sont ressorties. J’ai choisi la plomberie ! » Et d’ajouter : « Je me suis formé pendant huit mois dans un centre Afpa tout en effectuant deux stages dans le sud de la France, d’où je suis originaire. Puis j’ai emménagé sur Annecy avec ma femme. Nous y sommes restés six ans. J’ai fait de l’intérim et multiplié les CDI histoire de me constituer une solide expérience. L’été dernier, nous avons eu l’opportunité de nous installer en Vendée, à Noirmoutier, où ma belle-mère possède une maison. J’ai lancé mon entreprise en octobre 2022. »

Confronté à la hausse du prix des matières premières et aux embûches administratives liées à la création, l’ancien militaire puise dans son expérience passée l’état d’esprit nécessaire au développement de son activité. « À l’armée, j’ai appris à aller de l’avant, à toujours essayer de faire mieux. J’applique cette rigueur au travail tous les jours. J’envisage aussi de me diversifier en proposant prochainement l’installation de climatisations et de pompes à chaleur. Mes clients connaissent mon passé militaire et me questionnent parfois dessus, rapporte-t-il. Je n’ai pas fait spécialement de publicité sur mon histoire, mais les médias locaux s’y sont intéressé, me faisant gagner spontanément en notoriété. »

Encourager concrètement les liens Armées/entreprises

Samuel Veron DG Medef Vendée

Samuel Veron, délégué général du Medef Vendée. © D. R.

Afin de rapprocher les mondes civil et militaire, une convention nationale a même été signée l’année dernière entre le Medef et les Armées. « Il s’agit du manifeste ProMilès, annonce Samuel Veron, délégué général du Medef Vendée. C’est un engagement à la fois moral et citoyen de nos entreprises adhérentes vis-à-vis de l’armée. Il concerne aussi bien les militaires en reconversion volontaire et leurs conjoints que les militaires en situation de handicap visible et invisible (post-traumatiques, maladies auto-immunes…), contraints de quitter l’institution ou en fin de contrat. » Il précise : « L’enjeu réside dans un accompagnement le plus bienveillant et adapté possible à l’accueil de ces personnes ayant fini leur carrière et qui représentent une vraie plus-value pour le privé dans un contexte de tension sur le marché du travail. » La convention s’étend jusqu’aux réservistes. Les entreprises signataires s’engagent à faire preuve de souplesse pour ces salariés au profil particulier, ayant besoin d’être formés régulièrement et susceptibles d’être mobilisés à tout moment.

Pour l’heure, une dizaine d’entreprises vendéennes se sont engagées à signer le manifeste. GPS Sécurité en est la première. « Je souhaite aller encore plus loin, confie Michel Lesaffre. Je suis en train de signer une convention avec le Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) de la Vendée permettant à mes employés pompiers volontaires de se faire former tout en étant rémunérés par l’entreprise : je compte leur accorder 35 heures rémunérées (hors congés) par an, au service de la nation », conclut-il.

Zoom sur le Centre militaire de formation professionnelle

La Vendée est particulièrement sensibilisée au sujet de la reconversion puisqu’elle accueille sur son territoire l’unique Centre militaire de formation professionnelle de France (CMFP), à Fontenay-le-Comte. Le CMFP est l’un des atouts majeurs de l’offre de formation et de valorisation des compétences proposés par Défense mobilité, le service ministériel de transition professionnelle des militaires. Chaque année, il accueille plus de 1 600 élèves-stagiaires et propose une cinquantaine de formations agréées réparties dans neuf secteurs professionnels : aéronautique, bâtiment, génie climatique, industrie, mécanique, réseaux-télécommunications-informatique, sécurité, tertiaire et service à la personne, transport et logistique.

Le centre donne également accès à des titres professionnels (de CAP/BEP à bac +2) ou des qualifications permettant un taux de retour à l’emploi global de 91 % (chiffre 2022, selon la méthode du Bureau international du travail et de Pôle emploi).

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